Des nanocorps conçus à partir d’anticorps de lamas viennent de démontrer leur capacité à franchir la barrière hémato-encéphalique pour atteindre le cerveau et cibler un récepteur clé impliqué dans la schizophrénie.Quel est le lien entre la schizophrénie et les lamas ? Les anticorps de ce camélidé pourraient bien être une nouvelle piste thérapeutique sérieuse contre cette maladie mentale qui touche aujourd'hui 1 % de la population mondiale. C'est une équipe de scientifiques de l'Institut de génomique fonctionnelle (CNRS/Inserm/Université de Montpellier) et du Centre de recherche en cancérologie de Marseille (Aix-Marseille Université/CNRS/Inserm/Institut Paoli Calmettes) qui le dit. Une promesse qui repose sur les résultats de leurs travaux, coordonnés par Jean-Philippe Pin, Julie Kniazeff ET Philippe Rondard, et publiés fin juillet dans la revue Nature.
Neurobiologiste basé à Montpellier, Jean-Philippe Pin explique à La Tribune que le lama est un animal qui a déjà été identifié par la recherche en santé humaine : « À l'origine, il y a une découverte fortuite, en 1989, d'une équipe scientifique belge qui avait besoin d'analyser des échantillons de sang avec des étudiants et, ne disposant pas de sang humain, a sorti du sang de dromadaire. Ils ont vu que cet animal possédait des anticorps plus petits et que c'était le cas chez tous les camélidés. De plus, ces anticorps sont constitués d'une seule chaîne peptidique, que l'on peut produire plus simplement ».
Suite à cette découverte, une entreprise a même été créée, Ablynx, rachetée en 2018 par le géant pharmaceutique français Sanofi, pour la modique somme de 3,9 milliards d'euros. Un premier anticorps a été mis sur le marché par Sanofi pour bloquer la coagulation sanguine dans des cas rares de thrombose, et un deuxième médicament a été lancé sur le marché japonais pour traiter la polyarthrite rhumatoïde.
Franchir la barrière biologique du cerveau
Jean-Philippe Pin estime que « le potentiel médicament est énorme ». Jusqu'à il y a peu, les cibles étaient les maladies cardiovasculaires ou les cancers « mais on pensait que ces anticorps ne rentraient pas dans le cerveau, or notre étude est une preuve de concept pour cibler des pathologies neurologiques ».