Armement : l'Egypte et la France à nouveau sur la même longueur d'onde

Par Michel Cabirol  |   |  522  mots
L'Egypte a acheté pour sept milliards d'euros à l'industrie d'armement française entre 2014 et 2017 (Crédits : Dassault Aviation)
La visite à Paris du nouveau ministre de la Défense égyptien, Mohamed Ahmed Zaki, a permis d’éclaircir un certain nombre d'incompréhensions entre les deux pays. La vente de Rafale supplémentaires redevient un sujet d'actualité.

Après le coup de froid entre Paris et Le Caire en début d'année, les relations sont revenues à la normale entre les deux pays dans le domaine de l'armement. Paris a su lever un certain nombre d'interrogations des Égyptiens, notamment celles concernant le blocage par les Etats-Unis de l'exportation du missile de croisière Scalp et de certains composants sur des équipements du Rafale (réglementation ITAR) pour protéger Israël. Washington se sont engagés de maintenir un avantage militaire (QME ou Qualitative military edge) de Tel Aviv par rapport à leurs adversaires potentiels. En dépit de cet axiome de la politique étrangère américaine, la visite aux Etats-Unis fin avril d'Emmanuel Macron n'a pas été vaine. Selon des sources concordantes, le dossier Scalp et Rafale avait été alors abordé dans le secret des discussions entre les deux présidents par la partie française.

Résultat, des licences ont été récemment accordées permettant l'exportation des POD du Rafale, la nacelle de désignation de cible bloquée par ITAR, vers l'Egypte, selon nos informations. En parallèle, la France a entrepris un long travail de désITARisation du missile Scalp, qui prendra au moins plusieurs mois pour éviter de futurs désagréments avec ITAR. D'autant que cette réglementation peut être aussi utilisée de façon "mercantile" par les Etats-Unis, explique-t-on dans l'entourage de la ministre des Armées, Florence Parly, pleinement consciente de ce dossier. A l'Hôtel de Brienne, on fait état de relations personnelles entre Florence Parly et son homologue américain, le secrétaire à la Défense des États-Unis, James Mattis, pour dénouer certains dossiers. "Nous avons une écoute bienveillante en raison des excellentes relations entre la France et les Etats-Unis", précise-t-on.

Visite du ministre de la Défense égyptien

Les assurances françaises ont été bien reçues par Le Caire. Depuis les négociations sur la vente de 24 Rafale a repris et pourraient se conclure "rapidement", explique-t-on à La Tribune. D'ailleurs la visite mardi dernier à Paris du nouveau ministre de la Défense égyptien, Mohamed Ahmed Zaki, un très, très proche du président Abdel Fattah al-Sissi, a permis d'avancer sur un certain nombre de dossiers. Outre les 24 Rafale, Le Caire est très intéressé par l'achat de 30 drones Patroller (Safran) armés. Les militaires égyptiens demandent une campagne de tests en Egypte. En outre, ils ont marqué un intérêt pour l'hélicoptère Cougar (Airbus Helicopters) pour leur marine. En revanche, les négociations sur la vente de deux corvettes Gowind supplémentaires (5 et 6) font du surplace, les Égyptiens trouvant la maintenance et les prix trop élevés. Business as usual...

Depuis 2014, l'Égypte a engagé une modernisation de ses forces armées avec le soutien de la France. La France s'est engagée à fournir de nouveaux équipements, en particulier à la force aérienne (24 Rafale, un satellite de télécoms militaire) et à la marine (quatre corvettes Gowind, une FREMM, deux BPC). Ce qui a représenté sept milliards d'euros de contrats pour l'industrie d'armement française entre 2014 et 2017.