Le marché des super-absorbants bénéficie d’un fort potentiel d’avenir, que ce soit dans le secteur de l’hygiène (couche-culotte notamment), de la cosmétique mais aussi de l’agriculture. Il doit néanmoins faire sa transition écologique et sortir des polymères pétro-sourcés. La startup montpelliéraine Biomanity a mis au point une alternative biosourcée et biodégradable.La production de couches jetables en France est de 3,5 milliards par an, selon le site Planetoscope. Ce qui représenterait 351.000 tonnes de déchets. Quant au marché mondial des couches pour bébés, il était d'environ 46 milliards de dollars en 2022.
«Le marché mondial des super-absorbants représente 10 milliards de dollars dont 8 milliards pour le seul marché de l'hygiène, principalement celui de la couche-culotte,précise Bernard Gainnier, ex-président de PwC France et Maghreb, cofondateur et CEO de la startup montpelliéraine de la chimie Biomanity.Mais ce sont des produits qui utilisent des super-absorbants pétrosourcés et qui mettent 450 ans à se dégrader ! Nous avons lancé en 2022 un programme de collaboration avec l'École Nationale Supérieure de Chimie de Montpellier en vue de développer un super-absorbant innovant, biosourcé et biodégradable. »
La startup a ainsi mis au point un polymère super-absorbant constitué de chitosan, une molécule issue des carapaces de crevettes et de crabes, de la cuticule de larves d'insectes (exosquelette qui sert d'interface avec l'environnement), ou encore de champignons. Bernard Gainnier souligne que « le chitosan est connu puisqu'il est, après la cellulose, la deuxième source de biomasse dans le monde, mais il est encore peu valorisé ». Transformé, le chitosan prend la forme d'une poudre agissant comme une éponge, puis d'un gel une fois gonflée d'eau.
En discussion avec L'Oréal
L'innovation de Biomanity tombe à pic, à un moment où les réglementations, notamment en Europe, sont de plus en plus restrictives à l'égard des produits non biosourcés. De nombreux industriels cherchent ainsi aujourd'hui à se désolidariser des usages de polymères provoquant des déchets plastiques.
« Les perspectives de marché sont considérables mais nous devons encore travailler sur la vitesse d'absorption de notre produit, notamment pour la couche-culotte où elle doit être très rapide, c'est-à-dire absorber 15 centilitres en 30 secondes,indique le CEO de Biomanity.Pour le marché de la cosmétique, notre produit est un agent gélifiant qui offre une alternative aux excipients pétrochimiques qui seront bientôt interdits. Nous sommes en discussion avec L'Oréal sur ce sujet. »
Mais l'un des marchés les plus prometteurs, c'est l'agriculture. La super-absorption biosourcée et biodégradable pourrait apporter une solutions aux problèmes d'eau et de fertilisants qui sont une source importante de pollution : « Avec notre procédé, l'eau et des fertilisants écologiques peuvent être encapsulés et relâchés de façon progressive dans les sols. Cela peut intéresser tout type de cultures. Nous l'avons testé en plein champ sur du maïs non irrigué en Bourgogne, avec un rendement supérieur de 170%. Ses performances sont semblables à celles des polymères super-absorbants pétrosourcés, c'est-à-dire qu'un gramme permet d'absorber 100 à 500 centilitres ».