La guerre des monopoles est déclarée sur le marché mexicain du « triple play »

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Trois milliardaires mexicains, dont Carlos Slim, l'homme le plus riche de la planète, s'affrontent pour conquérir le marché des télécoms.

Le combat ne fait que commencer : d'un côté, l'homme le plus riche du monde, Carlos Slim, magnat mexicain des télécoms avec ses opérateurs Telmex et Telcel. De l'autre, Emilio Azcarraga et Ricardo Salinas Pliego, à la tête des deux plus grands groupes audiovisuels au Mexique, Télévisa et TV Azteca. Autrefois alliés, les trois milliardaires se battent aujourd'hui à couteaux tirés pour l'alléchant marché regroupant en une seule offre la téléphonie mobile de troisième génération, l'Internet et la télévision, le « triple play ».

Les adversaires, qui s'accusent mutuellement de pratiques monopolistiques, ont déposé le 9 mars cinq plaintes auprès de la Commission mexicaine de la concurrence (CFC). La première émane d'un front commun de six entreprises de télécommunications et de télévision par câble, mené par Télévisa et TV Azteca, dénonçant les tarifs prohibitifs d'interconnections de Telmex et Telcel. Les deux joyaux de Carlos Slim contrôlent 80 % des lignes de téléphone fixe et 70 % des lignes sans fil. Ses opérateurs ont, quant à eux, déposé quatre recours auprès de la CFC contre la main mise du duopole télévisuel sur 90 % de l'audimat en terre aztèque.

Interêts mutuels

« Derrière ces accusations, chacun veut empêcher l'autre de partir à la conquête du marché du triple Play », explique Fernando Gutierrez, professeur de communication à l'Université du Tec de Monterrey. D'un côté, le gouvernement empêche les sociétés de Carlos Slim de décrocher une concession télévisuelle. De l'autre, Télévisa et TV Azteca sont dépendants des infrastructures de Telmex et Telcel pour se renforcer dans la téléphonie. »

En guise d'ultimatum, le conglomérat de Carlos Slim a retiré le mois dernier ses publicités de Télévisa et TV Azteca. Le manque à gagner pour ces chaines est estimé respectivement à 70,5 millions et 30 millions de dollars en 2011. « La faute au gouvernement qui ne joue pas son rôle d'arbitre face à des quasi-monopoles qui affectent la libre concurrence », explique Carlos Morera.

Pour l'économiste à l'Université Autonome du Mexique (UNAM), cet affrontement ressemble à une tragédie grecque : « Au début des années 2000, le père d'Emilio Azcarraga, ami de Carlos Slim, lui avait demandé de sauver Télévisa de la faillite. Mais craignant de perdre le contrôle de son entreprise, son fils l'a ensuite écarté du capital. » Quelle sera l'issue de leur lutte de titans ? « Ils vont devoir tomber d'accord », répond Fernando Gutierrez. « Les entreprises de Slim ont besoin de diffuser leurs publicités à la télévision. Et Télévisa et TV Azteca ne peuvent pas pénétrer le marché du triple play sans les interconnexions de Telmex et Telcel. » Mais Carlos Morera ne partage pas cet avis : « Le poids lourd de ce match reste Carlos Slim, dont les avoirs représentent la moitié de la Bourse du Mexique ». Alors que le magazine « Forbes » évalue la fortune d'Emilio Azcarraga et Ricardo Salinas Pliego à respectivement 2,3 milliards et 8,2 milliards de dollars, celle de Carlos Slim décolle à... 74 milliards de dollars ! La Commission de la concurrence doit rendre son verdict dans une quinzaine de jours.

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