Après avoir assisté, à Abidjan, à la prise de fonction du nouveau président de la Banque africaine de développement et après avoir participé à la Fabrique de la démocratie ces 5 et 6 septembre sur le sujet du « Sud global en quête d’un nouvel ordre mondial », le directeur général de l’Agence française de développement détaille ses positions et explique sa vision sur la nécessaire évolution de la coopération internationale dans un contexte en forte évolution, à tous points de vue.LA TRIBUNE - Vous rentrez de Côte d'Ivoire, où vous avez assisté à la prise de fonction du nouveau président de la Banque africaine de développement. Un moment pour évoquer le sujet de l'aide au développement ?
REMY RIOUX - J'ai été très heureux de prendre part à la prestation de serment de Sidi Ould Tah, le nouveau président de la Banque africaine de développement. C'était un moment important pour l'AFD car la BAD est un excellent partenaire et un membre important du réseau Finance in Common (FiCS) de toutes les banques publiques du monde que j'anime. Le nouveau président en a parlé dans son discours, avec la volonté de mieux organiser l'architecture des banques publiques africaines pour plus d'efficacité et d'impact. D'ailleurs, toutes étaient présentes, comme la BOAD ou la BIDC d'Afrique de l'Ouest. Bref, un beau moment de discussion collective autour du financement de l'Afrique, dans un contexte global très incertain où il faut faire plus et mieux.
Le financement de l'Afrique est, en effet, un sujet primordial dans le contexte mondial, entre remous géopolitiques et commerciaux...
Comme le dit mon ami Achille Mbembé, l'Afrique est « une puissance en réserve et une réserve de puissance. » On parle beaucoup d'Ukraine et de commerce en ce moment, mais n'oublions surtout pas l'Afrique, au moment même où elle mérite encore plus d'attention. Tout d'abord, parce que l'Afrique enregistre une croissance de 4% par an, au-dessus de la moyenne mondiale. On évoque souvent les catastrophes en Afrique mais depuis plusieurs années, nous assistons à une reprise de la croissance du continent, sur des rythmes à peine inférieurs à ceux de l'Asie. Une dizaine de pays comme la Côte d'Ivoire, la Tanzanie, la Zambie, enfin sortie de la crise de la dette, le Rwanda ou encore le Bénin enregistrent même une croissance supérieure à 6%. Ces pays ont passé la crise financière, la crise Covid et ils passeront la crise commerciale avec robustesse et résilience.