L'Autriche, le maillon faible de l'Union

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Romaric Godin,à Francfort Parmi tous les pays de l'Union, l'Autriche se retrouve en première ligne face à la crise des pays de l'Est. S'appuyant sur son ancienne arrière-cour, elle s'est transformée, ces vingt dernières années, en poids lourd financier dans la région. Les banques ont mené la danse. Au point que leurs actifs en Europe orientale représentent 63 % du PIB autrichien, soit plus de 200 milliards d'euros, selon Goldman Sachs. La stratégie des établissements consistant à accompagner la « financiarisation » de ces pays, leurs investissements se sont progressivement étendus - et sont devenus plus risqués. Bank Austria est ainsi leader en Bulgarie, tandis que la filiale de la banque mutualiste Raiffeisen occupe la deuxième place en Ukraine et la troisième en Biélorussie. Des pays jugés aujourd'hui très fragiles. Alors quand l'agence de notation Moody's tire la sirène d'alarme, comme elle l'a fait le 12 février, c'est la panique. La prime de risque des banques autrichiennes explose. Elle double même pratiquement pour Raiffeisen et Erste Bank.quatre crans plus basMais l'alerte engendre aussi des doutes sur la qualité du crédit de l'État autrichien lui-même. La différence de rendements des obligations à 10 ans avec l'équivalent allemand atteint des niveaux record (plus de 100 points de base) et, malgré la notation AAA du pays, cette prime de risque s'est rapprochée de celle de l'Italie, pourtant notée quatre crans plus bas ! La crainte est celle d'un scénario « à l'islandaise » : des banques incapables de faire face à leurs engagements et un État dépassé par le montant des sommes à injecter pour les sauver. « Il existe un risque potentiel élevé sur les actifs des banques autrichiennes », souligne Thomas Url, de l'institut économique Wifo, à Vienne. L'économiste estime que, dans un scénario noir, un tiers des actifs pourrait être à déprécier. « L'État devra alors injecter du capital dans les banques ou créer une ?bad bank?», analyse-t-il. Mais le budget fédéral autrichien, de 70 milliards d'euros, y suffira-t-il, alors qu'un effondrement à l'Est aurait des conséquences sévères sur l'économie du pays et donc sur les rentrées fiscales ? Sur les marchés, on en doute. Même si, comme le note un observateur allemand, en cas de difficultés, l'Union européenne soutiendrait le pays pour ne pas provoquer d'effets domino dans toute la zone euro.Beaucoup ne croient pourtant pas à un tel scénario. Chez Goldman Sachs, on souligne ainsi que même dans les hypothèses les plus sombres, le crédit de l'Autriche ne sera pas en danger. L'analyste de S&P, Alois Strasser, rappelle, lui, que « bien que l'exposition à l'Europe de l'Est de l'Autriche soit globalement plus élevée que la moyenne européenne, il faut se souvenir que ce marché n'est pas homogène. Il convient donc d'observer comment chaque pays pourra surmonter la crise ». Pour le moment, l'agence, comme son rival Moody's, réaffirme le triple A autrichien et sa perspective stable. Une note qui prend déjà en compte des injections de capitaux « relativement élevées » dans les banques.

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