OPINION. « Sans transmission, c'est le chaos »
Gilles Attaf

Photo d'illustration
DR
Gilles Attaf

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Il suffit que le lien se rompe pour que tout vacille. Si la transmission ne se fait plus, c'est le chaos. Le mot n'est pas trop fort : plus de 60 000 d'entreprises ferment chaque année en silence, faute de repreneur. Des savoir-faire disparaissent. Des emplois se perdent. Des territoires se dévitalisent. C'est un drame économique, social et humain qui se joue sous nos yeux — en sourdine.
Chaque année, 185 000 entreprises françaises devraient théoriquement changer de main. Mais la réalité est bien plus brutale : en 2023, à peine 51 000 transmissions ont été effectivement réalisées, tandis que 17 000 entreprises ont cessé leur activité, souvent liée au départ à la retraite de leur dirigeant.
Le pic de cette vague de session est attendu entre 2025 et 2030, avec plus d'un million d'entreprises à transmettre. La majorité sont des TPE et PME, souvent implantées localement, dans l'artisanat, le commerce, les services ou l'industrie, qui représentent 10,8 millions de salariés en France.
Ce sont ces entreprises-là qui font vivre les villes moyennes, les bourgs, les bassins d'emploi. Celles qui portent l'empreinte d'un savoir-faire, d'une filiation, d'un ancrage. Si elles disparaissent, c'est tout un tissu économique et social qui s'effondre.
La transmission, c'est une question de continuité. Et donc de souveraineté. Il n'y a pas de souveraineté sans économie, et pas d'économie durable sans entreprises enracinées dans leurs territoires. Lorsqu'une menuiserie familiale, une PME agroalimentaire, ou une société industrielle de 20 salariés ferme ses portes faute de repreneur, ce n'est pas seulement une entreprise qui disparaît. C'est une histoire, une mémoire, des compétences qui s'éteignent.
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Et ce qui s'éteint n'est pas remplaçable à court terme. Ce n'est pas une ligne comptable, c'est une chaîne humaine. La transmission, c'est l'acte par lequel cette chaîne continue. Si le maillon saute, tout se disloque.
Transmettre au contraire, c'est résister à l'oubli. C'est faire le choix du long terme dans un monde du court terme. C'est continuer l'histoire au lieu de la refermer. Et pourtant, le constat est clair : seuls 30 % des dirigeants anticipent leur transmission plus de deux ans à l'avance. L'absence de préparation mène à l'échec : valorisation déconnectée, repreneur introuvable, fin précipitée.
Le financement reste un obstacle majeur pour les repreneurs, tout comme la fiscalité actuelle, complexe et dissuasive. Même le Pacte Dutreil, pourtant essentiel pour la transmission familiale, est jugé peu lisible pour les petites structures.
Il faut faire de la transmission des entreprises une cause nationale, au même titre que la réindustrialisation ou la transition écologique. Cela passe par :
À travers Origine France Garantie, nous avons vu combien l'ancrage local, la passion des métiers, la fierté de produire en France dépendent de cette chaîne de transmission. Pour la plupart des entreprises certifiées, ce n'est pas seulement une marque qui se transmet : c'est une mission, un devoir, une vocation.
Ce combat mérite d'être partagé, porté, amplifié. Il mérite que les pouvoirs publics, les régions, les réseaux économiques et les citoyens s'en saisissent. Car oui, sans transmission, c'est le chaos. Mais avec elle, c'est l'espérance et la pérennité.
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Sources : BPCE L'Observatoire ; Rapport de la délégation sénatoriale 2022 ; Insee ; Direction générale des entreprises ; BPI France ; Ministère de l'Economie
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(*) Gilles Attaf, Président de l'association Origine France Garantie, est engagé dans la fabrication française depuis de nombreuses années en tant qu'entrepreneur - il est notamment le fondateur de Belleville, la dernière marque de costumes français et en tant que le co-fondateur des Forces Françaises de l'Industrie, le tout premier accélérateur de PME en France.Gilles Attaf a rejoint l'association Origine France Garantie et le réseau des entreprises qui ont des produits certifiés OFG dès 2012. Très vite nommé administrateur, il suit avec passion le développement de la certification et sa croissance importante au fil des années. Il devient Président de l'association en mai 2021 et réussit à augmenter la notoriété de la certification et sa visibilité notamment sur les produits de grande consommation.
Gilles Attaf