La Maif va mettre le turbo dans l’assurance vie et emprunteur

Par Delphine Cuny  |   |  695  mots
"L'assureur militant" se félicite de la réussite de son lobbying avec deux autres mutuelles, la Macif et la Maaf, en faveur de la résiliation annuelle de l'assurance emprunteur, un marché estimé à 8,8 milliards d'euros par an largement dominé par les banques. (Crédits : Reuters)
Le groupe mutualiste, qui prédit le déclin du marché auto à partir de 2022, va axer son nouveau plan stratégique sur la conquête de clients en prévoyance et en assurance vie. Il espère profiter de sa base de près de 3,5 millions d’habitations couvertes pour engranger 9.000 souscriptions de contrats d’assurance emprunteur cette année.

À rebours d'un Axa qui veut se renforcer à coups de milliards dans l'assurance dommages (en rachetant XL Group) et réduire son activité d'assurance vie aux États-Unis, la Maif s'est fixée comme axe stratégique dans son nouveau plan 2019-2022 en cours d'élaboration de se montrer « très volontariste dans l'assurance de personnes », ce qui recouvre la santé, la prévoyance, l'assurance vie, l'épargne retraite, a expliqué ce jeudi le directeur général adjoint, en charge de l'assurance de personnes, Thierry Couret, lors d'une rencontre avec la presse.

L'assureur mutualiste, numéro cinq français sur le segment de l'auto, est convaincu que le secteur sera confronté à un « problème de tarissement de la matière assurable » comme l'expliquait son directeur général, Pascal Demurger, dans nos colonnes.

« Demain, avec la voiture autonome, nous savons que le marché de l'assurance IARD [incendie, accidents et risques divers, Ndlr] sera en décroissance à partir de 2022 ou 2025 maximum » a fait valoir Thierry Couret. « D'abord conçue comme une diversification, et non comme notre cœur de métier, l'assurance de personnes va devenir un produit de conquête, rôle joué jusqu'ici par l'IARD », qui représente 80% de son chiffre d'affaires.

Marché sur lequel il continue toutefois d'innover avec l'assurance « à la demande » lancée avec la startup Valoo (ex-Cbien), qui permet de couvrir ses objets personnels « en seul clic, au jour le jour, pour quelques centimes par jour et par objet. »

Alléché par le gâteau de l'assurance emprunteur

En assurance vie, sa filiale Parnasse gère des encours de 10 milliards d'euros, pour un chiffre d'affaires de 756 millions d'euros. Sa collecte brute a progressé pour la troisième année consécutive, dans un marché en tassement, et a approché 700 millions d'euros fin 2017. Le taux de pénétration reste « assez faible » auprès des sociétaires (7% en 2016). La Maif va gonfler ses équipes consacrées à la distribution de ces produits cette année (30 conseillers spécialisés en plus de 50 conseillers en gestion de patrimoine de sa filiale MAIF Solutions financières).

Les discussions actuelles des pouvoirs publics autour d'une réforme de l'assurance vie, afin de mieux flécher l'épargne vers les PME notamment, avec l'hypothèse d'un bonus en fonction de la duration (durée de vie moyenne), sont plutôt vues d'un bon œil chez la mutuelle, dont le portefeuille a une duration supérieure à la moyenne (13 ans contre 11 ans).

L'autre axe de développement de la Maif est l'assurance emprunteur, depuis que le Conseil constitutionnel a validé en janvier le droit pour les emprunteurs de résilier chaque année l'assurance contractée pour un crédit immobilier, généralement auprès de sa banque.

« Nous sommes allés au front avec deux autres mutuelles, la Macif et la Maaf » a raconté Dominique Mahé, le président de la Maif, se félicitant du succès de ce lobbying conjoint. « Ce n'était pas gagné d'avance et la décision du Conseil constitutionnel est une bonne nouvelle. Cela nous ouvre des perspectives intéressantes, c'était une activité marginale pour le groupe. »

Or le marché de l'assurance emprunteur en France est un gâteau estimé à 8,8 milliards d'euros par an.

« Nous n'avions pas une démarche très volontariste dans l'assurance emprunteur jusqu'à présent, nous répondions à la demande de nos sociétaires. Or nous avons près de 3,5 millions d'habitations couvertes, dont la moitié en propriété. En première approche, cela peut représenter un marché adressable de 100 millions d'euros » a estimé Thierry Couret.

« Le marché de la renégociation sera surtout concentré sur les trois ans à venir, avec l'effet booster de l'amendement [Bourquin de la loi de 2017, ndlr]. Nous avons un objectif de 9.000 souscriptions en 2018 » à comparer aux 20.000 contrats qu'il a en stock dans ce domaine.

Par ailleurs, la Maif étudie comment entrer sur « le marché naissant de la prévention-bien-être ». Dans l'assurance santé, un marché en pleine consolidation, elle devrait approfondir son partenariat avec la MGEN, qui s'est rapprochée du leader Harmonie Mutuelle au sein du groupe Vyv, avec lequel la Maif pourrait nouer d'autres accords commerciaux de ventes croisées.