Pourquoi l'Afrique doit développer ses marchés financiers

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Au cours des cinq dernières années, la capitalisation boursière a grimpé de 40% en Afrique, à 1.100 milliards de dollars.
Au cours des cinq dernières années, la capitalisation boursière a grimpé de 40% en Afrique, à 1.100 milliards de dollars. (Crédits : © Beawiharta Beawiharta / Reute)
Paris Europlace et la fondation AfricaFrance ont lancé un cluster spécialisé dans la finance. Son objectif : développer le financement des entreprises africaines par les marchés.

L'Afrique, c'est la nouvelle Chine. Au cours de la dernière décennie, le PIB (produit intérieur brut) du continent africain a progressé de 5% par an, en moyenne. Il s'élève aujourd'hui à 2.400 milliards de dollars, soit l'équivalent de celui de la France. Et si l'économie du continent africain continue sur cette lancée, elle aura rattrapé d'ici quelques années la Chine et ses 5.000 milliards de dollars de PIB. Une croissance à bride abattue qui génère de très importants besoins de financement : ceux-ci sont estimés par la Banque mondiale à 90 milliards de dollars par an, d'ici à 2020.

Or l'Afrique, comme l'Europe, est confrontée à la désintermédiation croissante du financement de son économie, les banques ayant les coudées moins franches pour prêter, en raison des nouvelles réglementations qui pèsent sur elles depuis la crise financière de 2008. A quoi s'ajoute, dans certains pays africains, une contraction des financements publics, déficits budgétaires obligent. « Le Trésor et l'Etat ne financent plus les projets de développement, ce qui entraîne une redistribution des canaux de financement », a témoigné Abdelhakim Berrah, président de la Cosob, la Commission d'organisation et de surveillance des opérations de Bourse en Algérie, le 7 juillet, lors des rencontres financières internationales de Paris Europlace.

Des marchés très fragmentés et faiblement liquides

Cette redistribution des canaux de financement évoquée par Abdelhakim Berrah va nécessiter, pour l'économie africaine, de recourir davantage aux marchés financiers, au cours des prochaines années. Certes, la capitalisation boursière a bondi de 40% en Afrique, au cours des cinq dernières années, pour atteindre 1.100 milliards de dollars, avec pas moins de 2.000 sociétés cotées. Mais « les capitalisations de nos marchés sont extrêmement faibles par rapport aux places asiatiques, sans parler des places américaine et européennes », nuance Amadou Kane, vice-président de la fondation AfricaFrance, créée dans le sillage du sommet de l'Elysée de décembre 2013, qui visait à renforcer les relations économiques entre la France et l'Afrique, et présidée par le financier franco-béninois Lionel Zinsou, Premier ministre du Bénin depuis le 18 juin.

« Les marchés africains demeurent faiblement liquides et très fragmentés », renchérit Edoh Kossi Amenounve, directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) de l'Union économique et monétaire de l'Afrique de l'Ouest (UEMOA), basée à Abidjan. Un manque de liquidité qui décourage les investissements des « zinzins » étrangers. L'un des enjeux de l'Afrique réside donc dans une plus grande intégration de ses marchés de capitaux, une dynamique qui est d'ailleurs déjà à l'œuvre. En témoigne le partenariat signé voici quelques jours par la Bourse de Casablanca et la BRVM, cette dernière étant pour le moment la seule place boursière africaine totalement intégrée, les autres demeurant très locales.

Un incubateur pour les fintech africaines

Dans cette perspective, la fondation AfricaFrance et Paris Europlace, l'association chargée de promouvoir la place financière de Paris, ont donné le 7 juillet le coup d'envoi de la création d'un cluster Finances. Celui-ci, qui regroupe des acteurs financiers publics et privés, africains et français, va notamment travailler sur les moyens de développer l'épargne longue en Afrique et de la mobiliser en faveur du financement des entreprises. « La France, avec le PEA (plan d'épargne en actions) et la réforme de l'assurance-vie, a des expériences intéressantes à nous faire partager », explique Edoh Kossi Amenounve. Et pas seulement dans le domaine de la Bourse : « Les PME africaines manquent de financements et il est illusoire de penser qu'elles les trouveront en Bourse, il faut donc travailler sur des sources de financement alternatives », prévient Saïd Ibrahimi, directeur général de Casablanca Finance City Authority.

Ce dernier juge ainsi « excellent » le projet du cluster Finances AfricaFrance-Paris Europlace de mettre en place un incubateur à destination des fintech [startups spécialisées dans les technologies financières ; Ndlr] africaines. Un projet qui résulte également de la nécessité, pour l'industrie financière en Afrique, « de prendre en compte l'intégration des nouvelles technologies », a ajouté Gérard Mestrallet, président de Paris Europlace. Comme quoi, les impératifs de développement ne sont pas si différents, entre les places financières africaines et la place de Paris...

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Commentaires
a écrit le 10/07/2015 à 9:53 :
Pour pouvoir enfin mettre la main et officiellement sur tout ce qui passait par des pots de vins aux présidents corrompus..

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