Automobile : pourquoi la forte baisse des CO2 en janvier est en trompe-l’œil

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(Crédits : Renault)
Janvier a été un mois exceptionnel sur le marché automobile français puisque la moyenne d'émission de CO2 s'est élevé à 96 grammes par km, soit 17 grammes en moins en seulement un mois! En réalité, les effets de destockage mais également d'immatriculations déportées créent un effet d'optique sur la réelle tendance du marché, notamment sur les ventes de voitures électriques...

Les constructeurs automobiles peuvent-ils enfin respirer ? En France, les ventes de voitures neuves ont surpris par la part des voitures électriques. Près de 11.000 voitures vendues sur le seul mois de janvier, soit 8% du marché total là où cette catégorie n'a jamais dépassé les 2%. Pour les constructeurs automobiles, c'est une aubaine extraordinaire, eux qui s'alarmaient des pénalités sur les émissions de CO2, estimées à plusieurs milliards d'euros par certains cabinets.

DS à 65 grammes

D'après les chiffres de AAA Data, les ventes totales en janvier ont affiché un CO2 moyen de 96 grammes, soit seulement deux grammes de plus que l'objectif fixé par Bruxelles. En décembre, la moyenne se situait à 113 grammes. Le bond du marché est exceptionnel.

Peugeot affiche même 88 grammes, et Renault fait encore mieux à 86 grammes. Il n'y a guère que Kia qui se positionne aussi bien avec une moyenne de 87 grammes par kilomètre et par voiture. Mais c'est DS qui affiche le record avec seulement 65 grammes grâce aux performances de ses deux SUV dans leur version électrifiée qui se sont quasiment vendues autant qu'en thermique. Dépourvues de gammes électrifiées, Citroën et Opel ne s'en sortent pas trop mal avec leur 98 grammes.

Audi pénalisé... par ses hybrides !

On note que des marques non dotées de gamme électrique sont lourdement pénalisées. Ainsi Volkswagen est à 110 grammes. La filiale de Renault, Dacia, est à 114 tandis que Nissan est à quelques encablures de l'objectif avec ses 99 grammes. Plus surprenant, Fiat, pourtant bien doté en petites voitures, se retrouve avec une moyenne de 112 grammes, soit davantage que BMW qui est à 107 grammes.

Parmi les marques premium, c'est finalement Volvo qui s'en sort le mieux avec 91 grammes. En revanche, Audi en est loin avec 117 grammes. Sa gamme électrifiée ne semble pas convaincre. Seulement 21 E-Tron ont été immatriculées en janvier. Ironiquement, ses voitures hybrides (37% des ventes) ont affiché une moyenne de CO2 de 118 grammes soit davantage que ses voitures essence (114 grammes). Chez Audi, on indique que les véhicules à petite hybridation ont été comptabilisés, ce qui pénalise la lecture de la performance de leur gamme hybride rechargeable.

Trompe-l'œil

Si l'année 2020 est donc l'heure de vérité pour les constructeurs, le mois de janvier pourrait être un immense trompe-l'oeil. D'abord, ce mois est historiquement et structurellement un mois qui subit les stratégies de destockage du mois de décembre. Or, cette fois, le destockage a été plus prononcé puisque les constructeurs ont liquidé un maximum de voitures thermiques. Ils ont également attendu janvier pour immatriculer des voitures électriques afin que celles-ci soient comptabilisées pendant l'exercice soumis aux nouvelles normes. Il aurait ainsi été peu judicieux pour Peugeot d'immatriculer ses voitures de démonstration de sa nouvelle 208 électrique en décembre. Idoine pour la Renault Zoé même si celle-ci existe depuis plus longtemps et a donc déjà équipé ses concessions. En outre, le marché français est assez particulier puisqu'il est fortement marqué par la présence de marques généralistes dont Renault et Peugeot justement. L'impact de nouveaux modèles électriques sera donc plus important dans l'Hexagone que sur le marché allemand, plus premium. Dans ces conditions, le mois de janvier est exceptionnel mais n'est représentatif ni de la tendance pour l'année et encore moins de la tendance sur le marché européen. Or, c'est bien sur l'ensemble du marché et sur l'ensemble de l'exercice que Bruxelles va déterminer les amendes.

Pour autant, cela ne signifie pas que le marché de l'électrique retournera dans son carcan à 2%. Selon une récente étude Deloitte, 8% des Français affirment que leur prochaine voiture sera 100% électrique, c'est 3 points de plus sur un an. Toujours selon cette étude, ils estiment que le prix juste d'une voiture électrique se situe en-dessous de 30.000 euros. Autant dire qu'avec une Renault Zoé et une Peugeot 208, les Français n'ont plus de raisons de bouder l'électrique.

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Commentaires
a écrit le 05/02/2020 à 11:14 :
Comme trop souvent, titre accrocheur. Avec les reports de ventes de décembre sur janvier et inversement les promotions pour liquider les véhicules polluants, il est sage d’attendre quelques mois pour avoir une véritable évolution des ventes. Toutefois je crois à un changement plus rapide que prévu. Et si c’était enfin l’avenir des petits modèles. Félix Lefez
a écrit le 05/02/2020 à 10:42 :
Chez Peugeot, toutes les 208 elec sont vendus en leasing et les vendeurs ont reçu des consignes. je visais une essence, et après 5minutes on tournait autour de l'électrique.
Le leasing , on fait uniquement ça sur les modèles électrique, pas de risque pour vous m'a dit le vendeur, vous n'imaginez quand même pas mon bon monsieur garder ce nouveau modèle 20 ans comme votre 307 mazout, la technologie évolue vite et après 3 ans il vous faudra un nouveau véhicule qui sera bien meilleur, et si problème technique (soyons prudents car on n'a pas de recul sur les batteries et la technologie qui au demeurant est d'une fiabilité excellente) vous serez couverts car tout est inclus dans le contrat.

Le marché de l'électrique est clairement biaisé par l'objectif CO2 imposé aux fabricants. Ce n'est que le premier chapitre de l'histoire. Je suis vraiment curieux de voir ce que deviendront toutes ces bagnoles dans 3 ans quand les leasing seront finis.
Réponse de le 05/02/2020 à 11:42 :
que deviendrons toutes ces bagnoles dans 3 ans...bonne question. Pas trop dure à répondre. Regardez ce qu'il se passe avec les Zoé, les concessionnaires commencent à être envahies de Zoé d'occasion...Ce qui ceci dit pour une deuxieme voiture dédiée à un usage urbain peut être financierement une excellente affaire....le risque pour Renault et autres, est d'avoir à terme une cote des voitures peu élevées car bradées en occasion, et donc une difficulté à maintenir un prix neuf élevé. je ne sais pas comment ils peuvent à terme continuer avec un système LLD qui certes leur permettent de récupérer la dépréciation de la voiture, mais qui va leur générer un stock de voitures d'occasion énorme à écouler.

et sinon oui les techno vont évoluer et on sortira du lithium-ion un jour (batterie état solide etc...) et oui les voitures électriques sont extrèmement fiables - et d'un entretien quasi nul (comparé à une voiture thermique)
a écrit le 05/02/2020 à 10:24 :
30 000 €! Si le marché de l'électrique doit un jour décoller vraiment, il faut diviser ce prix par 2.
a écrit le 05/02/2020 à 10:07 :
Pour Audi, quelle idée aussi d'appeler sur le marché Français une voiture E-tron.!
Réponse de le 07/02/2020 à 13:23 :
Logique, après le modèle "Q" le modèle E-tron ! Il me tarde de connaître le nom de leurs futurs nouveaux modèles !

Je propose E-mo-roide ! :-)
a écrit le 05/02/2020 à 9:12 :
Merci pour ces précisions, tout comme il est facile de gérer l'équilibre des ventes via l'achat des flottes d'entreprises permettant au bon moment de faire penser à un marché constant.

Quand on en est à s'arranger sans cesse avec les chiffres c'est le signe d'un système profondément défaillant.
a écrit le 05/02/2020 à 9:08 :
"ils estiment que le prix juste d'une voiture électrique se situe en-dessous de 30.000 euros"
A partir de 31 000€ la e-208 ('sans' options), ça fait une grosse marche vs la version pétrole que j'ai depuis 5 ans, 85g CO2 (3,99L/100 sur 90 000km)(j'achète toujours le modèle qui consomme le moins de la gamme, suis frileux des dépenses de fonctionnement).
Pour comparer il faut voir la Zoe où la batterie est louée et la e-208 où elle est vendue (part importante du prix du véhicule). C'est intéressant, une voiture électrique, si on roule beaucoup avec, autant qu'une à pétrole, sinon le surcoût est rédhibitoire.
Ça risque d'être compliqué de retourner en Suède (me reste qq églises à photographier) en électrique, ai pas trop cherché si y avait des prises dans les stations service allemandes mais ça serait indispensable, sinon panne "sèche".
Réponse de le 05/02/2020 à 11:55 :
la comparaison d'une voiture électrique à une voiture thermique, ne doit pas s'arrêter seulement à prendre en compte la différence de cout lié à la consommation d'essence...
sur le temps de possession d'une voiture, calculer le cout d'amortissement de la voiture sur la durée de possession,
le cout énergétique (loc batterie/recharge vs. essence)
le cout d'entretien (révisions, pneus etc....)
le cout des réparations....
au final, on s'aperçoit qu'il existe de nombreux scénarios ou la voiture électrique est compétitive est moins chère.
et puis l'expérience de conduite et d'utilisation est à mon sens largement supérieur (pour la voiture électrique)
Réponse de le 05/02/2020 à 16:56 :
Et surtout sur un long parcours, vous allez passer plus de temps à recharger qu'à rouler.
a écrit le 05/02/2020 à 7:56 :
Toujours le même problème, même avec une autonomie qui progresse, les temps de recharge prohibitifs d'une électrique à batterie, même sur une borne rapide, l'empêche d'être polyvalente. Peut être avec l'hydrogène ?

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