Invisibles pour les yeux, ils sont pourtant les composants les plus couteux des nouvelles générations de véhicules électriques et connectés. Plusieurs kilomètres de fils et de câbles serpentent entre les organes de ces objets communicants que sont devenues nos voitures. Forte de sa double spécialité dans les télécoms et l’automobile, la coopérative normande Acome accélère sur ce marché en croissance.Nos aînés, lorsqu'ils s'offraient une voiture, rêvaient à des jantes aluminium ou à des vitres teintées. Leurs descendants achètent des data center montés sur quatre roues dans lesquels les faisceaux électriques et électroniques pèsent plus lourd (et coûtent plus cher) que la carrosserie qui les abrite.
La Model S de Tesla renferme ainsi un écheveau complexe de trois kilomètres de câbles par où circulent l'énergie et la data... là où un véhicule thermique classique se contente d'un peu plus d'un kilomètre de faisceaux.
Au cœur du processus de transformation des constructeurs, cette rupture majeure ouvre aussi des perspectives engageantes à la plus grande coopérative de France. Spécialisée dans la fourniture de câbles de transmission de données pour les télécoms et de câbles de puissance pour l'automobile, Acome table sur un doublement de son chiffre d'affaires, à un horizon de dix ans, dans la mobilité connectée.
«Comme elle se situe au carrefour de nos deux savoir-faire, imaginez le champ d'action qui s'ouvre à nous avec les véhicules électriques et intelligents qui représenteront demain un tiers du parc mondial», s'enflamme Jacques de Heere, son PDG.
Des usines et de la matière grises
Pour « accrocher ce marché naissant », la SCOP a investi plusieurs dizaines de millions d'euros ces dernières années. Elle a agrandi son site historique de Mortain dans la Manche ainsi que son usine de Wuhan et renforcé ses centres de recherche. A la clef, la mise au point d'un nouveau modèle de câble de puissance en polyéthylène présenté comme plus économe, plus résistant et plus recyclable que les faisceaux en silicone qui équipent nos voitures. « Le silicone coûte cher et vieillit mal quand il zigzague à l'intérieur du véhicule entre le moteur et la batterie située à l'arrière. Il a tendance à craqueler », rappelle t-on chez Acome.