Quel avenir pour l’aéroport de Dinard-Pleurtuit sans Ryanair ?

Quel sera l’avenir de l’aéroport de Dinard-Pleurtuit, plombé par l’arrêt des vols commerciaux de Ryanair vers Stansted ? La fermeture de la ligne entraîne le licenciement des 18 salariés de la plateforme, dont les pistes sont aussi utilisées par l’aviation d’affaire et les essais de Sabena Technics. En Bretagne, où le secteur de l’aérien connaît de fortes turbulences, la situation interpelle les candidats aux Régionales et aux Départementales.

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(Crédits : Christian Hartmann)

Depuis plusieurs semaines, la situation de l'aéroport de Dinard-Pleurtuit fait réagir presque tous les candidats aux Régionales et aux Départementales. Dans un contexte de déficit annuel de l'ordre de 800 000 euros, la décision de la compagnie irlandaise low-cost Ryanair de suspendre définitivement la ligne commerciale Dinard-Stansted au Royaume-Uni a scellé en avril le sort des 18 salariés de l'aéroport. Employés au service escale et sûreté, ils voient leur emploi supprimé à compter de juillet. Ils viennent d'apprendre la validation du plan de licenciement et attendent leur lettre recommandée et les propositions de reconversion possible.

L'ensemble du site en péril ?

 Ryanair opérait des vols commerciaux à Dinard-Pleurtuit depuis 1999 et était la seule compagnie présente. Seuls les vols industriels de Sabena Technics (maintenance et négoce de pièces) et les vols privés d'affaire sont maintenus, ainsi que l'emploi des neufs pompiers, actuellement formés aux tâches des salariés licenciés.

Alors que les représentants du personnel de Sabena Technics, également installée sur la zone aéroportuaire de Dinard, expriment eux aussi des craintes sur la pérennité de leur entreprise, c'est l'avenir de l'ensemble du site et des pistes de l'aéroport qui se trouve en péril.

« La crise sanitaire a sans doute enfoncé le clou et a eu raison du statut de mono-compagnie de l'aéroport. Mais il y a eu aussi un manque patent de développement et d'ambition pour cet aéroport » peste un salarié. « Il faudrait en revanche éviter que cette plateforme aéroportuaire ferme, sinon elle ne rouvrira jamais. C'est quand même une bonne porte d'entrée pour le tourisme et l'attractivité. »

En mai dernier, Gilles Lurton, le maire de Saint-Malo avait aussi considéré que « tout n'avait pas été mis en œuvre pour rechercher ou retenir de potentielles liaisons susceptibles d'assurer le maintien de l'aéroport de Dinard-Pleurtuit ».

Le contrat de délégation de service public en question

Le site de Dinard est exploité par la Société d'exploitation des aéroports Rennes-Dinard, la SEARD, dont les actionnaires sont la CCI Ille-et-Vilaine (51%) et Vinci Airports (49%), dans le cadre d'une (très rentable) délégation de service public signée avec la Région Bretagne jusqu'en 2024.

En 2020, la cour des comptes avait en effet pointé qu'entre 2011 et 2016, les deux actionnaires avaient engrangé 801 000 euros de dividendes, pour seulement 15 000 euros investis par an depuis 2010.

La directrice de la SEARD, Nathalie Ricard a plusieurs fois répété dans la presse régionale qu'il « n'était pas question d'abandonner le site de Dinard ».

Profitant de la période électorale, elle ne souhaite pas donner suite à notre demande d'informations. Elle confirme juste que « l'absence de vols commerciaux à l'aéroport de Dinard ne signifie pas que la plateforme est fermée. Celle-ci continue d'accueillir tous types de vols d'aviation d'affaires ainsi que des vols sanitaires, et le service des douanes continue de traiter les vols internationaux. La plateforme conserve sa vocation industrielle et restera donc disponible pour les activités de maintenance aéronautique. »

L'avenir du site n'est pour autant pas gravé dans le marbre, quand on sait que la situation n'est pas tellement meilleure du côté de l'aéroport de Rennes. Celui-ci a longtemps pu financer les pertes de Dinard, mais la crise sanitaire a entraîné une chute de 70% du trafic passager en 2020 (257.000 passagers), aggravé par l'arrêt de certains vols réguliers opérés par Hop.

L'aéroport, qui vient d'inaugurer une ligne Transavia vers Montpellier, ne pourra se permettre d'attendre une reprise normale des vols internationaux en 2023. Le site espère connaître un rebond cet été avec les liaisons estivales d'Air France, mais aussi d'Easyjet et de Volotea.

Piste industrielle pour certains aéroports de proximité ?

Interpellés sur le dossier, les élus locaux, tout comme pour les candidats en lice pour les Départementales et Régionales, cherchent eux aussi des pistes d'avenir.

Pour eux, la pérennité d'un aéroport de proximité comme celui de Dinard passe par la voie industrielle et par le rôle qu'il pourrait jouer dans les transitions écologiques, économiques, sociales et environnementales d'après crise.

« La situation de l'aéroport de Dinard, c'est-à-dire la perte des liaisons aériennes avec le Royaume-Uni, est le fruit de l'absence d'anticipation des conséquences du Brexit et des effets de la crise sanitaire » pointe Isabelle Le Callenec, la candidate LR aux élections régionales qui souhaite un plan d'urgence.

Son concurrent, et actuel président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, candidat à sa réélection, estime pour sa part, que la vocation à long terme de l'aéroport de Dinard « n'est vraisemblablement pas de devenir un hub, une plateforme internationale, pour touristes. C'est une orientation industrielle avec des hangars industriels qui doivent maintenir de l'activité économique d'entretien et de réparation d'aéronefs. Comme pour l'aéroport de Morlaix. »

Le dossier global de l'aérien breton est en effet devenu un vrai sujet de sortie de crise : à Morlaix, Air France, qui emploie 276 salariés, entend fermer définitivement son site de maintenance et de formation. À Lorient comme à Quimper, des lignes régulières, y compris des vols commerciaux opérés par la compagnie française, ont été supprimées.

Décollage de l'avion électrique

« Il faut une vraie sécurisation des parcours professionnels des salariés de ces aéroports » défend Isabelle Le Callenec. « La loi Pompili voulue par le gouvernement, risque d'avoir un nouvel impact négatif sur l'activité de certains aéroports bretons. La Région va devoir prendre le sujet à bras-le-corps pour maintenir une offre aérienne pertinente et efficace en Bretagne. Cette nouvelle politique devra conforter les lignes existantes, développer l'innovation technologique notamment autour de l'avion électrique, renforcer le pôle maintenance. »

Pour beaucoup d'observateurs, l'accessibilité de la région passera, demain, par le maintien d'aéroports en Bretagne, avec Rennes et Brest comme équipements structurants.

« Les aéroports, dits de proximité, n'ont pas de modèle économique aujourd'hui mais pourraient vivre un nouvel essor demain avec, peut-être, des avions électriques » imagine ainsi Loïg Chesnais-Girard. « La décarbonation est en cours dans l'aéronautique. Je souhaite que les compétences existent en Bretagne, que ce soit pour l'avion à hydrogène ou électrique. »

D'ici-là, se trouve un entre-deux difficilement audible pour les salariés licenciés.

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Commentaires 7
à écrit le 19/06/2021 à 21:23
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Je suis d'accord avec @lyonnais ,on ne comprend pas bien le modèle économique mais c'est sûr qu'il y a un problème ,autant d'années à ne pas être rentable ,alors que le transport de proximité aérien a de l'avenir pour les gens en Province ou pour ama...

le 20/06/2021 à 10:20
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Le transport aérien n'a pas d'avenir pour le citoyen lambda car il n'a pas de raison d'utiliser l'avion. Les subventions servent les intérêts d'élus locaux ou de personnes qui ont les moyens de payer plus cher leurs billets comme l'aviation "d'affair...

à écrit le 19/06/2021 à 20:10
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Quel avenir ? écrivez vous . AUCUN .

à écrit le 19/06/2021 à 13:44
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Trop de petit aéroports, sont ouverts par clientélisme politique. Mais au fait qui c'est qui paye ? bah c'est nous.

le 19/06/2021 à 15:02
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Si seulement les bonnets rouges bretons finançaient leurs propres infrastructures plutôt que brûler des péages puis quémander des subventions de l'état dont les bretons ne sont pas contributeurs...

à écrit le 19/06/2021 à 13:06
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Toute la question est : Cet aéroport (et tant d'autres) peut-il être rentable,ou est-il déficitaire de toutes façons ? Si, sans même parler d'amortissement des investissements, les collectivités locales doivent subventionner l'exploitation,alors la ...

à écrit le 19/06/2021 à 12:57
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Trop de petits aeroports. L'epoque est a l'economie. Les futurs chomeurs auront du mal a retrouver un poste. Dommage.

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