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Innovation - La Tribune Région Sud

L’IHU Infection Méditerranée : quelles avancées, quelles ambitions ?

Maëva Gardet-Pizzo

Publié le 12 octobre 2018 à 18:20 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:26

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Créé en 2011, l’IHU a été créé pour concentrer en un même lieu à Marseille les moyens de lutte contre les maladies infectieuses, première cause de mortalité dans le monde. Sept ans plus tard, l’institut s’est illustré par une recherche visible à l’international et la création de huit start-ups. Il cherche aujourd’hui à gagner en autonomie.

Le Caravage mort d'une septicémie due à un Staphylocoque doré. Si cette découverte a mis l'IHU sous le feu des projecteurs ces derniers mois, mettant fin à 400 ans d'interrogation, il en est d'autres, plus confidentielles cependant, qui depuis sept ans ont ouvert des portes dans le traitement de maladies infectieuses telles que la fièvre Q Whipped, une zoonose méconnue que l'IHU parvient désormais à guérir, attirant des patients du monde entier. L'institut s'est aussi penché sur les vecteurs de ces maladies, leur diagnostic ou encore sur des dispositifs innovants comme les greffes de microbiote fécal qui permettent de traiter certaines pathologies très mortelles comme le Clostridium difficile.

Mais s'il est une réussite scientifique sur laquelle le directeur de l'IHU, Didier Raoult, semble insister, c'est sur son "énorme collection de microbes. On a isolé et identifié 4 0% des 2 700  bactéries connues chez l'homme". Des bactéries aux noms évocateurs : "Massiliensis", la plus présente chez l'homme, "Timonensis" (du nom de l'hôpital de la Timone à côté duquel se trouve l'IHU), ou encore "Bouchedurhonensis". Des découvertes qui pourraient servir en oncologie : "Nous avons découvert que les traitements contre le cancer sont modulés par le microbiote. Par exemple, dans le cas du cancer du poumon, ceux qui ont une certaine bactérie répondent au traitement, pas les autres".

"Ici, nous sommes un hôpital de recherche", affirme Didier Raoult, "la moitié de nos patients sont inclus dans une forme de recherche".  Et ce, entre autres, en les incluant dans des cohortes, ce qui a été le cas pour plus de 10 000 d'entre eux depuis 2011. De quoi nourrir une vaste base de données scientifique et la publication de nombreux articles. "Nous avons publié 75 % de ce que publie l'institut Pasteur à Paris", affirme le directeur.

Être visible à l'international

Publier pour compter à l'international, car l'IHU veut être une référence mondiale dans son domaine, en particulier dans les pays du Sud dont il finance environ 160 étudiants par an, surtout en provenance du Maghreb (Algérie, Maroc), mais aussi de l'Afrique de l'Ouest (Sénégal, Mali). Des jeunes qui retournent ensuite dans leur pays, contribuant à développer la renommée de l'institut. Des accords ont par ailleurs été noués avec des universités de ces pays. "Nous vivons en très grande complémentarité avec les acteurs du Sud". Un positionnement que le chercheur juge par ailleurs "naturel" à Marseille, du fait de la géographie mais aussi de l'histoire de la ville, "une des premières victimes des épidémies".

Un positionnement international qui n'est pas sans lien avec le retour dans la cité phocéenne du Service de santé des armées, partenaire de l'IHU en matière de veille sur les maladies infectieuses. Veille pour laquelle l'institut est "en lien avec tous les laboratoires régionaux, dont on reçoit 80 % des diagnostics".

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11 millions d'euros de bénéfices et huit start-ups

Mais le but des IHU tels qu'ils ont été créés en 2009 est aussi de valoriser les connaissances auprès du monde économique. Pour cela, l'IHU marseillais incube des starts-ups, huit depuis sa création. Parmi elles, POCRAMé qui a développé un dispositif de diagnostic rapide des maladies contagieuses embarqué sur les bateaux. Un outil qui a séduit le groupe CMA CGM. Autre incubée : Biosqual qui a développé et breveté une famille de produits analogues à la squalamine, molécule produite par les requins et dotée d'un puissant pouvoir antibactérien. Des entreprises qui pourront être source de revenus pour l'IHU qui en détient 5%. "Il est difficile de passer d'une invention en laboratoire à un produit. Les premières étapes se font ici, avec ces petites entreprises, en espérant que de plus grosses les rachètent ensuite".

Une source de revenus parmi d'autres, alors que l'IHU a dégagé en 2017 un bénéfice de 11 millions d'euros pour le CHU. Une rentabilité que Didier Raoult explique, côté dépenses, par "des diagnostics rapides et des délais d'hospitalisation faibles" et côté recettes par le fait que "20 % de ce qui est affecté à l'AP-HM pour la recherche l'est grâce à nous". "Nous sommes une source financière colossale pour l'Assistance publique même si nous n'en tirons pas de bénéfices" du fait de la situation délicate de l'AP-HM. L'Institut, qui assure avoir atteint l'équilibre budgétaire en 2018, compte en outre sur des appels à projet pour financer ses activités des cinq prochaines années. D'autant que l'ambition est d'aller vers une plus grande autonomie, jusqu'à rêver "d'avoir un jour un budget annexe ou de fonctionner comme les centres anticancéreux".

Poursuivre la "course aux armements technologiques"

En attendant, l'IHU veut poursuivre, avec le soutien des collectivités locales et de l'Europe (via le Feder), sa "course aux armements technologiques". Déjà équipé depuis 2016 d'un bâtiment de 27 000 m² avec 75 lits et 25 autres en cas de pathologies hautement contagieuses, d'un laboratoire sécurisé de 1600 m²  ou encore d'un imposant insectarium ; Didier Raoult veut aller plus loin, avec prochainement "des congélateurs monstrueux pour conserver notre collection de microbes, pour un montant de quatre millions d'euros". L'idée étant de "pouvoir tout faire par nous-mêmes".

Quant à la recherche, le directeur annonce "ouvrir quelque chose sur les problèmes de fatigue suite à la piqûre du moustique tigre". Un symptôme souvent jugé d'origine psychologique mais qui aurait une explication concrète au niveau du métabolisme du cerveau.

Pour le reste, "tous les jours, des portes s'ouvrent dans de nouveaux domaines. Tout le monde microbien vient d'être découvert, personne n'en connaît les effets". Les technologies peuvent également offrir de nouveaux horizons, à l'instar du "microscope électronique. Car chaque nouvel outil nous apprend à regarder autrement les choses".

Maëva Gardet-Pizzo

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