Carlos Ghosn reste en prison pour une troisième garde à vue

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(Crédits : Reuters)
Après s'être vu signifier un refus de prolongement de garde à vue, le procureur de Tokyo a fait de nouveau arrêter Carlos Ghosn sur de nouveaux soupçons de fraude. Le PDG de Renault est sous les verrous depuis le 19 novembre. En revanche, son bras droit Greg Kelly, pourrait sortir de prison.

Nouveau rebondissement judiciaire, Carlos Ghosn a fait vendredi l'objet d'un troisième mandat d'arrêt au Japon sur des charges supplémentaires, anéantissant ses espoirs d'une libération immédiate.

L'arrestation du PDG de l'alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, le 19 novembre à Tokyo, avait fait l'effet d'un coup de tonnerre, sa longue garde à vue avait ensuite étonné à l'étranger et le système judiciaire japonais s'était retrouvé sous le feu des critiques.

Les médias avaient annoncé qu'il resterait sous les verrous jusqu'à la fin de l'année, voire au-delà, mais le tribunal a désavoué jeudi le parquet: geste rarissime, il a refusé d'étendre la garde à vue du dirigeant de 64 ans et rejeté ensuite l'appel des procureurs.

Une libération sous caution semblait alors imminente et M. Ghosn se disait déjà prêt à "restaurer sa réputation", selon son avocat cité par les médias, mais c'était sans compter sur la ténacité du parquet, apparemment furieux d'avoir été humilié la veille.

Le bureau des procureurs a ainsi décidé de l'arrêter de nouveau, ce qui lui donne 48 heures supplémentaires pour l'interroger sur de nouvelles charges, d'abus de confiance cette fois. La durée de cette garde à vue peut en outre être encore étendue.

Pertes imputées à Nissan

Selon un communiqué du parquet, Carlos Ghosn est soupçonné d'avoir "failli à sa fonction de PDG et d'avoir causé un préjudice à Nissan".

Concrètement, le parquet lui reproche d'avoir "imputé sur les comptes de la société des pertes d'investissements personnels" subies à cause de la crise financière d'octobre 2008, ce qu'il nie selon la chaîne de télévision publique NHK. La somme incriminée s'élève à 1,85 milliard de yens (14,5 millions d'euros).

Il est aussi accusé d'avoir effectué quatre transactions d'un montant total de 14,7 millions de dollars, d'une filiale de Nissan vers un autre compte à son bénéfice.

Pour le moment, le Franco-libano-brésilien a été inculpé le 10 décembre pour avoir omis de déclarer aux autorités boursières environ 5 milliards de yens (38 millions d'euros) de revenus sur cinq années, de 2010 à 2015. Son bras droit Greg Kelly, arrêté en même temps que lui, a aussi été mis en examen.

Les deux hommes sont également soupçonnés de minoration d'émoluments sur la période 2015-2018, pour un montant de 4 milliards de yens.

Au cours des auditions, M. Ghosn aurait reconnu avoir signé des documents mentionnant des paiements qu'il était censé percevoir au moment de quitter Nissan, mais il assure, selon la presse, que ces montants n'étaient pas définitivement établis et n'avaient donc pas à être inclus dans les rapports publics de l'entreprise.

Greg Kelly pourrait, lui, sortir de prison

M. Kelly ne fait pas, lui, l'objet d'un nouveau mandat d'arrêt et ses avocats ont déposé vendredi une demande de libération sous caution, a indiqué le tribunal de Tokyo.

Pour Carlos Ghosn, qui séjourne actuellement dans une petite cellule d'un centre de détention de Tokyo, c'est une troisième étape qui s'ouvre sur le front judiciaire. Un imbroglio qui risque d'alimenter les critiques sur la justice nippone.

"Le système pénal japonais a été révélé au grand jour à l'étranger. Ce n'est pas forcément la meilleure face du Japon, ce n'est pas bon pour le monde des affaires", a commenté pour l'AFP Me Lionel Vincent, avocat du barreau de Tokyo.

"Les dirigeants étrangers sont surpris de la brutalité de la procédure et craignent à tort d'être pris au piège de règles qu'ils ne connaissent pas et d'un système qu'ils ne maîtrisent pas", a-t-il ajouté.

Pendant ce temps, l'alliance Renault-Nissan est dans la tourmente. Les constructeurs japonais Nissan et Mitsubishi Motors ont déjà révoqué à l'unanimité M. Ghosn de la présidence de leurs conseils d'administration, mais le groupe français Renault l'a maintenu jusqu'à présent à son poste, confiant "à titre provisoire" la direction exécutive à son numéro deux Thierry Bolloré.

De son côté, Nissan, lui-même inculpé dans l'affaire, se prépare à une éventuelle libération de son ancien sauveur, qu'il accuse aujourd'hui de tous les maux, notamment d'avoir utilisé des résidences de luxe dans le monde entier aux frais de la compagnie.

Carlos Ghosn reste administrateur de Nissan

Pour le groupe, qui a mené l'enquête pendant des mois en interne avant de transmettre les charges au parquet, "les preuves sont substantielles et convaincantes". "Nissan poursuit ses propres investigations, dont le champ continue de s'élargir", a-t-il dit vendredi dans une brève déclaration.

Selon une source proche du dossier, si Carlos Ghosn devait sortir de prison, Nissan lui interdirait l'accès à ses locaux, même si en théorie il peut siéger au conseil d'administration.

Seule une assemblée générale extraordinaire d'actionnaires peut le démettre de son titre d'administrateur.

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 23/12/2018 à 10:51 :
Boycott de Nissan, pour commencer.
a écrit le 23/12/2018 à 10:43 :
Le gars récolte ce qu'il a semé.
a écrit le 22/12/2018 à 13:43 :
F... Les brides .
a écrit le 22/12/2018 à 12:45 :
Tant que Renault et la France ne lacheront pas Ghosn les Japonais seront bloqués.
Il viendra bien un moment où ils devront le relâcher... parce que trop c'est trop même au Japon.

Le plan de Nissan et du gouvernement nationaliste Japonais était une Blitzkrieg.... maintenant ils ont gagnés la guerre de tranchées, c'est balot...

J'espère que la contre attaque sera subtile et radicale. Parce que ces méthodes ne sont pas vraiment acceptables.
Réponse de le 23/12/2018 à 9:36 :
Vous allez voir...la justice japonaise va s'occuper aux petits oignons de GHOSN.
Le procureur de Tokyo va se faire plaisir, il va pouvoir à l'infini prolonger le garde à vue à chaque nouveau soupçon dans une prison qui ne ressemble en rien à nos prisons françaises cinq étoiles pour quels aveux..
a écrit le 22/12/2018 à 9:00 :
On respectera le sytème judiciaire japonais, mais nos valeurs en sont éloignées: détruire la carrière d'un homme, par des accusations à rallonge, qui semblent, même si partie des faits tombent sous le coup de la Loi (lesquelles d'ailleurs?), est clairement abusif en attente de jugement. Les politiques, coincés par la séparation des pouvoirs, sont impuissants, dans ce qui apparait de plus en plus comme une guerre contre les intérêts français et de la France.
a écrit le 21/12/2018 à 22:24 :
Où sont les associations de défense des droits de l’homme ????
Allô ?
Réponse de le 22/12/2018 à 9:54 :
M. Ghosn faisant partie des super-élites mondialisées, il ne les intéresse pas.
a écrit le 21/12/2018 à 21:35 :
Faites déjà ce qu’il a fait de Renault et nissan, après vous pourrez la ramener.
L’ignorance est le mal de l’humanité
a écrit le 21/12/2018 à 20:46 :
Stupeur et tremblements !!!!!!!!!!
a écrit le 21/12/2018 à 18:48 :
vue les commentaires de la tribune CARLOS GHOSN est la victime chez Nissan mais pour d autres il est coupable de détournement de fonds et abus de pouvoir . au Japon il encourt une peine de 10 ans de prison
Réponse de le 22/12/2018 à 12:47 :
Oui ok mais pour le moment en France le dossier est vide.

Quant au Japon ils vont jusqu'à s' assoir sur les prescriptions pour prolonger l'assaut....
a écrit le 21/12/2018 à 18:26 :
Pour récupérer leur 44% s ils échouent avec la pression judiciaire sur Ghosn, ils attaqueront le titre Renault. Les Fr ont intérêt à se bouger !
Réponse de le 22/12/2018 à 10:04 :
Chaque jour de GAV qui s'ajoute confirme qu'il s'agit d'un coup foireux. Sans doute monté par Saikawa dont Ghosn s'apprêtait à faire tomber la tête. Avec Daimler Renault détient 47% du capital de Nissan, vu la situation, il n'y a plus à prendre de gants, Renault doit racheter 3% du capital de Nissan et y faire le ménage en y faisant rouler les têtes du top-management.
Réponse de le 22/12/2018 à 19:28 :
D'accord il manque 3.01 mais à Nissan il lui manque combien de Renault pour atteindre les 25 % ? Officiellement 10 mais si le MITI est bien à la manœuvre entre les Cie d'assurances, banques et fonds japonais combien en ont-ils officieusement ?
a écrit le 21/12/2018 à 15:35 :
Tout ceci est claire comme du jus de chaussette ! Si les faits sont avérés beaucoup de complicité au sein de Nissan , étrangement la même chose ne s' ai pas reproduite chez Renault, vu l' origine des faits je m' étonne de la réactivité...De la justice Japonaise . La raison est ailleurs que dans le domaine ou l' on essais de nous emmener , pour des histoires d' égaux on risque de casser une entreprise . L' image de l' entreprise en a pris un sale coup , d' autant que chez Nissan il y aurait des casseroles sur les systèmes de freinage ,pas très glorieux .
a écrit le 21/12/2018 à 14:30 :
Ce qui n'est pas fait en France et fait au Japon!
Réponse de le 22/12/2018 à 9:56 :
Bien sale image de la justice au Japon, qui n'a pas à en être fier. Franchement, ce chantage à la GAV pour essayer d'arracher des aveux, on n'est pas loin de la torture.
a écrit le 21/12/2018 à 14:26 :
Franchement on va pas pleurer sur son sort. Son goût immodéré de l'argent l'a conduit à sa propre perte. Fraude fiscale et détournement. Il ne lui en fallait jamais assez. On le voyait bien avec ses demandes incessantes pour augmenter sa rémunération.
Les Japonais n'ont fait que le cueillir.
Cela rappelle l'affaire DSK ou Fillon. Mais ne jamais oublier que si ces hommes étaient vertueux ils ne se seraient jamais fait coincés.
Réponse de le 21/12/2018 à 18:42 :
Pour le moment il n'est pas question de fraude fiscale mais de défaut de déclaration aux autorités financières.
a écrit le 21/12/2018 à 11:42 :
Depuiis le début de cette affaire, je suis du même avis que phidias. Maintenant que la situation financière du groupe Nissan est bonne, je le soupçonne de vouloir faire capoter l'association actuellement en place '' Renault - Nissan - Mitsubishi'' pour reprendre leur liberté. Comme le dit phidias, il est grand temps que l'état français actionnaire cesse de se faire salir de cette façon par le nationalisme Japonais et use de son pouvoir pour se faire respecter.
a écrit le 21/12/2018 à 11:09 :
Une des conséquences de la mondialisation est le développement de ce genre de comportement autoritaire, initié par les US entre autres avec le concept d'extra territorialité.
Il s'agit tout simplement de dérives nationalistes...et le nationalisme....
a écrit le 21/12/2018 à 11:04 :
Cela sent vraiment le coup foireux à rallonge. Que fait le macronissime impuissant ? Qu'attend-il pour taper sur la table et sonner la fin de partie, pour ces mafieux ? Qu'est-ce que c'est que ce pouvoir faiblard et trouillard ?
Réponse de le 21/12/2018 à 14:20 :
La méthode est odieuse, mais le chantage à la GAV (ou à la détention provisoire) n'est pas une méthode exclusivement nippone. Rappelons que le "sympathique" et bien mal nommé juge Gentil a infligé trois mois de détention provisoire à Patrice de Maistre pour essayer (en vain) de lui faire cracher le morceau sur Sarkozy dans l'affaire Bettencourt, on appelle ça dans l'élégant jargon judiciaire "attendrir la viande". En pratique, cette prolongation est paradoxalement plutôt rassurante quant à la matérialité des charges pesant sur Ghosn. Quand des magistrats en sont réduits à appliquer de telles méthodes c'est qu'ils sont à cours de preuves. Il ne serait pas plus surprenant que ça que Ghosn finisse par en sortir blanchi.
a écrit le 21/12/2018 à 11:03 :
C'est de la torture pure et simple. Jusqu'a ce qu'il craque.
Mais le bonhomme est coriace. Faudra appeler la prochaine Duster "River Kwai".
Réponse de le 21/12/2018 à 14:25 :
La méthode est odieuse, mais le chantage à la GAV (ou à la détention provisoire) n'est pas une méthode exclusivement nippone. Rappelons que le "sympathique" et bien mal nommé juge Gentil a infligé trois mois de détention provisoire à Patrice de Maistre pour essayer (en vain) de lui faire cracher le morceau sur Sarkozy dans l'affaire Bettencourt, on appelle ça dans l'élégant jargon judiciaire "attendrir la viande". En pratique, cette prolongation est paradoxalement plutôt rassurante quant à la matérialité des charges pesant sur Ghosn. Quand des magistrats en sont réduits à appliquer de telles méthodes c'est qu'ils sont à cours de preuves. Il ne serait pas plus surprenant que ça que Ghosn finisse par en sortir blanchi.
a écrit le 21/12/2018 à 9:38 :
Que faire quand les grands propriétaires Japonais viennent en France dans leurs investissements Bordelais, Parisien, etc... Individus mafieux, sanguinaires et sans foi ni loi ?
En comparaison Ghosn est un enfant de cœur.
a écrit le 21/12/2018 à 9:17 :
L'UE va t'elle arrêter sa désastreuse politique de dumping fiscal ou bien va t'elel continuer de s'acharner sur le citoyen européen pour continuer ses magouilles ?

Vu le peu de vie qu'il y a là dedans je suis inquiet...

Vite un frexit puisque ces problèmes d'évasion fiscale sont indissociables du fonctionnement de l'UE.

"l’Europe du dumping fiscal " https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/automobile/carlos-ghosn-reste-en-prison-pour-une-troisieme-garde-a-vue-801950.html
Réponse de le 21/12/2018 à 10:06 :
désolé pour le mauvais lien: https://www.alternatives-economiques.fr/concurrence-leurope-dumping-fiscal/00061157

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