Les ambitions de l'économie solidaire
Sophie Pèters et Mathias Thépot
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On la dit capable de nous sortir de la crise, de résorber le chômage, de faire avancer le développement durable, de réinventer un modèle social plus respectueux des citoyens... Bref, l'économie sociale et solidaire (ESS) est parée de toutes les vertus au regard des turpitudes reprochées à l'économie dite « classique », celle des capitaux et des actionnaires. Mais, que regroupe ce nom d'économie sociale et solidaire?? L'ESS, c'est avant tout un statut juridique qui mêle mutuelles, sociétés coopératives, associations et fondations. Le Crédit agricole et les caisses d'épargne y côtoient Emmaüs et le groupe SOS. La Scop Acome s'y retrouve avec le comité Vendôme, association qui regroupe de grandes enseignes de la luxueuse place parisienne... Des réalités pour le moins disparates. Le statut ne faisant pas office de vertu, l'ESS préfère se définir par ses valeurs : solidarité, gestion démocratique et participative, dont la recherche du profit est absente ou limitée, et dont les actions répondent à tous les stades aux critères du développement durable.
Combattre la crise de l'emploi
Argument massif des acteurs de l'ESS : le secteur représente en France 10,3?% de l'emploi, dont le rythme a crû de 2?% par an depuis 2008. « Notre dividende, c'est l'emploi », argumente Christian Sautter, président du réseau de financement solidaire France Active. Les entreprises sociales savent créer de l'emploi là où l'État et les collectivités ne savent plus le faire seuls : dans les territoires fragiles comme les zones rurales, les quartiers sensibles, les bassins en reconversion. Mais aussi pour des personnes en situation de vulnérabilité sociale, physique et psychique que l'entreprise « classique », porteuse d'une vision réduite de la rentabilité, ne sait pas intégrer et employer.
Avec une moyenne de création de 50?000?emplois par an, souvent non délocalisables et d'utilité sociale, l'ESS présente l'avantage de répondre à la crise qui ronge la France. L'ESS propose un soutien salvateur à la création d'emplois dans l'économie classique par le biais de l'insertion. Ainsi du groupe Archer (Romans), créé en 1987 autour d'une association qui aidait les chômeurs de longue durée à retrouver un emploi. Il est aujourd'hui un groupe diversifié (services à la personne, déchets, bois, fibre optique, etc.) passé de 165?salariés à 315?salariés en cinq?ans, avec un chiffre d'affaires de 9,1 millions d'euros. Dans les zones les plus démunies, souvent délaissées par le privé, l'ESS peut par ces activités d'insertion, de formation, d'enseignement et de portage de projets, enlever une épine du pied aux pouvoirs publics. « Une partie importante de l'ESS crée des emplois pour des personnes en chômage de longue durée, malheureusement de plus en plus nombreuses », constate Christian Sautter.
Sophie Pèters et Mathias Thépot
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