Bordeaux, l'union sacrée contre la privatisation de l’aéroport

Jean-Philippe Dejean

Jean-Philippe Dejean
Ne pas finir comme l'aéroport de Toulouse, vendu à l'encan à un groupement d'investisseurs sino-canadien. C'est, en résumé, la position exprimée ce jeudi matin par la coalition d'élus de Bordeaux, de Gironde et d'Aquitaine désireux de mettre leur unité en avant. Pivot de cette équipe constituée d'Alain Anziani, sénateur-maire (PS) de Mérignac, Alain Charrier, conseiller général (PS) de la Gironde, représentant Philippe Madrelle, Alain Juppé, maire (UMP) de Bordeaux, président de Bordeaux Métropole, et Alain Rousset, président (PS) du Conseil régional d'Aquitaine : Pierre Goguet, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux (CCIB), a souligné que l'aéroport international de Bordeaux-Mérignac dépasserait bientôt les 5 millions de passagers par an et qu'il générait plus de 6 Md€ de retombées économiques globales.
L'Etat détient 60 % du capital, la CCIB et les collectivités les 40 % restants. L'idée du groupement est de racheter 10 % des actions d'ADBM - plus une - à l'Etat. Cette proposition a officiellement été faite le 16 février dernier au Premier ministre Manuel Valls, dans un courrier cosigné par la CCIB, Bordeaux Métropole, le Conseil général de la Gironde, le Conseil régional d'Aquitaine et la Ville de Mérignac, a rappelé Alain Juppé.
Autant dire que le patron de la Région, Alain Rousset, était sur la même longueur d'onde qu'Alain Juppé. Longtemps considéré comme un socialiste atypique, parce qu'il soutient les entreprises, Alain Rousset ne badine pas avec la souveraineté nationale et s'est ouvertement inquiété de ce qui pourrait finalement apparaître comme une dangereuse dérive.
"Le modèle type de la privatisation est différent de celui de la concession. Le modèle de la privatisation, comme à Toulouse, est plus inquiétant et ne correspond même pas à ce qui se pratique aux Etats-Unis, où les pouvoirs publics gardent la main. En France, on a l'impression que les contingences budgétaires prennent aujourd'hui l'ascendant sur les impératifs de la puissance publique" a-t-il lâché, estimant que la gestion des aéroports se trouve dans une forme "d'incertitude juridique que la loi Macron n'affine pas". Le président de la Région est revenu sur les 12.000 emplois directs générés par l'aéroport et l'implantation d'entreprises stratégiques, comme Dassault, Safran et Thales, dans son périmètre ou à proximité immédiate.
Alain Rousset n'a pas exclu que ces groupes aéronautiques puissent s'impliquer dans un travail de lobbying au profit la solution bordelaise à la gestion de l'aéroport, éventuellement même en participant, de façon très minoritaire, au financement du rachat des 10 % du capital d'ADBM. Alain Anziani a complété cette approche en rappelant que l'aéroport de Bordeaux-Mérignac est couvert par "le label confidentiel défense", tout comme les entreprises implantées, et que l'aéroport de Lyon ne dispose pas d'une aussi puissante zone industrielle, Alain Charrier observant de son côté que, "ce qui est bon pour la métropole est aussi bon pour le département".
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Si l'Etat accepte, via l'APE (Agence des participations de l'Etat), de négocier avec ce groupement la question financière deviendra cruciale. Personne n'a souhaité s'étendre sur le sujet, la valeur de la société n'étant pas connue avec précision et son appréciation par l'APE encore moins. Alain Rousset a risqué une estimation de 10 à 20 M€ pour les 10 % de capital. A condition que l'Etat (autrement dit Bercy, même si personne n'a évoqué le nom de la place-forte des comptes publics) n'essaie pas "de retirer le maximum de cash de l'opération : si c'est le cas nous n'irons pas loin", a commenté Alain Rousset. Les responsables coalisés sont pour le moment satisfaits d'un premier résultat : avoir constitué un front uni capable de proposer une solution.
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