Olivia Grégoire et Thierry Déau : « La finance à impact est un levier d'action privilégié »
Propos recueillis par Irène Frat
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Thierry Déau et Olivia Grégoire.
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LA TRIBUNE - La finance semble avoir une longueur d'avance sur d'autres secteurs économiques en ce qui concerne la lutte contre le réchauffement climatique. Confirmez-vous ? Si oui, à quoi est due cette prise de conscience selon vous ?
OLIVIA GREGOIRE - La finance doit toujours avoir un coup d'avance et je pense qu'elle a, en effet, plus tôt que le reste de l'économie, intégré les enjeux du changement climatique à ses modèles. La réglementation française, qui a mis en place un reporting ESG spécifique pour les investisseurs - encore complété dans la loi « Énergie et Climat » de 2019 - n'y est pas pour rien.
L'Europe nous a d'ailleurs suivis dans cette voie, ce qui montre que ce n'est pas un particularisme français : avec le plan d'action européen sur la finance durable de 2018, puis le Green Deal en 2019, nous avons eu la confirmation que la finance était un levier d'action privilégiée. Avec la taxonomie européenne, la finance est même devenue le lieu de définition de ce qui était durable - et méritait des financements - et ce qui ne l'était pas.
C'est d'ailleurs dans la suite de cette logique de définition que nous travaillons aujourd'hui sur la finance à impact : les flux financiers sont le nerf de l'économie, mais pour qu'ils fassent le bien commun, il faut s'entendre sur ce qui relève précisément de ce bien commun, ou du moins, comment on y parvient.
THIERRY DEAU - Il y a dans le secteur financier une culture de l'analyse du risque et de la quantification : c'est parce que notamment les grands événements climatiques représentaient des risques systémiques que la finance s'y est intéressée, d'autant plus que la finance a une vue panoramique de toutes les tendances macroéconomiques. Soyons honnêtes aussi : il est plus facile de réorienter des investissements que de modifier des chaînes de production ou de fermer des centrales.
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La finance durable se heurte par conséquent à un problème d'offre : il n'y a de finance durable qu'avec des entreprises et des projets durables. La finance à impact marque en cela un tournant intéressant puisqu'elle fait du financeur un accompagnateur de la transition qui recherche autant la performance extra-financière que la performance financière. La corrélation des politiques de rémunération des investisseurs avec les impacts extra-financiers est d'ailleurs un levier nécessaire, qui nous forcera à modifier nos métiers en profondeur, en s'intéressant plus au contenu de nos investissements.
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