OPINION. « Réformer l'architecture du financement du développement : le défi d'innover et de mettre à l'échelle pour un meilleur impact »
Arnauld Bertrand, Jérémie None et Thomas Baussard

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Dix ans après le Programme d'action d'Addis-Abeba a lieu cette semaine la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement (FfD4) à Séville. Alors que l'écart entre les besoins de financement à l'appui du développement et les ressources disponibles pourrait se creuser pour atteindre 6 400 milliards de dollars d'ici à 2030 (OCDE), cette conférence invite à repenser l'architecture et le financement du développement durable, soumis depuis une décennie à des crises protéiformes (climatiques, sanitaires, budgétaires, humanitaires).
Face aux pressions protectionnistes et nationalistes, le système multilatéral doit clarifier son architecture et mieux définir les avantages comparatifs de ses différentes organisations, caractérisées par une grande diversité (institutions financières internationales, Nations Unies, fonds verticaux) et des mandats extensifs. La rationalisation de l'écosystème du financement climatique apparaît particulièrement nécessaire, dans la mesure où plus de 90 fonds climatiques ont été créés depuis 1991, dont plus de 80 sont encore actifs aujourd'hui.
La réforme du système multilatéral appelle également à poursuivre les efforts visant à renforcer l'efficacité et l'impact des organisations internationales. Le Triple Agenda du G20 pour des Banques multilatérales de développement (BMD) plus importantes, plus efficaces et plus efficientes, visant à tripler leur financement pour des transitions justes et durables d'ici 2030, constitue une feuille de route prometteuse qui mérite d'être accélérée. De même, l'initiative ONU 2.0, lancée en mars dernier, ouvre la voie à une réforme indispensable du système des Nations Unies afin d'améliorer son efficacité, d'autant plus que ses ressources devraient diminuer jusqu'à 30% d'ici 2025 par rapport à 2023, revenant à des niveaux observés il y a dix ans. Parallèlement, l'objectif d'amélioration de l'efficacité organisationnelle doit aller de pair avec le renforcement des cadres de suivi, d'évaluation, d'apprentissage et de redevabilité.
Enfin, les réformes organisationnelles et de performance en cours appellent également à une réévaluation de la représentation des pays membres au sein des organisations multilatérales. En particulier, assurer une représentation plus équitable des pays émergents et en développement est essentiel pour aligner les priorités des organisations de développement avec les besoins des bénéficiaires, favoriser une plus forte appropriation et par conséquent, garantir la durabilité des résultats.
En vue d'accroître l'échelle et l'impact de leur actions, les bailleurs publics ont davantage recours à une approche partenariale du développement, une tendance vertueuse qui associe plus étroitement financeurs et bénéficiaires. À cet égard, la réplication de plateformes pays, à l'image du Nexus Eau, Alimentation et Energie, un programme de 14,7 milliards de dollars lancé par l'Égypte lors de la COP 27, comme la montée en charge de plateformes de co-financements, semblable à celle initiée par la Banque mondiale en 2024, sont à encourager. Par extension, la mise à l'échelle de telles plateformes aux niveaux régional et sous-régional, en vue notamment de favoriser la fourniture de biens public mondiaux et régionaux, constitue une piste à exploiter.
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Par ailleurs, accentuer la recherche de partenariats stratégiques et coalitions entre acteurs du développement paraît opportun pour faire mieux et plus dans des contextes budgétaires plus contraints. A cet égard, poursuivre la montée en charge des accords de confiance mutuelle favorisera la préparation et la mise en œuvre de co-financements entre banques multilatérales de développement. De même, Finance en Commun, réunissant plus de 530 banques publiques de développement, illustre le potentiel lié à la constitution de coalitions d'acteurs locaux à internationaux. Ces coalitions devraient être élargies en favorisant de plus grandes synergies entre les banques multilatérales de développement, les banques publiques de développement, le système des Nations Unies et d'autres fonds verticaux.
La baisse attendue de 9 à 17% de l'aide publique au développement (APD) en 2025 (OCDE) souligne le besoin d'élargir les sources traditionnelles de financement, et notamment en mobilisant davantage le secteur privé en faveur du développement. En 2023, les bailleurs de fonds publics pour le développement ont mobilisé près de 70 milliards de dollars de financements privés. Bien que tendanciellement en hausse, la mobilisation du secteur privé en faveur du développement durable des pays émergents et en développement reste souvent contrainte par la volatilité économique, et en particulier le risque de change, l'instabilité politique, ou encore la faible protection des investisseurs.
Face à ces défis, plusieurs mesures s'imposent comme la mise à l'échelle des solutions de financement en monnaie locale, le développement d'instruments de couverture des risques, ou encore la structuration de marchés obligataires en lien avec des objectifs de développement. De nombreuses initiatives innovantes ont vu le jour à cet égard. C'est le cas par exemple des réserves de liquidités en devises comme l'initiative « Delta », une trésorerie en monnaie locale partagée entre plusieurs Banques de développement. Afin d'attirer des investissements privés dans des régions en conflits, la Banque Africaine de Développement a également conçu des « bons indexés à des indicateurs de sécurité », dont le rendement augmente avec l'atteinte de cible de stabilité. Enfin, la Banque Interaméricaine de Développement a récemment lancé son programme BID CLIMA, un mécanisme offrant un rabais de 5% sur la valeur d'un bon soumis à l'atteinte d'objectif environnementaux fixés par le pays emprunteur. À terme, ce programme vise à encourager les pays membres de la BID à structurer leur propre marché obligataire vert, ouvert aux investisseurs privés. La BID vient aussi de lancer une nouvelle plateforme FX EDGE visant à lutter contre le risque de change pour aider les pays à attirer plus d'investissements privés en faveur du développement durable.
Repenser l'architecture. Accentuer les partenariats et la mise à l'échelle. Mobiliser le capital privé en innovant. L'heure est à l'action et à l'audace.
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(*) Arnauld Bertrand, Associé, Gouvernement et Secteur Public, Directeur du Département européen Évaluation des politiques publiques et études stratégiques et de la Practice Coopération et Organisations Internationales à EY France.
Jérémie None, Senior Manager, Directeur adjoint du Département Évaluation des politiques publiques et études stratégiques et de la Practice Coopération et Organisations Internationales à EY France.
Thomas Baussard, Senior Consultant au sein de la Practice Coopération et Organisations Internationales à EY France.
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