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Télécoms : le grand troc de l'emploi sur le dos du consommateur

Delphine Cuny

Publié le 24 juillet 2012 à 07:10 - Mis à jour le 24 juillet 2012 à 08:11

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Pour sauver le soldat télécoms, le ministre du Redressement productif veut à tout prix empêcher les plans sociaux chez Bouygues Telecom et SFR, justifiés par le séisme Free Mobile. Faute de moyens d'action, il s'oriente vers un durcissement des modes de résiliation et des hot lines en partie payantes.

«C'est inacceptable que dans un secteur, les télécoms, performant et quand même encore croissant, où il n'y a pas de compétition mondiale, on se retrouve avec des destructions d'emplois » : le ministre du Redressement productif a répété sa vision des choses, mercredi matin sur France Inter, au lendemain d'une réunion à laquelle il avait convoqué les quatre principaux opérateurs de télécoms (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free).
En effet, deux d'entre eux ont annoncé des plans sociaux le même jour, le 3 juillet : un plan de départs volontaires portant sur 556 postes chez Bouygues Telecom (le premier plan social du groupe Bouygues), pas de chiffres précis pour l'instant chez SFR, mais les syndicats redoutent entre 800 et 1?200 suppressions d'emplois. Mais l'adaptation du marché à la nouvelle donne provoquée par l'arrivée de Free Mobile pourrait se traduire par 50 000 à 60 000 suppressions d'emplois, selon certaines estimations d'économistes et de syndicats, dans toute la filière télécoms, en particulier chez les sous-traitants comme les sociétés spécialisées dans les centres d'appels. Pour stopper ce qu'il qualifie d'hémorragie, le ministre a d'abord reçu, avec la ministre déléguée au Numérique, Fleur Pellerin, les représentants syndicaux des salariés de Bouygues Telecom et de SFR, puis individuellement les patrons des opérateurs avant de les réunir autour d'une table mardi dernier. « Ils ont fait des propositions en contrepartie desquelles ils seraient prêts à éviter les destructions d'emplois. C'est un arbitrage différent entre les intérêts du producteur et les intérêts du consommateur », explique le ministre sans détours.

Réconcilier consommateur et producteur

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L'ex-champion du pouvoir d'achat, qui se félicitait du lancement de Free Mobile en janvier, s'est mué en pourfendeur de la « concurrence sans limite » et en défenseur du « producteur », donc des patrons. Il faut dire que le ministre « reconnaît que ses moyens d'actions sont limités concernant des entreprises privées », rapporte un syndicaliste reçu la semaine passée. Des syndicalistes qui ne sont pas dupes de la part d'effet d'aubaine pouvant motiver ces plans sociaux, Free Mobile étant perçu comme un prétexte, un alibi, voire un moyen d'obtenir des allégements des contraintes réglementaires.
Mais « il faut sauver le soldat Bouygues Telecom, pour lequel la situation devient très compliquée, avec un taux de marge très bas, du fait de l'écrasement des prix », plaide-t-on à Bercy. La solution trouvée passera donc par le consommateur : il s'agit de revenir sur « des mesures contre-productives et de réconcilier le consommateur et le producteur », explique-t-on à Bercy. Dans le viseur des opérateurs, plusieurs dispositions de la loi Chatel, qui avait imposé la quasi-gratuité des lignes d'assistance téléphonique et des mécanismes de résiliation anticipée des contrats de vingt-quatre mois. Les hot lines pourraient redevenir en partie payantes, « une vingtaine de centimes de plus par mois et par forfait », selon le ministre, pour « relocaliser 10 000 emplois en France » dans les centres d'appels. Les conditions de résiliation seront sans doute durcies, la logique étant de « ralentir le renouvellement des téléphones et ainsi diminuer le coût de subventions accordées par les opérateurs de plusieurs centaines de millions d'euros par an », décrypte un haut fonctionnaire.

Delphine Cuny

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