Les stations de ski françaises profitent du « retour des skieurs britanniques », selon Easyjet

Même sans neige, la montagne française a su attirer les touristes, notamment les Britanniques de retour après deux années marquées par les contraintes sanitaires. Les chutes de neige de ces derniers jours pourraient doper encore un peu la fréquentation, pour le plus grand plaisir des transporteurs positionnés sur ce marché. Néanmoins, des risques pèsent encore sur la pérennité de ce marché estimé à 10 milliards d'euros.
Le manque de neige n'aura pas empêché les touristes d'affluer en station.
Le manque de neige n'aura pas empêché les touristes d'affluer en station. (Crédits : Cyrille Quintard)

Le manque de neige connu jusqu'ici pouvait présager d'une mauvaise saison pour les stations de ski françaises. Pourtant la période de Noël marque une progression par rapport à l'an dernier où l'hiver avait pourtant déjà été très bon. L'effet de la réouverture des frontières britanniques se fait sentir et l'arrivée de la neige pourrait encore dynamiser le marché alors que la haute saison démarre. De quoi faire oublier, un temps du moins, la pression qui pèse sur la rentabilité des stations avec l'explosion des coûts de l'énergie.

A l'occasion d'une conférence de presse organisée avec la compagnie Easyjet, Joël Retailleau, directeur général de l'Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), s'est ainsi félicité d'une progression de 5 % de la fréquentation dans les stations lors de la période de Noël par rapport à l'hiver dernier. Et ce en dépit du manque d'enneigement, qui lui a provoqué une baisse d'activité de 8 % pour les remontées mécaniques. Cela vient valider, pour Joël Retailleau, la stratégie de multi-activités mise en place par les stations afin de sécuriser un marché estimé à 10 millions de touristes et 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuels.

Le directeur général de l'ANMSM se dit également « plutôt confiant » pour le reste de la saison et janvier s'avère déjà plutôt positif. Si une partie des réservations se fait longtemps à l'avance, notamment sur les périodes de vacances scolaires, les voyages programmés avec un préavis court constituent une part non négligeable de l'activité, en particulier pour des séjours de quelques jours. L'arrivée de la neige ces derniers jours pourrait donc constituer un accélérateur pour les prochaines semaines. Bertrand Godinot, directeur général d'Easyjet en France, pense que cela se traduira très rapidement par une montée des réservations, notamment sur les week-ends.

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Les Britanniques prompts à revenir

Cette progression est en partie due au retour des Britanniques, empêchés de passer les frontières avec l'Europe l'an dernier à cause des mesures sanitaires. Ils sont la première nationalité parmi les deux millions de visiteurs étrangers annuels dans les stations françaises.

« C'est vraiment le retour des skieurs britanniques », s'est d'ailleurs félicité Bertrand Godinot. Easyjet se fait fort d'être le premier transport aérien sur ce marché du ski, avec 2 millions de sièges cet hiver en Europe dont 1,4 million pour la saison haute (janvier-mars). C'est 30 % de plus qu'en 2022.

Sur la France, les chiffres sont plus modestes avec 200.000 sièges sur la saison, tous massifs compris, contre 900.000 pour la Suisse. Face à ce déséquilibre, le patron d'Easyjet en France explique que la majorité des voyageurs arrivant dans des aéroports helvètes tels que Genève rejoignent ensuite le domaine skiable français, soit 500.000 personnes. Bertrand Godinot revendique ainsi 700.000 voyageurs transportés vers les stations françaises. Et il assure que l'offre vers les aéroports français est en progression par rapport aux chiffres d'avant crise. Il indique que la capacité déployée vers Lyon représente 113 % du niveau de 2019, tandis que Grenoble, dont l'aéroport est uniquement saisonnier, est à 98 %.

Le moyen d'accès aux stations reste néanmoins très largement la voiture individuelle, à hauteur de 70 % de la fréquentation environ, explique Joël Retailleau, même s'il concède ne pas disposer de chiffre précis. Vient ensuite le train, pour environ 20%, et l'avion.

Les stations veulent renégocier leurs contrats d'électricité

La saison de ski a bien commencé, mais cela n'empêche pas Joël Retailleau d'exprimer certaines craintes au vu de la crise énergétique actuelle. Le directeur général de l'Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM) assure que pour l'instant la hausse des tarifs en station a été relativement contenue, « dans la fourchette de l'inflation » nationale. Le prix moyen des forfaits a ainsi augmenté entre 3 % et 5 % selon les domaines.

Il prévient néanmoins qu'un risque pèse sur les stations, très grosses consommatrices d'électricité en particulier avec les remontées mécaniques : « Si le coût du mégawattheure se maintient au niveau actuel en 2023, cela peut poser un certain nombre de problèmes pour certaines stations ». Il dénonce ainsi les contrats signés « un peu sous la contrainte » fin 2022 pour 30 % à 40 % des stations, avec des tarifs multipliés « fois 5, fois 10 » par les fournisseurs d'énergie. Ce qui pèse sur le budget des communes et des exploitants et pourrait nuire selon lui aux investissements. Face à cette situation, il indique travailler avec le gouvernement pour voir les possibilités de renégocier ces accords en ce début d'année.

Joël Retailleau s'inquiète également d'un autre sujet, à savoir la réflexion gouvernementale d'élargir l'interdiction de louer des logements avec une forte consommation d'énergie, les fameuses « passoires thermiques », aux locations touristiques. Au vu des constructions réalisées massivement dans les années 1960-1970 pour la construction des stations, cela pourrait retirer 40 % à 60 % de l'offre locative en montagne selon lui. Il demande donc un moratoire le temps d'adapter cette mesure à cette spécificité - qui peut se retrouver aussi sur le littoral - et permettre la rénovation des bâtiments.

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Commentaires 2
à écrit le 19/01/2023 à 17:07
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Ben ils ne sont pas en train de couler à cause du brexit ? Un peu de logique tout de même allons, comment pourraient ils se payer des vacances à la montagne !

le 20/01/2023 à 3:40
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Même dans un pays en crise ou dans un pays pauvre il a des riches. Ne vous en déplaise au RU il y a autant de gens aisés pouvant s'offrir une semaine de ski qu'en France. Tout comme il y a des retraités qui peuvent voyager à leur gré pour s'échappe...

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