« Il devient très compliqué de parquer les camions ». Philippe Deiss, directeur du syndicat mixte Ports de Normandie qui gère le port de Cherbourg, peut se louer d'avoir effectué de fréquents voyages en Irlande ces derniers mois pour rassurer les transporteurs et les autorités locales sur la robustesse de son offre. Bien lui en a pris. Depuis le début du mois de janvier, plus de dix mille poids-lourds en provenance ou à destination de l'Irlande ont emprunté l'une des trois passerelles ferries qu'abrite le port du Cotentin. Un record.
Explication. Depuis que les britanniques ont largué les amarres, nombre de transporteurs européens choisissent, en effet, de rallier les vertes collines de l'île sans passer par le Royaume-Uni de même que leurs homologues irlandais dans l'autre sens. Trop de frais, trop de contrôles, trop de retards... Les entreprises insulaires, et en particulier celles qui transportent des produits frais et du bétail (grande spécialité de l'Eire), se déroutent pour éviter de se trouver bloquées dans des ports britanniques saturés ... et dont le plan de gestion du trafic laisse à désirer de l'avis de tous les observateurs. « Je vois débarquer beaucoup de bovins et d'ovins » confirme Philippe Deiss.
Une aubaine pour le port normand devenu, grâce au Brexit, le port de commerce du vieux continent le moins éloigné des cotes irlandaises, juste derrière celui breton de Roscoff traditionnellement plus tourné vers le tourisme.