La croissance du transport aérien en question
Patrick Cappelli
Patrick Cappelli
Alexandre de Juniac, PDG de l'IATA, l'association du transport aérien international et ancien PDG d'Air France-KLM, n'est pas franchement optimiste sur l'avenir du trafic aérien :
Partout, la construction d'aéroports pose des difficultés principalement à cause des nuisances sonores. La question du contrôle aérien se pose aussi en Europe. « L'absence de pouvoir unique de décision va s'aggraver avec le doublement prochain des mouvements d'avions. Il faut prendre maintenant les décisions de modernisation et de coordination européenne » estime le PDG de l'IATA, inquiet devant les mesures protectionnistes que pourraient engendrer le Brexit et la nouvelle administration américaine.
La question de la consolidation du marché se pose aussi : y aura-t-il de la place en Europe pour toutes les compagnies nationales et plusieurs low cost ? « Ce n'est pas sûr » pense l'ex-PDG d'Air France KLM. En Asie, le marché croît tellement rapidement que ce problème ne se pose pas et en Amérique du Nord, cette consolidation a déjà eu lieu.
La révolution numérique n'épargne pas l'aérien. Google peut-il demain concurrencer les compagnies comme Booking l'a fait avec les chaînes hôtelières ? « Il y a dix ans, les gens achetaient leur billet via des agences de voyages et la compagnie ne connaissait son client que quand il arrivait au comptoir. Maintenant, la manière dont elle vous connaît n'a plus rien à voir puisque le passager achète directement sur Internet et a donc déjà donné nombre d'informations » analyse Alexandre de Juniac.
La menace terroriste a conduit récemment le gouvernement américain à étudier l'éventualité d'une interdiction des ordinateurs portables dans les cabines pour les vols en provenance du Moyen-Orient et de certains pays africains. Pour l'IATA, « cette mesure n'est pas appropriée, d'autant que le Royaume-Uni a donné une liste de pays différente. Par ailleurs, empiler les ordinateurs équipés de batteries lithium-ion dans les soutes pose un sérieux problème de sécurité. Ces batteries sont déjà interdites dans les avions-cargo, car elles sont susceptibles de prendre feu. Il faut former les opérateurs et utiliser les chiens pour détecter d'éventuels explosifs dans les laptops » estime le PDG de l'association, pour qui cette mesure pourrait coûter un milliard d'euros en raison de la perte de productivité des voyageurs durant les vols. Enfin, le retrait des États-Unis de l'accord de Paris issu de la COP21 ne devrait rien changer pour une industrie aéronautique qui a signé l'accord CORSIA de compensation et de réduction de carbone pour l'aviation internationale avec 65 pays représentant plus de 83% du trafic aérien international, dont la France, la Chine et les États-Unis. « Nous sommes la seule industrie à être allée volontairement dialoguer avec les gouvernements pour aboutir à un accord » rappelle Alexandre de Juniac
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Patrick Cappelli
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