L'électrochoc General Motors

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Les conservateurs américains trouvent Barack Obama trop? français. Trop interventionniste, en un mot. En se portant au secours de Wall Street, le président américain s'était déjà inscrit en rupture avec des décennies de pratique économique outre-Atlantique. Mais il ne faisait alors que reprendre, dans l'urgence et un certain tâtonnement, la politique de son prédécesseur, George W. Bush. Avec General Motors, le doute n'est plus possible. L'implication de la nouvelle administration est totale et Barak Obama a délibérément choisi de l'assumer, hier, en présentant, lui-même à la télévision, le plan de sauvetage de l'industrie automobile américaine. C'est Washington qui a désigné l'ex-banquier, Steve Rattner, pour en piloter la restructuration. C'est Washington encore qui a poussé dehors l'ex-PDG de General Motors, Rick Wagoner, coupable d'indocilité et choisi un successeur à sa main, Fritz Henderson. Le plan élaboré par ces nouvelles équipes est à la mesure de ce qu'a été GM. Quatre marques sauvées (Cadillac, Chevrolet?), neuf vendues ou abandonnées (Opel, Saab, Pontiac?), des effectifs (100.000 salariés) divisés par deux, quatorze sites industriels fermés. En redessinant GM, Obama remodèle une entreprise centenaire qui fut après-guerre, par ses voitures, le symbole de l'american way of life et, par ses syndicats et son rôle dans le système américain de retraite, l'incarnation de son contrat social. Et cette mue se fera sous la houlette directe de l'administration, puisque l'État détiendra 60 % du groupe ainsi refondé. Non seulement Barack Obama met en place une politique industrielle sectorielle à la française, mais il ne recule pas non plus devant une nationalisation ? fût-elle temporaire. C'est plus qu'un virage. C'est une rupture. Le président américain montre, comme il l'a fait au Proche-Orient dans ses exigences à l'égard d'Israël, qu'il est capable de choix tranchés. Et qu'il peut aller à rebrousse-poil du discours dominant et se montrer plus hardi, plus radical d'une certaine façon, dans sa politique que les Européens. Il fait plus sur GM que Nicolas Sarkozy avec Alstom. Et il s'offre même le luxe de prendre le contre-pied d'un pays aussi traditionnellement social-démocrate que la Suède, qui semble abandonner le petit constructeur Saab à son sort. « Ce qui est bon pour General Motors est bon pour l'Amérique », aurait déclaré l'un de ses anciens PDG, Charlie Wilson, en 1955. Si Barack Obama réussit, gageons que l'Amérique lui en saura gré. pagay@latribune.fr Pierre-angel gay

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