"Les prêts subprimes menacent l'industrie automobile américaine" (Coface)

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Khalid Aït-Yahia (à gauche) et Paul Chollet (à droite), économistes à la Coface.
Khalid Aït-Yahia (à gauche) et Paul Chollet (à droite), économistes à la Coface. (Crédits : Reuters)
La Coface publie ce mercredi une étude sur le risque crédit du marché automobile américain. Si le crédit a soutenu la croissance du marché au point de revenir à son niveau d'avant-crise, il menace toutefois sa stabilité compte tenu de la multiplication de prêts à risques. Khalid Aït-Yahia et Paul Chollet, économistes à la Coface, expliquent à La Tribune les ressorts de ce phénomène.

La Tribune : La Coface évalue le risque crédit sur le marché automobile américain. Quelle est la situation ?

Khalid Aït-Yahia : Nous avons classé le secteur automobile américain en catégorie "risque faible" qui constitue l'échelon le plus faible de notre barème des risques. En effet, du côté de la production, l'investissement est en hausse, notamment car les constructeurs nationaux et étrangers relocalisent en partie l'assemblage sur le territoire afin de lancer de nouveaux modèles. Du côté de la demande, les ventes d'automobiles (16,5 millions de véhicules vendus en 2014) ont atteint les niveaux d'avant-crise, contrairement à l'Europe. Il y a un appétit à se rééquiper en voitures, exprimé par les ménages. Néanmoins, nous nous inquiétons de voir que le crédit automobile est l'une des principales variables explicatives à la croissance des ventes. Ainsi, 85% des achats de véhicules étaient achetés à crédit au troisième trimestre 2014, contre 74% en 2009. L'inquiétude, c'est que, en 2014, quatre nouveaux prêts sur dix étaient classés subprimes, c'est-à-dire que l'emprunteur présente un risque de défaut non négligeable.

Qu'est ce qui pourrait enclencher le risque d'après vous ?

Paul Chollet : La maturité de ces prêts est particulièrement longue (72 à 84 mois). Avec la volonté de la Réserve fédérale américaine d'augmenter ses taux d'intérêts, on peut craindre que les taux réels de ces prêts puissent augmenter de 3 à 4 points sur cette période.

La Fed pourrait agir dans les prochains mois, pensez-vous que le risque est imminent ?

Paul Chollet : Nous pensons que la Fed agira plutôt en fin d'année, voire début 2016. Les ménages américains s'étant paupérisés par rapport à 2007, une hausse des taux pourrait ne pas être supportée par les emprunteurs subprimes. En effet, le revenu des 20% les plus pauvres était en 2013 encore 10% inférieur à son niveau de 2007, et le revenu médian 8% inférieur. Mais, nous constatons dans le même temps que le niveau de l'emploi est à un niveau quasi-proche du plein-emploi, ce qui permet d'espérer que les salaires repartent à la hausse - ce qui pourrait compenser ainsi la hausse des taux d'intérêt.

Le marché automobile américain serait-il pour autant tiré d'affaire une fois ces considérations macroéconomiques surmontées ?

Khalid Aït-Yahia : Le marché automobile américain a probablement atteint, ou est proche, d'un plus-haut en terme de volumes. Pour autant, compte tenu de l'âge moyen du parc automobile circulant, entre 10 et 11 ans, le marché a quelques années de ventes devant lui. Cependant, le renouvellement de ce parc ne pourra se faire que si les constructeurs proposent une offre plus intéressante que celle actuellement en service. La voiture connectée pourrait ainsi devenir une excellente opportunité pour motiver le renouvellement du véhicule. Des voitures plus sobres en énergie devraient également séduire une nouvelle génération d'Américains moins sensibles à la culture de l'automobile, et plus friandes de solutions de transports alternatives.

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Commentaires
a écrit le 23/07/2015 à 13:27 :
ESSAI
a écrit le 15/04/2015 à 15:47 :
C'est bien de le dire, mais cela fait longtemps que tous ceux qui ont bien voulu se pencher, même de loin, sur les chiffres savent. La quasi totalité du crédit généré aux US (au niveau des particuliers) l'est par l'endettement massif des étudiants et des ventes subprime de voitures aux US. Et ce depuis des années.
Réponse de le 15/04/2015 à 23:37 :
Bonjour Retardataires. Vous semblez en retard d'informations. La bulle des crédits subprime des étudiants a commencé à craindre depuis 5 ans et est compensée par le gouvernement US. Ils n'allaient pas laisser une bulle exploser, ils savent ce que ça donne. Le subprime 4x4, là, c'est assez récent car c'est 2-2.5 ans. En principe, cela va faire comme pour les subprime étudiants et les 50 millions aux food-stamps : l'état va raquer pour éviter le déluge. Et après, on dit que les US sont à "droite"... Moi, je veux bien, mais ce sont des COMMUNISTES à tuer qui ne veulent QUE sauver le système, soit, les plus riches. Evidemment... Ils en ont besoin pour leurs "élections"...
Réponse de le 16/04/2015 à 3:28 :
Nous disons de fait la même chose. La puissance de la capacité d'intervention étatique US est inégalable. Il est évident qu'ils ont et facilité la génération de ces bulles et mis en place des outils de "containment". Mais les chiffres sont néanmoins là. La dette étudiante a continué de gonfler et surtout, les taux d'incidents ont très fortement augmenté dernièrement. Les projections du pire scénario par le TBAC envisageait un taux de 9% en décembre, très en dessous de ce qui est le cas aujourd'hui (voir le très bon article sur le sujet hier sur ZH). Le secteur automobile connait une bulle identique, même si elle est de moindre mesure. Par contre, ce qui est clair pour cette dernière, c'est qu'elle a vu la mise en place d'outils très similaires à ceux qui ont présidé à la création de la bulle subprime dans l'immobilier. A titre de simple exemple, voici ce que Santander Consumer fait: http://www.structuredfinancenews.com/news/consumer_abs/santander-dives-deep-into-subprime-in-latest-auto-abs-255069-1.html
Mais le phénomène ne date pas non plus d'hier. Voici un article sur le sujet datant de début sept 2012: http://www.structuredfinancenews.com/news/consumer_abs/santander-dives-deep-into-subprime-in-latest-auto-abs-255069-1.html Enfin sur un sujet corolaire, je pense que si il y a défense à ce point des prêts étudiants, c'est aussi parce que le monde universitaire est devenu une sorte de second point de chute des élites. Les inscriptions ont connu une envolée des prix incroyable et de nombreux postes sont attribués selon la bonne vieille "revolving door" américaine. Amusant par exemple de voir que la très en vogue sénatrice démocrate Elizabeth Warren qui défend que ces montants sont anormaux, mais elle a été elle-même payé 400k$ par an pour des cours de droit. Une classe. Une seule pour 400k$/an... ;-) A mon sens donc, le complexe éducatif américain est devenu une vache à lait, sous perfusion publique, pour le cercle restreint des "oints du seigneur" comme dirait Charles Gave. Cdlt
a écrit le 15/04/2015 à 14:57 :
La machine US est en train de se casser la figure, à nouveau puisque tout s'est aggravé.
Déjà, la baisse de la consommation, les indices d'activité, les créations d'emploi.
Avec quoi tourner d'ailleurs, sans salaires, sans solvabilité (et avec la crainte de le devenir), sans compétitivité prix (USD) et même sans débouchés dynamiques à l'export.
Les ménages paupérisés, les entreprises occupées à financiariser leurs investissements (notamment en rachetant leurs titres)?
Pas crédible!
Réponse de le 15/04/2015 à 16:22 :
La croissance connait naturellement des hauts et des bas. Reste à savoir si la conjonction de plusieurs facteurs ne peut pas conduire à un fort ralentissement.
a écrit le 15/04/2015 à 12:31 :
Les prêts subprime, tout comme les produits dérivés, sont toujours une menace pour l'économie. Les banques ont des stocks de créances irrécupérables dans leur bilan, suite à des prises de risques inconsidérés. (mais elles sont too big to fail) ; s'il y a un problème, l'Etat compense, il rachète des créances pourries en bon argent. Via les impôts citoyens. Donc pas de souci (pour les banques) l'état est garant. Les subprime sont des dangers pour l'ensemble du système bancaire mondialisé. Mais maintenant, il y a une nouveauté : la banque ira légalement se servir directement dans la poche (euh, le compte) de ses clients. Nos députés socialistes ont voté pour. Le riche client (celui qui dépose son salaire tous les mois et dispose parfois de quelques économies) sera plumé et le dindon de la farce. Les socialistes, le parti du travailleur me disait JL, un vieux copain... On le constate effectivement.
a écrit le 15/04/2015 à 11:57 :
"Mais, nous constatons dans le même temps que le niveau de l'emploi est à un niveau quasi-proche du plein-emploi, ce qui permet d'espérer que les salaires repartent à la hausse"

C'est beau d'espérer ! Mais le plein emploi n'existe pas aux USA sachant d'une part que le taux de la population active ne cesse de baisser et que la plupart des emplois créés sont des emplois à temps partiels et sous payés.
Le revenu médian des classes moyennes a encore chuté, il est au niveau de 20 ans en arrière.

Et quid également des prêts aux étudiants ? C'est également une bombe à retardement.

L'Amérique ne fait plus rêver, c'est devenu plutôt un vrai cauchemar !
Réponse de le 15/04/2015 à 17:15 :
@ TC
Bonjour, vous m avez pris de cour , je voulais exactement ecrire la meme analyse que vous , CETTE phrase m as fait bondir
" nous constatons dans le même temps que le niveau de l'emploi est à un niveau quasi-proche du plein-emploi, ce qui permet d'espérer que les salaires repartent à la hausse - ce qui pourrait compenser ainsi la hausse des taux d'intérêt. "
avec plus de 50 millions d américains vivant de bons alimentaires Ha les spécialistes en économies.
a écrit le 15/04/2015 à 10:42 :
De toute façon, ils ont l'habitude. Sinon, "quatre nouveaux prêts sur dix étaient classés subprimes". Et sur les années précédentes, on en est à combien..?? (sinon, pour votre info, la fed ne va jamais remonter ses taux.)
Réponse de le 15/04/2015 à 13:15 :
@yvan : entièrement d'accord avec vous. Je me marre à voir régulièrement la FED annoncer qu'elle va remonter ses taux d'intérêts (comme la BoE et d'autres, d'ailleurs !) et reculer à chaque fois avant la date fatidique. J'imagine (et eux aussi sûrement) la crise qui va partir des prêts étudiants aux USA si jamais ils s'amusaient à ça !
Tiens, au fait question : l'exploitation des gaz et pétroles de schistes n'est valable que si le pétrole est entre 70 et 100$ le baril. Or celui-ci est descendu à ~50$ depuis environ 6 mois. Comment se fait-il qu'il n'y ait toujours pas eu un problème massif dans ce domaine, comment les producteurs de gaz & pétrole peuvent-ils tenir depuis tout ce temps ? On ne nous dirait pas tout ... ou empruntent-ils massivement (A TAUX VARIABLE ??) ?
Réponse de le 15/04/2015 à 19:42 :
vous remarquerez que les investisseurs dans la gaz de schiste sont les classes moyennes supérieures, et pas les compagnies pétrolières historiques. Maintenant que les installations sont viables, il n'y a plus qu'a attendre que ces compagnies coulent part manque de débouchées, et ensuite les compagnies pétrolières historiques rachèterons les actions de ces nouvelles sociétés pétrolières sans avoir à payer leur juste valeur. Pensez vous que Rockfeller à fait fortune en "cherchant "du pétrole?
a écrit le 15/04/2015 à 10:30 :
Je pensais que beaucoup de ventes aux usa s'effectuaient en leasing. Cela a - t- il une influence par rapport aux subprimes dans la mesure où il ne s.agit que de location ?

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