Incapable de se réinventer, Toys'R'Us fait faillite

Par Anaïs Cherif  |   |  710  mots
Créée en 1948, Toys'R'Us est la première enseigne américaine de jouets malgré une baisse de ses ventes depuis plusieurs années. (Crédits : Reuters/Adam Hunger)
La première enseigne américaine de jouets s'est placée lundi soir en procédure de faillite. En cause : un endettement traîné depuis 2005, qui a freiné son développement numérique. En parallèle, Toys'R'Us a dû affronter la concurrence de nouveaux acteurs, comme Amazon.

Coup dur pour Toys'R'Us. L'entreprise emblématique de jouets s'est placée lundi soir sous la protection de ses créanciers. Elle se dit cependant être en mesure de maintenir ses activités, alors qu'elle s'apprête à lancer les préparatifs de la période cruciale de Noël avec ses 64.000 employés répartis dans 1.600 magasins. Ce placement, réalisé grâce au Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, constitue l'équivalent d'une procédure de sauvegarde. Il est le plus important jamais effectué par un distributeur spécialisé, précise Reuters. Selon Toys'R'Us, sa filiale canadienne va aussi se placer sous la protection de ses créanciers. Les opérations du groupe, hors des Etats-Unis et du Canada, ne seront pas concernées.

Avec des actifs estimés à 6,9 milliards de dollars, la procédure de mise en faillite de Toys 'R' Us est également la deuxième plus importante dans le secteur du commerce de détail aux Etats-Unis après celle en 2002 du distributeur généraliste Kmart, selon la firme de recherche Bankruptcydata.com.

Un virage numérique raté

La première enseigne américaine de jouets, sise dans le New Jersey, précise avoir reçu une ligne de crédit de plus de 3 milliards de dollars (2,5 milliards d'euros) de ses banquiers. Ce prêt, soumis à l'approbation de la justice, doit rassurer ses fournisseurs pour le paiement des livraisons de la période des fêtes, qui commence fin novembre aux Etats-Unis.

"Notre objectif est de travailler avec nos détenteurs d'obligations et autres créanciers pour restructurer notre dette de long terme de cinq milliards de dollars et notre bilan", écrit dans un communiqué le directeur général Dave Brandon"Nous espérons que les contraintes financières qui nous ont freinées seront réglées de manière durable et efficace."

En cause : un endettement traîné comme un boulet depuis 2005 - date à laquelle Toys'R'Us a été racheté par les fonds d'investissement KKR et Bain Capital, en partenariat avec la société immobilière Vornado Realty Trust pour 6,6 milliards de dollars, sortant alors le groupe de la cote.

Créée en 1948 pour répondre au baby-boom de l'après-guerre, l'enseigne américaine a basé sa stratégie sur des grandes superficies de magasins afin de baisser les prix... Sans prendre en compte la transformation numérique, faute de moyens. En 2015, elle a été contrainte d'arrêter les ventes sur son site Internet pendant la période de Noël face à la trop grande affluence de clients - entraînant un retard des livraisons pour les fêtes de fin d'année. L'année suivante, Toys'R'Us n'a pas réussi à mettre en place son nouveau site internet à temps pour Noël, rapporte le Wall Street Journal. Cette période est pourtant déterminante pour le vendeur de jouets : ce dernier a réalisé 40% de son chiffre d'affaires à Noël en 2016.

Toys'R'Us devancé par Amazon

Toys'R'Us doit aussi assumer une baisse de ses ventes. Il est passé de 12,4 milliards de dollars de ventes pour l'année fiscale 2015 à des prévisions de 11,5 milliards de dollars pour 2017. En cause : l'arrivée de nouveaux acteurs discount comme Amazon. Toys 'R' Us serait le deuxième vendeur de jouets aux Etats-Unis après Amazon, selon le consultant Kloster Trading.

Le vendeur de jouets envisagerait un plan de restructuration, avec la fermeture de magasins peu performants, selon le Wall Street Journal. Toys'R'Us pourrait également changer le modèle de ses points de ventes pour se concentrer sur "l'expérience client" en intégrant des zones de jeu, par exemple. "Comme tout commerçant, les décisions concernant les éventuelles fermetures de magasins et ouvertures continueront d'être faites en fonction de ce qui a le sens pour l'entreprise", a déclaré à Bloomberg le porte-parole Michael Freitag. Toys'R'Us a par exemple revu son jugement pour son magasin situé sur Times Square, à New York. Dans l'espoir de capter davantage la clientèle touristique, le vendeur de jouet a rouvert cette année un magasin dans ce quartier, près de deux ans après avoir fermé son navire amiral non loin de là en raison de loyers élevés.

Un graphique de notre partenaire Statista.

(Avec Reuters)