Comment construire un habitat enfin "vert"

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La Pertamina Tower, en construction à Jakarta, a été conçue pour produire autant d'énergie qu'elle en consommera, à l'horizon 2020.
La Pertamina Tower, en construction à Jakarta, a été conçue pour produire autant d'énergie qu'elle en consommera, à l'horizon 2020. (Crédits : DR)
La construction et les bâtiments restent émetteurs de carbone, malgré les efforts. La nouvelle philosophie repense aussi bien la gestion et les usages que les matériaux.

Le secteur du bâtiment est responsable d'au moins 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et consomme quelque 40 % de l'énergie de la planète. Autant dire que malgré des années d'efforts en matière de réduction de consommation énergétique, sans oublier les incitations fiscales de la part des gouvernements pour que les contribuables améliorent l'efficacité énergétique de leur logement, le plus gros reste à faire...

Un ciment "bas carbone" inventé en Suisse

Au-delà des recettes de base - isolation, panneaux solaires ou végétation sur les toits, géothermie et chasse aux gaspillages, les initiatives les plus récentes prennent de nouvelles directions. Il s'agit ainsi de repenser la gestion de l'énergie dans son ensemble, mais aussi de réinventer l'habitat et ses matériaux, ainsi que l'utilisation des locaux. Bref, de passer d'un rôle passif, ou d'un management « latent », à une gestion active de l'énergie et des bâtiments eux-mêmes. Évidemment, la technologie vient au secours de cette nouvelle philosophie, puisque, naguère uniquement technique, la gestion se doit de devenir « intelligente ». Ainsi, la technologie permet, en fonction d'une batterie de critères, de vérifier, grâce à des capteurs, si le fonctionnement du bâtiment atteint bien les objectifs fixés en termes d'économies d'énergie et de durabilité, de confort, de santé et de sécurité.

En outre, le bâtiment est pensé non pas isolément, mais dans son contexte - on englobe par exemple l'usage énergétique de tout un quartier - et en prenant soin de mobiliser ses utilisateurs, qui doivent eux aussi participer à cette nouvelle gestion.

En amont, constructeurs et architectes réfléchissent également aux solutions les plus efficaces, aidés là aussi par la technologie. C'est vrai pour la création mais aussi pour les matériaux utilisés (lire les encadrés). Les bâtiments doivent être conçus en fonction des nouveaux objectifs écologiques. En Suisse, les chercheurs de l'École polytechnique fédérale de Lausanne se concentrent ainsi sur le développement d'un ciment « bas carbone », de nature à réduire l'empreinte des chantiers de construction de 40 %, selon leurs calculs.

Évidemment, le défi consiste à obtenir, avec ce nouveau produit, la même fiabilité et la même longévité que le ciment traditionnel - voire plus... Ce qui semble être le cas, selon les premiers tests. Une divine surprise, puisque c'est un peu par hasard que les chercheurs se sont aperçus qu'en mélangeant de l'argile calcinée et du calcaire réduit en poudre aux produits de base du ciment, la substance obtenue était moins poreuse et plus résistante que le ciment traditionnel. Mieux, les nouveaux composants sont disponibles en quantité et ne nécessitent pas d'extraction hautement polluante, comme c'est le cas pour les ingrédients traditionnels du ciment.

On s'en doute, les chercheurs suisses veulent faire de ce produit le nouveau standard dans la construction, puisqu'aujourd'hui, le ciment contribue à 6 % des émissions de carbone liées aux activités humaines. D'autres expérimentations, à base de textile (lire le troisième encadré) pour renforcer les murs à la place de l'acier pourraient également être prometteuses, sans oublier des fibres végétales, déjà mélangées au ciment.

Bâtiments évolutifs et traditions revisitées

D'autres spécialistes font table rase du passé, ou au contraire, reviennent à des constructions traditionnelles. C'est le cas des maisons enfouies en partie dans la terre, comme cela existe d'ailleurs encore en Islande, notamment. Elles ont non seulement l'avantage de se fondre dans le paysage, mais aussi d'être plus fraîches l'été. Aux États-Unis, la mode se développe dans des régions sèches, par exemple celle des montagnes Rocheuses.

En Suède, en revanche, c'est pour faire entrer le soleil que la société SolTech Energy a développé des tuiles de verre, posées sur une charpente conçue pour absorber, puis faire circuler la chaleur, le tout étant relié au système de chauffage de la maison. Certes, n'importe quel drone qui passera au-dessus de vos têtes pourra vous espionner, mais en été, un convecteur transfère la chaleur dans un système souterrain afin de rafraîchir l'ensemble.

Les gratte-ciel ne sont pas en reste non plus. Le « zéro carbone » est à l'honneur. C'est ainsi la mission que s'est donnée le cabinet d'architectes Skidmore, Owing & Merrill, en imaginant la tour Pertamina, à Jakarta. Tout un symbole, puisque le bâtiment lui a été commandé par la compagnie nationale indonésienne de pétrole et gaz... La tour de 99 étages, dont la construction vient de débuter, a pour ambition de produire autant d'énergie qu'il en consomme, à l'horizon 2020.

Pour ce faire, le gratte-ciel sera équipé de panneaux solaires et d'un tunnel à vent, associés à une centrale électrique à l'intérieur du bâtiment. Ce type d'édifice emblématique existe déjà à Freiburg en Allemagne, à Londres, à Singapour en Malaisie, en Corée du Sud... Restent les pays du Golfe, qui commencent à peine, mais commencent tout de même, à s'éveiller à cette notion...

Autre idée, celle des bâtiments évolutifs, tels que veulent les construire Univers et Conseils, une scop de Charenton-le-Pont.

Les deux fondateurs, Aline Maréchaux et Pascal Colné, architectes, développent un système de construction alternatif, en bois, permettant l'évolution des locaux pour leur mutualisation au profit de diverses entreprises, et même des crèches itinérantes, afin, comme ils le soulignent, « d'accompagner l'évolution des modes de vie avec des solutions durables. »

En tout cas, une chose est sûre : comme l'a montré l'ONG World Green Building Council, ceux qui habitent ou travaillent dans des constructions vertes sont plus heureux et plus productifs !

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Commentaires
a écrit le 03/02/2015 à 14:48 :
C'est bien de construire vert, mais ce n'est pas une raison pour construire moche.

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