Papeterie : une coalition d’élus vole au secours de la Chapelle Darblay

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Faute de trouver preneur sur un marché européen excédentaire de huit millions de tonnes , les centres de collecte croulent sous des tonnes de papier depuis que la Chapelle Darblay a stoppé ses machines l'été dernier.
Faute de trouver preneur sur un marché européen excédentaire de huit millions de tonnes , les centres de collecte croulent sous des tonnes de papier depuis que la Chapelle Darblay a stoppé ses machines l'été dernier. (Crédits : DR)
Soixante-dix maires et parlementaires de tous horizons politiques et géographiques enjoignent le président de la république d’intervenir en personne pour sauver la papeterie rouennaise menacée de démantèlement.

La mobilisation intervient tardivement, diront les mauvaises langues, mais elle est inhabituelle par son ampleur. Un an et demi après la mise en vente par le finlandais UPM de la dernière usine de fabrication de papier journal recyclé, 70 parlementaires et maires, pour la plupart à la tête de grandes villes, écrivent à Emmanuel Macron dans l'espoir d'éviter la fermeture définitive de cet outil industriel capable de valoriser les papiers triés par 24 millions de Français. Le tiers de la population de l'Hexagone ! Le courrier est signé des maires de Paris, Nantes, Rennes, Villeurbanne, Clermont-Ferrand, Le Havre....

Les élus ont de quoi être inquiets. Faute de trouver preneur sur un marché européen excédentaire de huit millions de tonnes , leurs centres de collecte croulent sous des tonnes de papier depuis que la Chapelle Darblay a stoppé ses machines l'été dernier. Aussi, redoutent-ils le démantèlement de ce site qui coche pourtant toutes les cases de l'économie circulaire. « Ce serait une absurdité absolue. Quel sens cela aurait-il au 21e siècle d'enfouir ou d'incinérer du papier ? », tance Nicolas Mayer Rossignol, maire de Rouen à l'origine de cette coalition.

Un impact sonnant et trébuchant pour les collectivités

L'enjeu n'est pas qu'environnemental, il est aussi d'ordre fiscal, souligne pour sa part Olivier Paz, président de la communauté de communes de Cabourg et président du Syvedac (Syndicat pour la valorisation et l'élimination des déchets de l'agglomération caennaise). L'intéressé a fait ses comptes. « Ce second choc, qui vient après celui de la fermeture des marchés asiatiques, coûtera 600.000 euros aux seuls administrés de l'ex-Basse Normandie qui devront en bout de chaine assumer le surcoût du recyclage voire de l'incinération », calcule t-il.

Pour pallier cette éventualité, les signataires de la lettre au président de la république se disent prêts à « prendre toute leur part pour faciliter et sécuriser la reprise du site ». Certains vont même jusqu'à envisager la création d'une SEM. Pour autant, l'affaire est loin d'être gagnée. UPM est bien entré en négociation avec le cartonnier belge VPK, à qui il avait déjà vendu son usine strasbourgeoise en 2013, mais aucun accord ferme n'a été conclu à ce stade alors que l'échéance se rapproche dangereusement.

"Le dossier doit se régler au plus haut niveau"

« VPK voudrait acquérir le site pour une somme dérisoire et demande des garanties sur un très fort niveau de subventions », affirme un proche du dossier. De leur côté, les syndicats, et avec eux bon nombre d'élus, suspectent les dirigeants d'UPM de trainer les pieds pour ne pas laisser le champ libre à un concurrent. « Ils bloquent la transmission pour de mauvaises raisons. La seule solution est d'engager un rapport de force, y compris diplomatique », soutient le député européen écologiste David Cormand. Nicolas Mayer Rossignol est d'accord : « La Finlande a des intérêts en France. Ce dossier doit donc se régler au plus haut niveau », ajoute t-il en écho. Avec ses collègues maires, il presse l'État de « rehausser massivement ses engagements en faveur de l'usine ».

En réponse, le gouvernement se dit prêt « à donner toutes ses chances à l'offre de VPK » par la voix du conseiller industrie de la ministre Agnès Pannier Runacher. Devant les élus et les socio-professionnels rassemblés à l'initiative du Ceser de Normandie, Pierre Jeremie a notamment évoqué les appels d'offres du plan de relance en faveur de la décarbonation de l'industrie et la possibilité de prolonger « de vingt ans à titre dérogatoire » le contrat dont bénéficie la centrale biomasse de la Chapelle Darblay.
Cela suffira t-il à emporter une décision favorable des deux parties ? Bien malin qui pourrait en jurer. A défaut, l'envoyé de Bercy promet que son ministère accompagnera les collectivités si elles choisissent de recourir à leur droit de préemption. « Nous soutiendrons toutes les options sans à priori », assure t-il.

Une chose est sûre. Quelle que soit la solution, les jours sont comptés. Si aucune offre n'est déposée d'ici au 30 juin, l'usine qui a inventé la technologie de recyclage du papier dans les années 1980, dix ans avant la création des premiers éco-organismes, passera de vie à trépas.

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Commentaires
a écrit le 12/03/2021 à 10:16 :
Pourquoi se remue t-on toujours au dernier moment en France ? C'est trop tard.
a écrit le 12/03/2021 à 8:06 :
Avec le principe pollueur payeur ce genre d'incident largement prévisible ne se produirait pas, mais bon encore faudrait il être en démocratie c'est sûr hein...
Réponse de le 12/03/2021 à 14:59 :
Le problème est bêtement ailleurs. Il y a en France une REP (responsabilité élargie des producteurs) sur les papiers. Donc les entreprises qui gènerent des papiers payent une contribution selon le principe du pollueur-payeur. Cette taxe vise à s'assurer de la fin de vie de leur produit. Les deux questions sont donc: (1) que fait l'organisme Citeo des millions qu'il taxe aux entreprises? (2) à quoi ressemble le cadre technique-économique-règlementaire autour de la filière du recyclage.
Réponse de le 12/03/2021 à 15:06 :
Je vais vous donner un exemple concret. Au Québec, il y a une REP sur les plastiques d'emballages. Les entreprises payent une contribution pour financer le recyclage. Exactement comme en France. Ce plastique ne peut pas toujours être recyclé industriellement dans le même niveau de produit. Une entreprise a donc développé un tuyau d'évacuation des eaux usées en plastique recyclé. Pourtant, le code du bâtiment local stipule que les conduites doivent être en produit neuf. Le marché du recyclage du plastique est pourtant en crise en absence de débouchés. En conclusion, le marché du recyclage est principalement bloqué par (1) l'existence de normes ou contraintes qui limite son potentiel, et (2) l'absence de normes qui oblige le recours au recyclage. Et pourtant, pendant ce temps, les entreprises québecoises payent chaque année des millions pour financer le recyclage, la recherche sur le recyclage, puis l'export de ce recyclage ailleurs. Le monde marche sur la tête car nous avons des bureaucrates là ou il faudrait des ingénieurs.
Réponse de le 13/03/2021 à 9:04 :
Non c'est encore plus simple que cela, une politique restrictive concernant nos entreprises sans protectionnisme pour en protéger le principe est de la bêtise pure et de ce fait une profonde incompétence exprimée par nos dirigeants.

Et vos deux commentaires rentraient dans un seul sinon, mais bon depuis le temps que vous venez vous deviez bien le savoir hein...

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