Transport public : Rouen met ses pendules à l'heure H

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Avant de procéder à l'achat d'une nouvelle flotte propulsée à l'hydrogène, Rouen teste en ce moment un bus H2 aimablement prêté par le constructeur belge Van Hool, aujourd'hui référencé par la centrale d'achat public de l'Ugap.
Avant de procéder à l'achat d'une nouvelle flotte propulsée à l'hydrogène, Rouen teste en ce moment un bus H2 aimablement prêté par le constructeur belge Van Hool, aujourd'hui référencé par la centrale d'achat public de l'Ugap. (Crédits : Van Hool)
La métropole entre dans le petit cercle des agglomérations qui font le choix de l’hydrogène, au nom de la lutte contre le changement climatique.

A 800.000 euros le véhicule, les villes qui se risquent à négocier le virage se comptent encore sur les doigts des deux mains. A Rouen, le tournant est pris. Les élus de la métropole ont acté l'acquisition de onze bus hydrogène pour la coquette somme de 9,5 millions d'euros. Environ deux fois et demi ce que lui aurait coûté les mêmes engins propulsés au diesel. Un gros effort justifié par son président Nicolas Mayer Rossignol : « C'est le rôle des institutions publiques que nous sommes d'amorcer la filière », insiste t-il.
Avec les 17 bus électriques commandés précédemment, la collectivité se flatte grâce à cela d'aller au delà des obligations règlementaires, lesquelles imposent aux autorités organisatrices du transport public qu'au moins la moitié des nouveaux véhicules soient à faible émission.

L'autonomie pèse dans la balance

Cette nouvelle flotte H2 remplacera l'an prochain les bus thermiques qui desservent l'une des plus longues lignes du réseau (17 kilomètres et 42 arrêts). Le choix ne doit rien au hasard. « Les bus électriques disposent d'une autonomie insuffisante. Il en aurait fallu trois de plus sur cette distance pour assurer la même amplitude horaire », expliquent les services de la métropole. En période creuse, ces véhicules zéro émission dotés d'une autonomie de 350 kilomètres seront également testés sur d'autres liaisons contraintes afin de vérifier la pertinence de la technologie sur les tronçons à fort dénivelé par exemple. L'enjeu n'est pas mince.

Comme beaucoup d'agglomérations, la Métropole Rouen Normandie  (MRN) devra, en effet, avoir renouvelé la totalité de la flotte (400 bus) actuellement en circulation sur le réseau d'ici une grosse dizaine d'années. A la clef, un mur d'investissement qui la pousse à étudier simultanément l'opportunité d'un recours au biogaz. « Il est probable que nous opterons pour un mix de technologies », professe Nicolas Mayer Rossignol.

Vers un écosystème

En attendant, la MRN, associée à Valorem et Transdev, peaufine son projet d'implantation d'un électrolyseur et d'une station de distribution d'hydrogène au sein du dépôt de bus en complément de celle déjà installée dans le centre ville pour la clientèle particulière ou professionnelle. Montant de l'opération : environ 7 millions d'euros. Une aide de l'Ademe via l'appel à projets « écosystèmes territoriaux Hydrogène » est espérée. Verdict d'ici quelques jours*.

La dite station sera alimentée en électricité via une centrale solaire de 8 à 10 MW correspondant aux besoins de consommation de la flotte de bus H2. « La centrale ne pouvant être reliée directement à l'hydrolyseur pour des raisons d'éloignement, nous utiliserons le dispositif des garanties d'origine », détaille t-on chez Valorem. Objectif : certifier la provenance « verte » de la molécule.

Objectif 100% ENR

Il s'agit aussi d'honorer une promesse. Seule agglomération à s'être engagée dans une « Cop21 locale » avec la bénédiction du WWF et de Laurent Fabius, l'ancien fief du président du Conseil constitutionnel s'est donné pour ambition de devenir un territoire 100% ENR d'ici 2050 « et si possible en 2040 » tout en réduisant la facture énergétique du territoire estimée à 1,4 milliard d'euros. C'est dans cette perspective que la MRN travaille à la création d'une SEM exclusivement dédiée au portage de projets d'énergies renouvelables. Laquelle pourrait investir dans la centrale solaire évoquée plus haut.

C'est aussi dans cet objectif qu'elle planche avec Citeos, filiale de Vinci, sur la conception d'une « station service du futur » dans le cadre du programme TIGA. Relié à des panneaux solaires ou à des éoliennes, celle-ci devrait être utilisable par plusieurs types de motorisations (H2, électrique, biogaz...). Reste à trouver son modèle économique. En l'absence d'un parc suffisant de véhicules hydrogène par exemple, il lui sera difficile d'atteindre l'équilibre. Ou l'éternelle histoire de la poule et de l'œuf.

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*17 collectivités se sont portées candidates à cet appel d'offres. La semaine dernière, l'Ademe envisageait de n'en retenir que sept.

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Commentaires
a écrit le 11/03/2021 à 17:26 :
Pour l'utilisation de l'hydrogène c'est trop tôt, sa production actuelle est polluante et coute une fortune à partir d'électricité produite avec des matières fossiles. C'est un non sens économique financé sur fonds publics, donc un tonneau des danaïdes fonctionnarisé. On est dans l'idéologie pure et l'éthique de la conviction, l'écolomerdie "c'est bien par ce que j'y crois" . Encore un gâchis présenté comme une martingale.

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