Prix Rebondir : Christian Barqui, l'indestructible
Stéphanie Borg
Stéphanie Borg
Bon élève en mathématiques et en physique, Christian Barqui prévoyait de devenir ingénieur. Mais, suivant les conseils d'un ami de son père, lui-même entrepreneur tapissier-décorateur, il choisit le commerce. "Il a eu du nez, glisse-t-il en préambule, la technique m'intéresse toujours beaucoup moins que le reste."
C'est ainsi que le diplômé de Sup de Co Amiens démarre sa carrière chez Procter & Gamble. Et reviendra, quelques années plus tard, sur ses terres lyonnaises comme directeur commercial de Salade Minutes, une PME locale, dont le propriétaire-maraîcher a importé des États-Unis le concept de la salade effeuillée et lavée en sachet.
Doué pour le développement, il en prendra, après son diplôme du CPA d'emlyon business school, la direction générale. Une petite victoire sur le passé pour celui qui avait échoué aux portes de l'école de commerce lyonnaise : "Cinq malheureuses petites places me séparaient alors du sésame", plaisante-t-il. La PME, passée de trois à soixante millions d'euros de chiffre d'affaires en dix ans, intéresse Bonduelle. Christian Barqui pilote le rachat et devient le patron de la division produits frais. Toujours à Lyon - un territoire auquel il reste très attaché. Néanmoins, malgré cinq années marquées par des taux de croissance de dix à quinze points annuels, rien ne va plus entre l'homme et le spécialiste du légume. Christian Barqui est licencié.
À 40 ans, il caresse le "rêve un peu fou du salarié qui a envie de réaliser quelque chose pour soi", souligne-t-il. L'homme voit grand. Il veut bâtir un projet industriel à vocation nationale, qu'il démarre de "zéro avec six ex-Bonduelle, quatre millions d'euros d'emprunts dont deux millions de caution personnelle et deux chances sur trois que cela plante !".
Ainsi s'est développée 4G - en référence à ses quatre garçons -, une entreprise qui commercialise une nouvelle marque de salade en sachet. Elle passera de cinq à 27 millions d'euros de chiffres d'affaires et de six à 180 collaborateurs en quatre ans. Compétiteur par nature - il fut un temps en présélection pour l'équipe de France cadet de handball -, Christian Barqui concède avoir ressenti une "pointe de revanche vis-à-vis de son ancien employeur, Bonduelle". Au sommet, 4G passe sous le giron du géant de l'agroalimentaire, Bakkavör.
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Après cinq années d'activité et trois recapitalisations, le chef d'entreprise doit vendre. C'est l'échec.
Son second rebond prend la forme d'une main tendue, moins de quatre mois plus tard. La filiale française de Bakkavör accuse de sérieuses pertes : il lui est proposé de la reprendre en main.
Finalement, la filiale sera cédée à Florette France. L'opération de rachat et de fusion est enclenchée le 1er avril 2013. Tout naturellement, dans un dernier rebond, l'homme qui a mené la fusion devient directeur général Florette France GMS. Sa force, peut-être la puise-t-il dans l'Association progrès du management (APM), un mouvement international de 7 500 dirigeants dont il fait partie depuis au moins 35 ans. Élu président une première fois en juillet 2014, puis réélu pour un second mandat jusqu'au 30 juin 2018, il y puise allègrement motivations, méthodes de managements, et bonnes pratiques.
Stéphanie Borg