VHyGO veut démocratiser l’hydrogène dans l’Ouest

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L'objectif de VHyGO est de créer dix sites de productions connectés à des parcs éoliens, d'implanter vingt stations-services de distribution et d'alimenter une flotte de cinq cents véhicules sur les régions Pays de la Loire, Bretagne et Normandie  à l'horizon 2024. Ce qui permettrait de réduire les émissions de Co2 de 50.000 tonnes par an.
L'objectif de VHyGO est de créer dix sites de productions connectés à des parcs éoliens, d'implanter vingt stations-services de distribution et d'alimenter une flotte de cinq cents véhicules sur les régions Pays de la Loire, Bretagne et Normandie à l'horizon 2024. Ce qui permettrait de réduire les émissions de Co2 de 50.000 tonnes par an. (Crédits : DR)
Avec l’objectif de créer dix sites de production, vingt stations de distribution et cinq-cents véhicules en circulation à l’horizon 2024, le projet VHyGO, porté par le producteur d’hydrogène vert Lhyfe et une dizaine de partenaires, veut faire émerger le premier écosystème interrégional français en Pays de la Loire, Bretagne et Normandie.

« Pour que ça fonctionne sur un territoire, il faut rendre l'hydrogène disponible partout à un prix compétitif. Que l'on puisse circuler dans Nantes, partir à un entretien à Rennes, aller diner chez un cousin à Brest... et revenir sans se poser de questions. Un hydrogène issu d'une production d'énergie renouvelable qui ne passe pas par le réseau où il pourrait être mélangé à de l'hydrogène gris issu de l'énergie fossile. Alors, on s'est retroussé les manches pour se structurer et fédérer le Grand Ouest autour d'un écosystème ambitieux et qu'il n'y ait plus aucune zone blanche », indique Matthieu Guesné, fondateur de la société Lhyfe, productrice d'hydrogène vert, qui coordonne le projet VHyGO (Vallée Hydrogène Grand Ouest), où se sont engouffrés une dizaine partenaires ligériens, bretons et normands. Parmi lesquels les bretons d'Eodev, né du retour d'expérience du premier bateau autonome à hydrogène (Energy Observer) développant des solutions innovantes pour l'environnement, la filiale d'Engie, Energies solutions, les syndicats départementaux de l'énergie de Loire-Atlantique (Sydela) et de Vendée (Sydev), les agglomérations de Brest Métropole, de Saint-Nazaire (Carene), et de Dieppe Maritime, l'autorité organisatrice de la distribution d'électricité du Morbihan, et le département de la Manche, considéré comme le pionnier de la mobilité hydrogène, qui après avoir développé une flotte de véhicules légers et testé des vélos à hydrogène à Saint-Lô et Cherbourg -abandonnées en mars 2021- , a en 2019, a favorisé le développement de la remorque Road du carrossier Cherreau dans le domaine du transport frigorique. Tous y voient aujourd'hui, le moyen d'aller plus loin et de changer d'échelle.

Coup de pouce de l'Ademe

Avec VHyGo, l'objectif est de créer dix sites de productions connectés à des parcs éoliens, d'implanter vingt stations-services de distribution et d'alimenter une flotte de cinq cents véhicules sur les trois régions à l'horizon 2024. En somme, « démocratiser l'hydrogène renouvelable et faire en sorte que toute entreprise, toute collectivité du Grand Ouest se situe à moins de 100 km d'un site de production d'hydrogène renouvelable disponible à moins de 8€/kg à la pompe d'ici 2030 », explique Matthieu Guesné. La première phase de ce projet collectif fait partie des sept lauréats retenus par l'Ademe dans le cadre de l'appel à projets « Ecosystème territoriaux hydrogène». A la clé, VHyGO a décroché une aide de 14 millions d'euros sur un investissement de 38 millions d'euros. La deuxième et la troisième phase du projet seront, au fil des prochains mois, soumises à l'Ademe. Sur un territoire où VHyGO a déjà marqué son empreinte avec une station-service avec électrolyse à Vannes (EffiH2), un site de production à Bouin (LHyfe), trois stations-service en Vendée, une au Mans, douze bus, onze bennes à ordures ménagères, 2 poids lourds et quelques véhicules utilitaires légers, l'objectif est de produire un minimum de 5 tonnes par jour en 2024, (10 tonnes en 2027), déployer vingt stations-services, une flotte de 500 véhicules venant faire le plein quotidiennement, et surtout grouper les commandes pour faire baisser le coût des véhicules, caillou dans la chaussure « Hydrogène ». « Un bus consomme en moyenne trente-cinq litres de gas oil aux 100 kilomètres, vingt heures sur vingt-quatre, c'est extrêmement polluant, alors on a là un énorme levier, c'est pourquoi on commence par-là », plaide le fondateur de Lhyfe, qui entend investir 50 millions d'euros dans cette opération. « Ces 50 millions d'euros vont permettre d'économiser 50.000 tonnes de Co2 par an en 2024 », assure-t-il.

Lhyfe bouin (85)

Si tu ne vas pas à l'hydrogène...

Au-delà du site de production de Bouin (85), siège de Lhyfe, actuellement en construction, dont l'activité démarrera à l'automne, la première phase du projet vise l'implantation de trois sites de production (électrolyseur, purificateur compresseur...) d'hydrogène vert par électrolyse, d'une capacité globale de 3,5 MW, répartis sur les agglomérations de Brest (1,5MW), Saint-Nazaire (1,5MW) et Dieppe (0,5 MW), situés à proximité de parcs éoliens. Des ouvrages  qui seront couplés à des stations-services modulables, financées et réalisés par Engie Solutions. D'une capacité de 1900 kg/jour, elles seront localisées au plus près des agglomérations pour accompagner la montée en charge de des usagers de l'hydrogène et le maillage du territoire. «Largement suffisant quand un bus consomme 20kg hydrogène par jour ou un véhicule léger 5 kilos par mois », affirme Matthieu Guesné Même si pour l'heure, le prix d'un véhicule, entre 60.000 et 80.000 euros, reste prohibitif. Chacune de ces stations-services sera alimentée par un camion propulsé à l'hydrogène. « L'idée c'est d'avoir une production d'hydrogène suffisamment massive pour réaliser des économies d'échelles et d'avoir, à termes, un hydrogène en grande quantité, à un prix compétitif , livré partout. Il ne s'agit pas d'avoir une station-service et de demander aux gens de venir à l'hydrogène mais d'amener l'hydrogène aux gens », indique Matthieu Guesné. Selon lui, le prix de l'hydrogène pourrait être proposé à 8 ou 9 euros le kilo au lieu de 18 € le kilo pour l'hydrogène gris, actuellement vendu à Nantes. « La massification des électrolyseurs offrira une rentabilité plus rapide », assure Matthieu Guesné. A défaut de trouver des usages avec les particuliers, dans un premier temps, le projet repose sur l'implication des collectivités de Brest Métropole, de Saint-Nazaire (Carene) et de Dieppe Maritime. Soit une flotte de vingt-trois bus à hydrogène de 12m, sept bennes à ordures ménagères, une poids-lourd à hydrogène en rétrofit, dix véhicules utilitaires légers et... trente bus à hydrogène de 18 mètres, si... Saint-Nazaire décide de basculer vers l'hydrogène.

Tout dépend de Saint-Nazaire

C'est l'un des enjeux de cet écosystème hydrogène qui repose sur le triptyque : production, distribution, usages. Dans ce premier épisode, les cartes sont, en quelque sorte, entre les mains de la communauté d'agglomération de la région nazairienne (Carene) et de sa société de transport, Stran. « Nous avons été sollicité par les deux porteurs de projets hydrogène des Pays de la Loire, à savoir VHyGO et H2 Loire Vallée pour qui la viabilité de leur projet repose sur la quantité de d'hydrogène consommée sur notre territoire », explique Jean-Jacques Lumeau, vice-président de la Carene, en charge des mobilités et président de la Stran qui vient d'annoncer la création de deux nouvelles lignes de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS), offrant une vitesse commerciale élevée et la garantie d'un temps de parcours identique quel que soit le moment de la journée. A la clé : la commande d'une trentaine de bus de 18 et 12 mètres. Seront-ils au gaz, à batterie ou à l'hydrogène pour répondre au « zéro émission » exigé par les normes environnementales ? « A aujourd'hui, la question n'est pas tranchée », précise Jean-Jacques Lumeau qui court de réseau en réseau, à Pau (Hydrogène), à Bayonne (Batterie)..., pour se faire une idée de la pertinence des solutions expérimentées. Une étude prospective est en cours pour déterminer quel mix énergétique serait envisageable. « Nous ne sommes ni Paris ni Lyon. Nous ne pouvons pas, ici, avoir une multiplication des technologies. Or, le choix que l'on fera impactera le renouvellement de matériel qui sera assez important dans les cinq années suivant la mise en service des BHNS en 2025 », remarque le président de la Stran. « On a un intérêt sur la technologie hydrogène, mais elle doit être confrontée à la capacité des constructeurs de bus à nous fournir des bus de qualité, à un prix compétitif », analyse-t-il. « Or, même si les prix baissent, l'acquisition d'un bus à hydrogène reste encore deux fois plus coûteux qu'un bus diesel.»

Ambition : première licorne verte

Enfin, pour bénéficier des subventions propres à ce type de matériel, la Carene va devoir se prononcer d'ici la deuxième quinzaine d'août. Un choix cornélien et rapide. « On est dans une seringue en termes de tempo ! », reconnait Jean-Jacques Lumeau. Et, si d'aventure, la Carene optait pour l'hydrogène, la Stran, seule, ne pourra pas crédibiliser l'équilibre financier de deux porteurs de projets sur un même territoire. «Comme pour les élections, il y a aura un deuxième tour et un choix à faire !», dit-il . Un choix que l'Ademe a, pour l'instant, préféré repousser laissant le temps aux porteurs de projets de consolider leur dossier. « Les collectivités qui investissent aujourd'hui ont raison, argumente Matthieu Guesné. La transformation va prendre du temps. Si on est au pied du mur en 2030 avec une loi qui impose de le faire ou si on s'y prépare en 2021, ce n'est pas la même chose. Car, il faudra bien des gens pour entretenir des véhicules dont le système de propulsion n'a rien à voir avec un moteur à explosion. Il y a les emplois que l'on créée et ceux que l'on maintient dans la cadre d'une transition de filière qu'il faut accompagner », souligne le patron de Lhyfe (35 personnes), qui ambitionne de devenir la première licorne verte « capable, non pas, d'être valorisée à un milliard d'euros mais d'être capable d'économiser un milliard de CO2. »

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