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Entreprises & FinanceBanques / Finance

L’Afrique, un marché bancaire aux multiples facettes

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Christine Lejoux

Publié le 22 avril 2015 à 05:17

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La Société générale met en place une démarche d’innovation participative avec ses managers africains, afin de tester de nouveaux produits et services sur des marchés qui ont leurs propres logiques, loin de celle de l’Europe. Parmi les concepts en test : des agents bancaires à... scooter.

La Société générale, comme nombre d'autres banques, veut mettre les bouchées doubles sur le continent africain, en pleine expansion économique. Pour ce faire, la banque française mise beaucoup sur la clientèle des particuliers, relais de croissance d'un marché des services bancaires aux entreprises devenu très concurrentiel. Mais, à la différence de ce dernier, l'offre à destination des particuliers africains - dont 80% n'ont pas accès aux services bancaires, en raison, notamment, du poids de l'économie informelle et de revenus faibles - ne doit pas être calquée sur des standards internationaux.

"Sur le marché des particuliers, l'Afrique est en train de trouver sa propre logique. Reproduire un modèle existant ne suffit donc pas, il faut inventer",

explique Alexandre Maymat, directeur délégué du pôle Banque et services financiers internationaux à la Société générale et responsable de la région Afrique-Asie-Méditerranée et Outremer.

Et ce n'est pas un seul business model qu'il faut inventer pour l'Afrique, mais plusieurs, voire un pour chaque pays du continent, tant les spécificités de la Côte d'Ivoire sont différentes de celles du Sénégal et sans doute plus encore de celles de Madagascar. Dans ce pays de 25 millions d'habitants, où la croissance économique tarde à repartir en raison d'une transition politique difficile et où 90% de la population gagne 1 à 2 dollars par jour seulement, le taux de bancarisation est de 5% seulement.

Mais "le dynamisme de la banque mobile est très fort", observe Mickael Pages, directeur général adjoint de la banque BVF SG, détenue à 70% par la Société générale. Le groupe a donc conclu dès 2010 un partenariat avec l'opérateur de télécommunications malgache Telma, accordant à ce dernier une licence d'intermédiaire en opération de banque (IOB). En quatre ans, Telma est ainsi devenu le numéro un malgache de la banque mobile, avec 800.000 abonnés sur le 1,5 million que compte le pays. Des abonnés qui déposent et retirent leur argent dans les 48 agences que BVF SG compte à Madagascar, ce qui génère des commissions de services pour cette dernière, ou bien dans les 3.500 épiceries, stations-service et autres points de vente partenaires de Telma.

Des agents bancaires à scooter à Dakar

Au Maroc, où 55% de la population est bancarisée, ainsi que dans huit autres pays d'Afrique, la Société générale lancera également une offre de banque mobile d'ici à l'été 2016, offre qui permettra aux clients de consulter leurs comptes, d'effectuer des virements et de payer des factures, grâce à un partenariat avec la startup française Tagattitude. A la différence de l'offre déployée à Madagascar avec Telma, ce service ciblera une clientèle relativement aisée, la clientèle "bonne gamme", à laquelle il s'agit de proposer "une offre bancaire multi-canal, comme en Europe", souligne Alexandre Maymat.

Dans cette perspective, la Société générale a signé le 17 avril un accord avec IBM, dont des équipes dédiées se chargeront de l'intégration de la solution, ce qui permettra à la banque, en s'appuyant sur la capacité d'innovation du groupe d'informatique, de commercialiser plus rapidement cette offre de banque mobile.

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Autre pays, autre innovation : au Sénégal, où 10% seulement de la population est bancarisée, la Société générale teste un concept d'agents bancaires...à scooter. Manko, c'est le nom de ce concept basé à Dakar, est une filiale de la Société générale et bénéficie donc du statut d'IOB.

L'inadaptation des réseaux bancaires à des populations africaines souvent rurales étant l'un des facteurs du faible taux de bancarisation, Manko a imaginé un service d'une vingtaine de commerciaux qui se rendent à scooter chez les clients et prospects, afin de leur permettre d'ouvrir un compte bancaire ou de solliciter un crédit. Le tout de façon digitalisée, les agents bancaires étant munis de tablettes. Ces agents, qui doivent avoir effectué plusieurs années d'études, sont rémunérés de façon fixe et variable et touchent ainsi quelque 450 euros par mois au total, alors que le salaire moyen à Dakar est de l'ordre de 350 euros.

Une démarche d'innovation participative

Manko, qui distribue les produits conçus par la Société générale, dispose également d'un réseau de commerçants partenaires chez qui les clients peuvent venir rembourser leur crédit. Des clients qui sont essentiellement des serveurs, des pompistes et autres salariés payés en cash uniquement, de petits commerçants sans bilan ni compte de résultats formels, et qui, pour 80% d'entre eux, empruntent entre 150 et 30.000 euros.

Si les clients de Manko tardent à honorer leurs échéances, les fameux agents à scooter se rendent à nouveau chez eux afin de procéder au recouvrement. "Les agents font en sorte d'être vus par l'ensemble du village, afin de jouer sur la fierté du débiteur. Et, si cela ne suffit pas, ils vont voir son épouse car ce sont les femmes qui gèrent le foyer. Elles ont donc souvent une vision à plus long terme que leur mari de la gestion du budget du ménage", relate un responsable de la Société générale.

Conséquence, Manko affiche un coût du risque (provisions pour risques d'impayés) "compris entre 2,8% et 3,1%, stable depuis quatre à six mois", indique son directeur général, Gaëtan Debuchy. "Lorsque nous avons bâti le business model de Manko, notre hypothèse de coût du risque était de 5% au maximum. Notre capacité à le maîtriser sera clé dans notre aptitude à développer Manko", complète Alexandre Maymat.

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Si ce concept ne donnait pas satisfaction, la Société générale en imaginerait un autre. Avec l'aide de Bluenove, un cabinet de conseil en open innovation et en intelligence collective, la banque est en effet en train de mettre en place une démarche d'innovation participative avec ses managers africains, les mieux à même de comprendre les spécificités locales. L'objectif : faire émerger de nouvelles idées, en particulier dans les usages liés au mobile, afin de dynamiser le marché bancaire du continent.

Christine Lejoux

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