Avec le vieillissement de la population notamment dans les pays développés, la maladie d'Alzheimer représente un important marché à conquérir pour les laboratoires pharmaceutiques. D'autant plus que cette maladie implique des coûts énormes (19 milliards d'euros par an rien qu'en France) induits par la prise en charge des malades : elle représente un enjeu majeur de santé publique. Les autorité publiques de plusieurs pays commencent d'ailleurs à s'associer aux gouvernement dans la recherche contre la maladie.
Pourtant, il n'existe aucun traitement capable de ralentir ou de stopper la maladie. Actuellement, les molécules sur le marché se focalisent sur les symptômes de celle-ci et visent à ralentir l'évolution des troubles. Leur efficacité est jugée modérée.
Pourquoi un tel manque de traitements efficaces alors "qu'il y a eu énormément d'avancées dans les connaissances scientifiques sur la maladie", selon Marie Sarazin, professeur de Neurologie à l'Université Paris Descartes et responsable de l'Unité de Neurologie du centre hospitalier de Saint-Anne ?
Pour le comprendre, il faut se penser sur la principale stratégie thérapeutique des laboratoires pharmaceutiques. Elle réside dans l'immunothérapie et consiste à développer des anticorps monoclonaux qui s'attaquent aux protéines amyloïde. Celles-ci sont un des facteurs responsables de la maladie d'Alzheimer, d'après les publications scientifiques. Elles entraînent les pertes de mémoire, en s'accumulant dans le cerveau et en s'attaquant aux neurones.
Cette stratégie a jusqu'à aujourd'hui connu une série d'échecs.
En clair, elle explique qu'à cause de "surdiagnostics" des personnes choisies lors de certains essais cliniques avaient des problèmes de mémoire mais probablement dus à d'autres mécanismes qu'Alzheimer, ce qui a mis en échec les études cliniques. "Aujourd'hui, la certitude des diagnostics a été améliorée dans les essais thérapeutiques grâce à une approche clinique mêlée à une approche biologique", précise-t-elle.
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Autre problème pour garantir l'efficacité des cliniques, à quel stade de la maladie peut-on donner les traitements ? Celle-ci peut exister sans s'exprimer 10-15 ans avant l'apparition des symptômes, comme le rappelle l'Inserm. Or les chercheurs s'entendent sur un point: plus la maladie est diagnostiquée tôt, mieux elle sera soignée. Et le mieux serait avant l'apparition des symptômes.
Enfin, pour Marie Sarazin, une autre raison peut expliquer le retard des laboratoires pharmaceutiques malgré leurs investissements conséquents, un suivisme dans les stratégies thérapeutiques :
Face aux échecs, certains laboratoires ont abandonné ou ralenti les recherches. Des voix de scientifiques et d'associations se sont élevées pour déplorer ce changement de stratégie. Il faut dire que les laboratoires pharmaceutiques, qui jugent les recherches coûteuses,ont arrêté le développement de 123 de leurs molécules développées pour traiter la maladie d'Alzheimer entre 1998 et 2014, faute de résultats positifs ou d'approbation des autorités de régulation.
D'autres big pharmas se sont lancées dans le domaine thérapeutique, mais très tardivement. C'est le cas de Novartis. Le géant suisse s'est associé avec la biotech Amgen, pour développer des molécules d'une nouvelle génération visant à prévenir le développant des amyloïdes.
Actuellement, plusieurs laboratoires pharmaceutiques ont un ou plusieurs traitements en phase III. Mais, selon les analystes, deux sociétés pharmaceutiques sortent du lot et présentent les molécules plus prometteuses en ce qui concerne l'apport thyérapeutique au patient: Biogen et Eli Lilly. Ce dernier travaille sur le Solanezumab, une molécule en phase III (dernière phase avant un potentiel lancement sur le marché), visant à ralentir la progression de la maladie, en s'attaquant aux protéines amyloïde.
Biogen qui planche également sur cette stratégie thérapeutique est également en phase III avec l'Aducanumab. Cet traitement a permis de ralentir le déclin cognitif des patients atteint d'Alzheimer avec des troubles cognitifs léger et modéré. Il a obtenu de la FDA début septembre un statut de "Fast-Track", qui permet à un traitement d'être proposé plus rapidement aux patients. Les deux traitements pourraient être validés par les autorités de régulation américaine l'année prochaine.
Mais, alors qu'une phase III signifie de très fortes chance pour un traitement d'arriver sur le marché, un récent échec a montré que pour la maladie d'Alzheimer, parvenir à ce stade n'était pas synonyme de réussite.. Le 23 septembre, le laboratoire danois Lundbeck a annoncé l'échec de son traitement expérimental très attendu de la maladie d'Alzheimer d'un essai de phase III.
Malgré cet échec retentissant, l'arrivée de traitements innovants vers 2017-2021 "semble crédible au vu de la quantité d'essais cliniques en cours", assure Arnaud Laferté. Et cela devrait booster le marché.
Pour l'instant, difficile de voir un horizon où la maladie d'Alzheimer pourrait être guérie. A l'avenir, l'objectif sera de traiter la maladie le plus précocement possible.
L'amélioration des diagnostics et le développement des immunothérapies pourrait amener dans les années à venir à l'émergence d'une médecine de précision, à l'instar de ce qui se développe en oncologie. L'objectif: comprendre les spécificités de la maladie d'Alzheimer et du stade de la maladie de chaque patient pour lui apporter le traitement personnalisé le plus efficace.
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Dans l'article scientifique "vers la médecine de précision dans la maladie d'Alzheimer", la professeure en neurologie Christiane Reitz explique que pour y arriver, il faudra parvenir à mieux identifier les mécanismes développant la maladie chez chaque patient. "Cela exigera des efforts supplémentaires et combinés de la part des biologistes, médecins, développeurs de technologies, scientifiques spécialisés dans les données et groupes de patients notamment", ajoute-t-elle dans l'article.
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