COP 21 : à Toulouse, les experts expliquent pourquoi il est urgent d'agir

Paul Périé

Paul Périé
"97 % des scientifiques en sont convaincus, le changement climatique est dû à l'activité humaine", assure Christophe Cassou, climatologue au CNRS-Cerfacs à Toulouse. Depuis le début du XXe siècle, la température moyenne de la planète a ainsi augmenté de 0,85°C. "Un chiffre qui peut paraître faible mais la différence entre une période glaciaire et une période interglaciaire est seulement de 5°C", rappelle le climatologue.
Ce changement climatique n'est pas homogène mais concerne l'ensemble des sociétés humaines. Il est davantage perceptible dans certaines zones, notamment aux pôles.
Aujourd'hui, les scientifiques avancent deux scénarios opposés pour expliquer les conséquences concrètes de ce changement climatique : une augmentation de la température globale de 2°C, objectif affiché de la COP21, et un scénario du laisser-faire. Ce dernier entraînerait une élévation de la température de 5 à 6° en une centaine d'années, contre 10 000 ans selon les fluctuations normales du climat.
Pour respecter le scénario d'une hausse limitée à + 2°C, "il est important de tirer le signal d'alarme", insiste Pascale Ultré-Guérard, responsable du programme "Terre, Environnement, Climat" au Cnes, étudie de près le niveau des océans, les nuages et aérosols, la déforestation à l'aide de satellites. Il faudrait en effet diviser les émissions de gaz à effet de serre (GES) par 4 d'ici à 2050.
Des émissions que l'équipe de Pascale Ultré-Guérard souhaite mesurer depuis l'espace.
Les études menées par les différents organismes sont primordiales dans l'observation et la compréhension des phénomènes liés au changement climatique. À l'image de Christophe Cassou et Pascale Ultré-Guérard, Philippe Dandin, directeur adjoint scientifique du Centre national de recherche météorologiques (CNRM) à Météo-France, collecte un grand nombre de données, notamment grâce aux services climatiques de l'établissement public.
Philippe Dandin insiste sur la pédagogie nécessaire à la prise de conscience du changement climatique. "Si je vous dis que, demain, il fera 2°C de plus, tout le monde signe. Les changements induits sont des choses insensibles et imperceptibles pour les gens. Il faut un vrai travail de formation et d'information." Les conséquences seraient en effet énormes dans de nombreux secteurs : agriculture, énergie, ressource en eau...
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Météo-France est ainsi sollicitée par de nombreux acteurs, qu'il s'agisse de collectivités ou d'industriels. "Nos observations ont des applications précieuses car elles concernent le long terme."
Pour respecter le scénario d'une augmentation de 2°C, tous les experts s'accordent à dire qu'il est essentiel de mobiliser l'ensemble des acteurs. "Le succès de cette COP sera dans la mobilisation de la société à tous les niveaux pour porter cette conférence et essayer de trouver un accord", explique ainsi l'expert du CNRS-Cerfacs Christophe Cassou.
Un avis partagé par Romain Tales, responsable du recensement des données publiques à Etalab. L'idée de cette mission est en effet de "collecter les données publiques et les mettre à disposition de l'ensemble des citoyens mobilisés sur différentes thématiques."
Celui qui est aussi à l'origine du Climate Change Challenge insiste : "le travail collaboratif permet d'être plus réactif, en cas de catastrophes par exemple." Romain Tales en est persuadé, pour trouver des solutions, il faut partir de la vision commune en matière de changement climatique pour identifier les grands sujets et donc les grands défis. Pour illustrer cela, il met en avant différentes initiatives : OpenStreetMap, Place2Be, Alternatiba, le Train du Climat.
"Le Train du Climat est né ici, rappelle Christophe Cassou. Il y a à Toulouse cette dynamique de sciences, de connaissances, de partage de connaissances. C'est essentiel dans la recherche d'initiatives et de solutions, et c'est le cas sur la question du climat." Malgré cet enthousiasme, le spécialiste du CNRS-Cerfacs rappelle que la balle n'est pas seulement dans les mains des scientifiques. "Ce sont aujourd'hui des enjeux démocratiques, de société", insiste-t-il.
"Le climat de 2030 2040 se décide aujourd'hui", conclut Christophe Cassou avant de citer l'historien du CNRS Jean-Baptiste Fressoz évoquant le concept d'anthropocène proposé par le climatologue néerlandais Paul Crutzen. "Selon lui, l'Homme n'est pas le principal moteur de l'évolution de la Terre, mais seulement les pays fortement émetteurs de gaz à effet de serre. On devrait parler de capitalocène."
Paul Périé