Grève dans l’énergie : la France demande du soutien au Royaume-Uni qui redémarre trois centrales à charbon

Par latribune.fr  |   |  795  mots
Le Royaume-Uni va remettre trois centrales à charbon en route pour répondre à la demande d'électricité de la France. Photo d'illustration : vue de la centrale électrique au charbon de Ratcliffe-on-Soar, près de Nottingham, en Grande-Bretagne, le 1er décembre 2017. Photo Hannah McKay / Reuters. (Crédits : Reuters)
Alors que les grèves dans le secteur de l'énergie, en particulier chez EDF, ont fait chuter la puissance disponible sur le parc nucléaire le 19 janvier dernier, le gestionnaire des lignes à haute et très haute tension RTE a demandé à son homologue britannique du soutien. Ce dernier a donc « répondu à la demande de la France de générer plus » de capacité électrique britannique et remis en route trois centrales à charbon.

Dans le secteur de l'énergie, la mobilisation ne cesse de prendre de l'ampleur. Et ce, avant même la prochaine journée de grève prévue le 31 janvier. C'est notamment le cas chez EDF. Le 19 janvier dernier, jour de la première journée de mobilisation, l'électricien comptait près de 45% de son effectif total en grève. En cause, la suppression des régimes spéciaux, dont bénéficient une partie des travailleurs de l'énergie, prévue dans le texte présenté le 10 janvier par Elisabeth Borne.

Mais ces débrayages ne sont pas sans conséquences. Le 19 janvier, EDF a connu des indisponibilités ou baisses de production au sein de sept réacteurs : Paluel 2, 3 et 4, Belleville 1 et 2, Chinon 3 et Gravelines 5. La puissance disponible sur le parc nucléaire était ainsi tombée à 63% à midi, contre 72% prévu par EDF, selon des données EDF analysées par l'AFP.

Ces baisses de production ou de disponibilité ne représentaient pas de risque de provoquer de coupures de courant, tant elles sont encadrées par le gestionnaire des lignes à haute et très haute tension RTE.

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« Coopération mutuelle »

Pour autant, ce dernier a demandé de l'aide au Royaume-Uni qui a remis en route trois centrales à charbon, selon le gestionnaire du réseau électrique britannique National Grid Eso qui n'a toutefois pas précisé à quel exploitant RTE s'était adressé. En effet, le gestionnaire français avait requis l'assistance d'Eso « après avoir été informé de grèves à travers leurs » centrales de génération électrique jeudi 19 janvier, qui « auraient pu placer leur réseau en état d'alerte ».

« Dans le cadre d'une coopération mutuelle entre la Grande-Bretagne et les réseaux électriques voisins, Eso a répondu à la demande de la France de générer plus » de capacité électrique britannique pour être en mesure de fournir du courant en cas de besoin jeudi, précise un porte-parole d'Eso cité dans le communiqué. Il ajoute qu'Eso a pu répondre à cette demande notamment parce que le réseau britannique « fonctionnait pour l'instant normalement et que cela ne le mettait pas sous pression ».

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Le charbon, seule solution dans ce cas

Les trois « unités à charbon qui ont été mises en route la nuit dernière sont maintenant de nouveau arrêtées, car le réseau n'en a plus besoin », a ajouté National Grid Eso dans un communiqué.

Il explique qu'il n'était pas en mesure de recourir à des énergies alternatives pour fournir des mégawatts à la France à travers les interconnexions si le besoin s'en était ressenti et s'est donc tourné vers le charbon, un combustible très polluant dont le pays est quasi sorti au profit de la génération électrique thermique.

Ce recours aux centrales à charbon comme plan de secours fait partie de la stratégie hivernale d'Eso, qui avait déjà annoncé en décembre, lors d'une vague de froid, avoir demandé à l'énergéticien Drax de faire tourner des centrales à charbon, sans finalement avoir besoin de leur faire générer de l'électricité.

La CGT lance des actions « Robin des bois »

Pour montrer son opposition au projet de réforme des retraites du gouvernement, les salariés du secteur de l'énergie se sont mobilisés jeudi dans les centrales, les raffineries, les ports et les docks contre la réforme des retraites.

Tout au long de la journée, ils ont « massivement » mené des actions dites « Robin des bois » comme de gratuité du gaz ou de l'électricité pour des écoles ou hôpitaux ou de rétablissement d'usagers coupés en région parisienne, « à Lille, Nantes, Lyon, Nice, Marseille, Saint-Nazaire » et ailleurs dans le reste de la France, a rapporté Sébastien Menesplier, secrétaire général de la CGT Mines Energie, interrogé sur BFMTV.

Objectif, « intensifier le rapport de force » contre le texte. Selon un communiqué, « plusieurs hôpitaux ou cliniques, des patinoires et des piscines municipales, des centres sportifs publics, des associations d'intérêt public, des bibliothèques, des collèges, des lycées, des crèches, des chauffages collectifs d'université ou de HLM, des éclairages publics de petites et moyennes communes, des logements sociaux » ont ainsi été « placés en gratuité d'électricité ou de gaz ».

D'autre part, « de petits commerces et artisans (boulangers ou autres) ou des petites entreprises » ont obtenu un tarif d'énergie réduit. Enfin, des usagers « coupés en électricité ou en gaz malgré la trêve hivernale, par des fournisseurs peu scrupuleux », auraient vu leur accès rétabli selon le syndicat.

(avec AFP)