OPINION. « Le commerce, un antidote à la brutalité du monde »
Cédric Dufour

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Il faut toujours écouter Warren Buffet. L'homme d'affaires américain déclarait récemment : « Le commerce ne doit pas être une arme ». Cette phrase, naïve en apparence, pose une vérité fondamentale. Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques et la montée des incertitudes économiques et sociales, le commerce, qui repose sur la liberté, la confiance et l'égalité entre les parties, est un facteur de progrès et d'équilibre pour nos sociétés. C'est ce même « doux commerce » qui permit à des nations ennemies de bâtir des paix durables et à des milliards d'êtres humains partout sur la planète de sortir de la pauvreté.
S'il existe aujourd'hui une forme aboutie de ce commerce pacificateur et inclusif, c'est bien le e-commerce. Loin de remplacer le commerce physique, il le complète avantageusement, désenclavant les territoires isolés, soutenant les petits commerçants et facilitant le retour en magasin via le click and collect. Là où le commerce traditionnel reste souvent contraint par des frontières physiques, temporelles ou géographiques, le e-commerce permet à un petit artisan isolé, à une PME rurale, à un créateur indépendant, d'entrer directement sur des marchés mondiaux, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, et à des clients du monde entier d'accéder aux produits de leur choix. Le sondage Odoxa pour la Fevad 2024 le montre avec clarté : 75 % des habitants de zones rurales en France commandent en ligne des produits indisponibles localement ; 70 % d'entre eux estiment que le e-commerce a un impact positif sur leur vie. Il n'y a plus de centre ni de périphérie : tout le monde peut commercer avec tout le monde, une connexion suffit.
Mais pour que le commerce, en ligne ou en physique, reste fidèle à sa vocation première — relier, pacifier — les plateformes doivent incarner une vision exigeante. Elles doivent construire avec rigueur un cadre de confiance entre acheteurs et vendeurs, au sein de ces grands centres commerciaux virtuels. Cela suppose une posture partenariale et un modèle fondé sur la co-construction, pas sur la domination. Un commerce sans brutalité ni exclusion, qui protège le pouvoir d'achat, mais aussi la planète, en promouvant la seconde main, l'économie circulaire, et un usage plus responsable des ressources. Telle est la condition d'un nouvel élan, plus juste et plus durable, pour la mondialisation.
Cette vision est partagée bien au-delà de nos frontières, y compris par des pays comme la Chine, dont l'image est déformée par quelques acteurs voyous peu soucieux des normes européennes ou de leur impact environnemental, dont on parle beaucoup, mais qui ne sont pas représentatifs. Lors d'un déplacement récent, j'ai rencontré des fabricants et créateurs chinois qui partagent cette recherche d'un commerce équilibré. Ces vendeurs respectent scrupuleusement les standards de qualité européens, ont des produits aux finitions soignées, aux prix très compétitifs et très innovants. Nombre d'entre eux disposent d'ailleurs de départements R&D à la pointe, capables de rivaliser — voire de surpasser — ceux des entreprises occidentales. Contrairement aux idées reçues — il faut en finir avec la vision caduque qui fait de la Chine « l'atelier du monde » à bas prix et basse qualité ! — ces entrepreneurs ne cherchent pas à déferler sur l'Europe, ni même à y être référencés à tout prix. Certains redoutent même — retournement total des préjugés — que leurs produits soient copiés ! Ils cherchent, eux aussi, des partenariats durables. Voilà le vrai visage de l'internationalisation du commerce : un commerce qui, à certaines conditions, n'appauvrit ni ne divise, mais enrichit notre tissu économique, notre expérience de consommateur et améliore notre pouvoir d'achat.
Alors que certains voudraient dresser des murs, n'oublions pas trop vite les vertus du commerce : bâtir des ponts, du dialogue, de la confiance et de la prospérité. Plus les marchés sont ouverts, plus les sociétés s'apaisent. « Partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces », écrivait Montesquieu. Alors face à la brutalité du monde, faisons un choix simple, mais décisif : commerçons.
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(*) Cédric Dufour est actuellement PDG de Rakuten France et de Rakuten TV. Il travaille dans le retail et le numérique depuis plus de 20 ans. Chez Rakuten, il a occupé différents postes de direction dans la région EMEA, notamment celui de Directeur Général Adjoint (COO) de Rakuten France, de Directeur Général d'Open E-Commerce Europe. En tant que membre clé de l'équipe de direction de Rakuten en Europe, il a grandement contribué à l'expansion de la plateforme de shopping et du programme de fidélité de Rakuten dans cette région. Avant de travailler chez Rakuten, il a occupé divers postes de Directeur Général et de VP Finance au sein de différentes entreprises internationales dynamiques, notamment la FNAC en Espagne, Roche Bobois et KPMG en France. Cédric est diplômé de l'école de commerce NEOMA.
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