« Pour que ça fonctionne sur un territoire, il faut rendre l'hydrogène disponible partout à un prix compétitif. Que l'on puisse circuler dans Nantes, partir à un entretien à Rennes, aller diner chez un cousin à Brest... et revenir sans se poser de questions. Un hydrogène issu d'une production d'énergie renouvelable qui ne passe pas par le réseau où il pourrait être mélangé à de l'hydrogène gris issu de l'énergie fossile. Alors, on s'est retroussé les manches pour se structurer et fédérer le Grand Ouest autour d'un écosystème ambitieux et qu'il n'y ait plus aucune zone blanche », indique Matthieu Guesné, fondateur de la société Lhyfe, productrice d'hydrogène vert, qui coordonne le projet VHyGO (Vallée Hydrogène Grand Ouest), où se sont engouffrés une dizaine partenaires ligériens, bretons et normands. Parmi lesquels les bretons d'Eodev, né du retour d'expérience du premier bateau autonome à hydrogène (Energy Observer) développant des solutions innovantes pour l'environnement, la filiale d'Engie, Energies solutions, les syndicats départementaux de l'énergie de Loire-Atlantique (Sydela) et de Vendée (Sydev), les agglomérations de Brest Métropole, de Saint-Nazaire (Carene), et de Dieppe Maritime, l'autorité organisatrice de la distribution d'électricité du Morbihan, et le département de la Manche, considéré comme le pionnier de la mobilité hydrogène, qui après avoir développé une flotte de véhicules légers et testé des vélos à hydrogène à Saint-Lô et Cherbourg -abandonnées en mars 2021- , a en 2019, a favorisé le développement de la remorque Road du carrossier Cherreau dans le domaine du transport frigorique. Tous y voient aujourd'hui, le moyen d'aller plus loin et de changer d'échelle.
Avec VHyGo, l'objectif est de créer dix sites de productions connectés à des parcs éoliens, d'implanter vingt stations-services de distribution et d'alimenter une flotte de cinq cents véhicules sur les trois régions à l'horizon 2024. En somme, « démocratiser l'hydrogène renouvelable et faire en sorte que toute entreprise, toute collectivité du Grand Ouest se situe à moins de 100 km d'un site de production d'hydrogène renouvelable disponible à moins de 8€/kg à la pompe d'ici 2030 », explique Matthieu Guesné. La première phase de ce projet collectif fait partie des sept lauréats retenus par l'Ademe dans le cadre de l'appel à projets « Ecosystème territoriaux hydrogène». A la clé, VHyGO a décroché une aide de 14 millions d'euros sur un investissement de 38 millions d'euros. La deuxième et la troisième phase du projet seront, au fil des prochains mois, soumises à l'Ademe. Sur un territoire où VHyGO a déjà marqué son empreinte avec une station-service avec électrolyse à Vannes (EffiH2), un site de production à Bouin (LHyfe), trois stations-service en Vendée, une au Mans, douze bus, onze bennes à ordures ménagères, 2 poids lourds et quelques véhicules utilitaires légers, l'objectif est de produire un minimum de 5 tonnes par jour en 2024, (10 tonnes en 2027), déployer vingt stations-services, une flotte de 500 véhicules venant faire le plein quotidiennement, et surtout grouper les commandes pour faire baisser le coût des véhicules, caillou dans la chaussure « Hydrogène ». « Un bus consomme en moyenne trente-cinq litres de gas oil aux 100 kilomètres, vingt heures sur vingt-quatre, c'est extrêmement polluant, alors on a là un énorme levier, c'est pourquoi on commence par-là », plaide le fondateur de Lhyfe, qui entend investir 50 millions d'euros dans cette opération. « Ces 50 millions d'euros vont permettre d'économiser 50.000 tonnes de Co2 par an en 2024 », assure-t-il.