Trocotel, l'idée de deux réceptionnistes qui défie l'industrie hôtelière

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Trocotel mécontente l'industrie hôtelière qui voit d'un mauvais oeil la possibilité pour les particuliers de revendre des nuitées non-remboursables.
Trocotel mécontente l'industrie hôtelière qui voit d'un mauvais oeil la possibilité pour les particuliers de revendre des nuitées non-remboursables. (Crédits : Pierre Louis)
C'est en travaillant en tant que réceptionnistes dans un hôtel parisien que deux jeunes ont mis au point leur site qui permet aux particuliers de revendre leurs nuits d'hôtel non remboursables à d'autres particuliers. Une idée peu appréciée des grandes chaînes hôtelières, mais qui rencontre un succès grandissant...

Tout commença dans le hall d'un hôtel parisien trois étoiles comme Paris en compte des centaines. Deux réceptionnistes qui ne se connaissaient guère, se découvrent une complicité, et le même projet de devenir un jour leur propre patron. Étienne et Jérôme n'ont pas mis longtemps à comprendre que la solution est en fait sous leurs yeux. Leur employeur néglige, ou entretient, un motif de très fort mécontentement des clients : les conditions d'annulation d'une réservation d'hôtel.

"On était en première ligne pour gérer les appels de clients furieux de découvrir que leurs réservations n'étaient pas remboursables", se souvient Jérome Rouveron. "Peu importe la raison ou l'explication, il n'y avait rien pour aider... Les clients étaient très en colère", ajoute Étienne Merlo.

Seul site en France

C'est ainsi que les deux compères ont échafaudé leur idée : monter un site qui propose aux particuliers de revendre leur réservation qu'ils ne peuvent plus annuler. Après quelques mois de rodage d'une version bêta, Trocotel est lancé en avril 2015. À peine âgés de 23 et de 24, les deux jeunes hommes foncent. Lancement à grand renfort de communiqués de presse, un hôtel est même réservé pour présenter le concept à la presse... Déjà, Jérôme et Étienne ont le sens de la provoc en dégainant l'arme du crime dans les terres mêmes de celui qu'ils veulent justement taillader.

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L'industrie hôtelière n'apprécie que très modérément, pour ne pas dire pas du tout, l'initiative des deux audacieux. Le groupe Accor les traînera d'ailleurs devant les tribunaux, espérant étouffer la jeune pousse dans les affres des procédures judiciaires. C'était mal connaître les deux audacieux qui finiront par gagner le procès.

Car Étienne et Jérôme se comportent comme s'ils n'avaient rien à perdre et tout à gagner. Alors une procédure contre le sixième groupe hôtelier du monde... Les deux ex-réceptionnistes n'ont pas seulement quelques choses à prouver, ils sont persuadés de la pertinence de leur concept.

Une procédure encore complexe

Trocotel fait penser aux sites d'échanges de billets de train, ceux-là même que la SNCF ou Eurostar avaient également tenté d'éteindre, sans succès. Mais ici, l'opération est plus complexe qu'une vente de billet de train. Trocotel n'est pas en mesure de modifier la réservation d'hôtel qui reste nominative. Il se contente, pour l'heure, de mettre en relation un vendeur et un acheteur, à charge pour ces derniers d'engager la modification auprès des sites de réservations avec un coup de fil. Trocotel tente néanmoins d'accompagner les utilisateurs à travers un mémo de procédures. La difficulté c'est que les hôtels ont souvent tendance à obstruer les conditions de modifications. "On peut sans difficulté modifier les noms et prénoms des réservations effectuées, notamment sur le principal vendeur de nuitées en France qu'est booking.com", souligne Étienne Merlo. Compte tenu de la taille de ce célèbre site de réservation, il y a du grain à moudre.

Etienne Merlo explique que le marché est même en train de s'élargir. "Notamment avec l'arrivée d'Airbnb et le passage de la crise, les hôtels ont baissé leurs prix, mais ont également durci leurs conditions de réservations...", explique-t-il.

"En 2010, 25% des réservations d'hôtel étaient non-remboursables, cette proportion est passée à plus de 40% aujourd'hui. Près de 1,6 million de réservations d'hôtel sont perdues chaque année en France", observe le co-fondateur de Trocotel.

Pic de fréquentation après l'attentat de Nice

Les turpitudes du secteur du tourisme profitent à Trocotel, y compris dans les situations les plus dramatiques. En juillet 2016, l'attentat terroriste de Nice en juillet dernier qui a causé la mort de 86 personnes, a été une véritable catastrophe pour l'industrie touristique de la région niçoise. Les touristes ont tenté d'annuler en masse leurs réservations d'hôtel. En quelques heures, Trocotel a rencontré un pic de fréquentation. "Ce n'est pas un succès qu'on revendique dans ce cas précis, mais cela prouve qu'une demande existe bel et bien", reconnait pudiquement Jérôme Rouveron.

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Aujourd'hui, Étienne Merlo et Jérôme Rouveron sont parvenus à sécuriser leurs frais courants de fonctionnement, mais rêvent d'aller plus loin : nouveaux développements du site, traduction en plusieurs langues, installation dans d'autres pays européens... Mais, les deux compères font face un plafond de verre financier. Et difficile de trouver des investisseurs... Trop jeunes ? Pas assez diplômés ? Trop risqués ? Trocotel est pourtant entré dans une croissance soutenue de son activité qui devrait, espèrent les deux ex-réceptionnistes, se poursuivre en 2017. "

"Nous avons déjà effectué de nombreuses évolutions techniques pour améliorer l'expérience utilisateur, et nous ne comptons pas nous arrêter là ... Il s'agit d'un investissement permanent, qui nécessite de s'y préparer en amont avec des professionnels de qualités", ambitionnent les deux entrepreneurs. Ces derniers restent néanmoins optimistes face aux difficultés de trouver des fonds, jamais à court d'un défi...

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a écrit le 03/01/2017 à 8:55 :
Bouh... qu'il est vilain de mentir en disant qu'il n'existe pas d'autre site faisant la même chose. Que dire du site RoomRoom édité par la société Autrement SAS à Marseille. Voici pourtant le communiqué de presse qu'envoyait Trocotel le 30 avril 2015 :

Trocotel ne veut plus être comparé à RoomRoom
Quand Roomroom s'improvise dans la revente de nuits d'hôtels, Trocotel s'y impose.
Etienne Merlo prend la parole:
"Assister nos utilisateurs, solutionner les difficultés, développer un réel esprit communautaire de service, voilà l'ambition de Trocotel.
Pour cela, le besoin du consommateur se doit d'être étudié avec rigueur.
Aujourd'hui, grâce à nos applications fournies par Google et TripAdvisor, notre base de données représente 85% des hôtels du monde. Cette dernière constitue le coeur de fonctionnement de notre plateforme.
Là où Roomroom ne dispose que d'une quarantaine de villes, et d'aucune application probante, Trocotel reconnait et complète automatiquement et instantanément les détails (équipements, photos, adresses, commentaires) de chaque hôtel saisi.
Cela est nécessaire afin d'éviter les risques de blanchiment d'argent ou d'escroqueries, qui reposeraient sur de faux hôtels ou de fausses annonces.
Contrairement à ce qui a été relayé, Trocotel ne demande pas à ses utilisateurs de transférer préalablement un mail contenant les détails d'une réservation. Cela s'apparente à de l'ingérence.
Seul le numéro de cette dernière suffit, notre équipe prenant le relai directement à la suite d'un dépôt, grâce à nos contacts directs au sein des hôtels et des tours opérateurs.
Selon Roomroom, maximiser les chances de reventes passe par un discount allant jusqu'à 80% du montant acheté.
Quel intérêt alors pour le vendeur de ne récupérer que 20% de son investissement, sans compter les 10% en sus de commission ?
Nous y voyons ici un intérêt mercantile.
Nous rappelons enfin que nos différentes études chiffrées ont été commandées par Trocotel il y a près d'un an. Il semble que ces chiffres commencent à s'échapper au profit d'autres entités.
Par conséquent, nous ne pouvons accepter d'être désormais systématiquement comparé à Roomroom, venu se positionner en challenger approximatif de Trocotel."
Etienne Merlo
a écrit le 28/12/2016 à 11:50 :
Les hôteliers qui par le refus de rembourser les chambres annulées ne se privent pas de les relouer, n'est ce pas une sorte d'arnaque. Au lieu de s'attaquer à cette entreprise ils feraient mieux eux de proposer la solution à leurs clients. En fait les hôteliers sont en général contre toutes modifications de leur ronron ils perdront tous les combats par cette attitude du moi je crée ma propre "loi" . Nous allons vers la fin des syndicats professionnels trop dans le giron des politiques trop lobbyistes et pas assez à l'écoute du monde qui bougent.
a écrit le 28/12/2016 à 11:26 :
On comprend que les hôtels fassent la gueule et rien que cela démontre l'intérêt du concept.

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