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La SNCF entre dans le dur : les syndicats appellent à une grève longue jusqu'à fin juin

Photo de Fabrice Gliszczynski

F.G.

Publié le 15 mars 2018 à 21:22 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:12

Menace de greve a la sncf, le gouvernement appelle au dialogue

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Stephane Mahe

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Les syndicats de la SNCF, décidés à faire reculer l'exécutif sur la réforme du système ferroviaire, ont appelé jeudi les cheminots à entamer à partir des 3 et 4 avril une grève perlée qui pourrait s'étaler jusqu'au 28 juin.

Perte du statut (pour les nouveaux personnels), ouverture à la concurrence, baisse des coûts, perspective d'un changement de régime de retraite, c'est sans surprise que l'intersyndicale des cheminots a opté jeudi soir pour un mouvement à la fois dur et long, puisqu'il s'agit d'une grève perlée au rythme de "deux jours sur cinq" d'avril à juin, contre la réforme de la SNCF que l'exécutif entend mener tambour battant par ordonnances.

« L'intersyndicale constate que le gouvernement n'a aucune volonté réelle de négocier" et "porte la responsabilité (d'un) conflit intensif sur une très longue durée. Face à un gouvernement autoritaire, il sera nécessaire d'être en capacité de tenir un conflit intensif sur une très longue durée", a déclaré à la presse Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT-Cheminots, principal syndicat de la SNCF, lors d'une pause au milieu des discussions entre fédérations.

"Mobilisation innovante"

" C'est "une mobilisation innovante", a quant à lui souligné Didier Aubert (CFDT Cheminots, 4ème syndicat).

La grève doit courir du 3 avril au 28 juin, c'est-à-dire comprendre les vacances de printemps et les différents ponts du mois de mai. En tout, la grève s'étalera sur 36 jours. Le calendrier retenu fait alterner deux jours de grève avec trois jours d'activité normale, une formule qui permet de ne pas empiéter sur certains week-ends.

"L'avenir du ferroviaire ne se jouera pas qu'avec la mobilisation des cheminots, il se jouera aussi avec l'opinion publique, nos usagers, nos clients", a-t-il ajouté.

"Clairement, on attend une ouverture de la part du gouvernement (...) S'il veut éviter ça, c'est au gouvernement d'ouvrir des négociations", a insisté Didier Aubert.

De son côté, SUD Rail (3e force syndicale à la SNCF) a précisé qu'il souhaitait que les salariés grévistes décident eux-mêmes en assemblée générale le 4 avril s'ils veulent une grève reconductible tous les jours ou "s'ils s'inscrivent dans ce calendrier". Le syndicat "posera un préavis de grève reconductible pour permettre aux salariés de décider", a indiqué à l'AFP son porte-parole Erik Meyer.

Grève "incompréhensible" dit Borne

Estimant la grève "un peu décalée par rapport à la concertation qui est engagée" avec le gouvernement, le patron de la SNCF Guillaume Pepy a assuré au journal télévisé du soir de TF1 que c'était "une mauvaise nouvelle, une mauvaise chose pour les 4,5 millions de Français qui prennent le train tous les jours".

La ministre des Transports Elisabeth Borne a déploré sur BFMTV une "décision qui manifestement vise à pénaliser les usagers", la jugeant "incompréhensible".

Dans la matinée, les dirigeants de la SNCF lui avaient remis un "programme de travail" contenant sept piliers, bases du "projet stratégique" qu'ils doivent présenter en juillet. Le Premier ministre Edouard Philippe a demandé à la SNCF d'"aligner ses coûts sur les standards européens", quand "faire rouler un train en France coûte 30% plus cher qu'ailleurs".

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Guillaume Pepy avait expliqué qu'il comptait négocier avec ses troupes un "pacte d'entreprise", comme La Poste l'a fait en 2015. Il avait cité les grands sujets qu'il comptait aborder d'ici l'été: encourager la polyvalence des métiers et "bâtir les métiers de demain", rendre l'organisation du travail plus souple notamment au plan local, renforcer la productivité industrielle, décentraliser le dialogue social et réduire les coûts.

Autant de sujets de friction avec des organisations syndicales, déjà échaudées par la présentation mercredi en conseil des ministres du projet de loi permettant le recours à des ordonnances pour accélérer la réforme du secteur ferroviaire.

Le texte prévoit notamment "l'arrêt des recrutements au statut (de cheminot) des nouveaux agents", un casus belli pour les syndicats.

Pour le ministre des Relations avec le Parlement, Christophe Castaner, le risque de grève à la SNCF ne doit pas empêcher de réformer l'entreprise publique. Il a regretté que les gouvernements précédents aient reculé "par peur des manifestations".

Dénonçant un "plan de destruction que veut imposer le gouvernement", les députés de La France insoumise ont affirmé être disponibles "à toutes les initiatives d'union pour fortifier la lutte qui s'engage".

L'intersyndicale se reverra mercredi pour "établir plus précisément l'appel" à la grève. Le lendemain aura lieu à Paris  une manifestation nationale des cheminots, le même jour que les fonctionnaires. Selon M. Brun, "plus de 25.000" cheminots sont attendus à cette manifestation.

SUD Rail a déjà déposé seul un préavis de grève (du 21 mars à 20H00 au 23 mars à 08H00) pour "permettre aux cheminots de participer" à cette manifestation. La CGT prévoit aussi des préavis de grève locaux. Et en Ile-de-France, trois des quatre syndicats représentatifs à la RATP appellent à la grève le 22 mars pour soutenir les cheminots.

F.G.

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