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Mittal, le glaive et le fourreau

Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction

Publié le 28 novembre 2012 à 18:44 - Mis à jour le 28 novembre 2012 à 18:54

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Chaque jour, la Tribune propose une chronique que lui inspire l'actualité.

Arnaud Montebourg persiste et signe. Le MRP (ministre du redressement productif) se sent pousser des ailes depuis que François Hollande a repris à son compte son coup de bluff sur une possible nationalisation temporaire de l'usine de Florange en Moselle. Le groupe de Lakshmi Mittal, aux abois financièrement en raison d'une dette héritée de sa stratégie oligopolistique dans l'acier, n'aurait donc, d'ici à samedi 1er décembre, date à laquelle il a affirmé qu'il déclenchera la restructuration prévue, que deux options sur la table des négociations :

- se soumettre à la demande du gouvernement de céder la totalité du site, incluant la filière chaude des hauts fourneaux et la filière froide des aciers industriels. Arnaud Montebourg a réaffirmé ce mercredi lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale avoir entre ses mains deux offres, dont l'une en provenance d'un mystérieux industriel (Severstal?) prêt à injecter 400 millions d'euros.

- être démis, c'est-à-dire déposséder (contre indemnisation) de ses droits de propriété sur Florange, que l'Etat nationaliserait donc, le temps d'organiser un montage avec le futur repreneur putatif. C'est l'espoir que les syndicats de Florange sont venus chercher hier à Paris. Et apparemment trouver puisque qu'à l'issue d'une rencontre à Bercy avec le bouillant ministre, ils sont ressortis convaincus que le gouvernement ira jusqu'au bout dans ce dossier emblématique. S'il ne devait pouvoir sauver qu'une usine en France, côté Montebourg, c'est clair, ce serait celle-là. A cause de Sarkozy et de son échec sur Gandrange (situé à 10 km de Florange). Et parce que ce serait un gage de gauche arraché sur le dos d'un groupe étranger aux méthodes dénoncées comme brutales et accusé de n'avoir pas tenu ses engagements à l'égard de la France. Pour le gouvernement, Florange est donc un cas particulier, qui justifie de brandir le glaive de la nationalisation, quelles qu'en soient les conséquences.

Evidemment, le groupe Mittal ne va vouloir pas se laisser plumer tel un pigeon. Toute la question est savoir si le groupe anglo-indien va accepter de négocier pour faire rentrer le glaive dans son fourreau ou bien s'il est prêt à engager un bras de fer avec la France. Le fait que l'idée de nationalisation réunisse autour d'elle, au-delà de la gauche, une partie de la droite (notamment les élus de Moselle) et du Centre, comme Jean-Louis Borloo, voire de l'UMP avec Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, accentue la pression politique sur Mittal. Le compte à rebours est lancé et nul ne peut dire comment l'affaire va tourner. C'est évidemment un champ de mines social et politique pour le gouvernement dont on ne voit plus comment il peut désormais faire machine arrière, sans y perdre toute crédibilité. Par l'outrance des propos tenus, Arnaud Montebourg joue gros, très gros dans cette affaire. Même s'il a habilement transmis le bébé à François Hollande qui devra bien se prononcer.

Pour l'Etat, le dossier est aussi très risqué juridiquement et financièrement, car en l'absence d'accord avec Mittal sur l'indemnisation de ce qui revient à l'exproprier de l'usine de Florange, c'est un long et probablement coûteux contentieux qui se préfigure. Comment évaluer le préjudice ? Comment extraire la valeur de l'usine de Florange de l'ensemble des activités du groupe alors que la filière « froide » fait partie selon Mittal du business model des autres usines en France et est donc considéré comme stratégique. A vouloir à tout prix sauver Florange, Montebourg ne menace-t-il pas les autres salariés d'un groupe mondial qui emploie 20.000 personnes ?

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La stratégie du glaive employée par Arnaud Montebourg adresse enfin un signal très négatif aux investisseurs étrangers. « Venez à Londres, la capitale des affaires, mes amis », a tonné Boris Johnson, le maire de Londres, en n'hésitant pas à comparer les socialistes au pouvoir en France aux « sans culotte » de 1789 (sic). En déplacement en Chine, Laurence Parisot, la présidente du Medef, a même décroché son téléphone pour mettre en garde directement le ministre du redressement productif sur les effets « désastreux » de cette menace de nationalisation sur l'image de la France à l'étranger, déjà ternie par la perte du triple A et une fiscalité unique au monde.

Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction

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