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La lente marche de l'Europe vers une défense commune

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Publié le 19 mai 2009 à 23:38 - Mis à jour le 19 mai 2009 à 23:38

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C'était le 15 mars. Écrasés sous le soleil du désert, les soldats bien alignés de l'Eufor, la « force européenne » en mission au Tchad, se livrent à un étrange cérémonial. Dès l'ordre hurlé, ils troquent leur ancien béret aux couleurs nationales (France, Royaume-Uni, Irlande, Suède, Pologne, etc.) pour celui, bleu ciel, des forces de paix des Nations unies. Nous sommes dans le camp des « étoiles », non loin d'Abéché, au nord-est du pays. C'est ici, à 400 kilomètres de la frontière avec le Soudan, que l'Eufor a concentré une partie de ses 3.300 hommes dans le cadre du mandat qui lui a été confié par l'ONU il y a plus d'un an. Sa mission ? Protéger les 250.000 réfugiés venus du Darfour voisin pour échapper au régime arbitraire d'Omar el-Béchir, mais aussi les 180.000 déplacés tchadiens qui ont dû fuir les violences frontalières perpétrées par les bandes incontrôlables et les opposants au régime du président tchadien, Idriss Déby. Au cours de ces dernières heures, les autorités tchadiennes ont encore affirmé que «plusieurs centaines de véhicules» rebelles avaient fait mouvement à partir du Soudan voisin.Pour l'Europe, l'opération tchadienne marque un nouveau pas dans sa difficile marche vers une défense commune. Plus de vingt États membres de l'Union ont rejoint les forces de l'Eufor. « Certains effectuaient pour la première fois ce genre d'opération en Afrique centrale », rappelait Bernard Kouchner aux journalistes qui l'accompagnaient lors de son déplacement au Tchad, le 15 mars. Le ministre des Affaires étrangères s'était félicité, à cette occasion, de voir que « l'Europe de la défense avance ».Car si l'Eufor laisse le commandement des opérations à l'ONU, c'est parce que sa mission, prévue pour durer douze mois, a abouti. Comme le soulignait l'autre hôte des Tchadiens, Alain Leroy, secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix à l'ONU : « il ne s'agit plus seulement de sécuriser un territoire mais d'assurer « la protection des civils, le renforcement de l'état de droit, les droits de l'homme et des institutions, notamment judiciaires ». Porté par les puissants haut-parleurs disposés dans le camp des « étoiles », son discours a retenti comme un appel solennel à une plus forte présence de l'Europe sur les points chauds du monde : « On peut mettre à profit la complémentarité entre l'Europe, capable d'intervenir rapidement sur un lieu de crise mais de façon temporaire, et l'ONU, qui n'a pas cette rapidité mais peut déployer des troupes plus longtemps. »nouvelles perspectivesUn ambitieux programme que la victoire de Barack Obama a remis à l'ordre du jour. « L'Amérique ne peut se confronter aux défis de ce siècle toute seule comme l'Europe ne peut s'y confronter sans l'Amérique. C'est ensemble que nous devons trouver des solutions communes à nos problèmes communs », déclarait le 3 avril le nouveau président américain du haut de la tribune du sommet de l'Otan à Strasbourg. Un virage ? En 1998, Jacques Chirac et Tony Blair ont tenté de ressusciter à Saint-Malo l'idée d'une Europe de la défense « autonome » qui sera plus tard baptisée politique européenne de sécurité et de défense (Pesd). Cette ambition avait failli s'imposer moins d'un demi-siècle plus tôt avec le projet de Communauté européenne de défense (CED), passé aux oubliettes de l'histoire en 1954. Mais depuis la fin de la Guerre froide et le renouvellement de la cartographie des foyers de tension par les états-majors, les initiatives européennes en matière de défense sont analysées avec soin par les États-Unis, que toute forme de concurrence avec l'Otan inquiète. Les premières opérations militaires européennes, au début de la décennie 1990, étaient perçues comme un signe d'émancipation de l'Europe par rapport à l'Alliance atlantique et pouvaient nécessiter un feu vert de Washington. Sous l'ère Bush fils, la Pesd était tout simplement « suspecte ». Au sein de l'Union, la Grande-Bretagne faisait écho à ces inquiétudes, encline à borner les ambitions européennes au nom du principe de non-duplication avec les moyens de l'Otan. Mais le changement d'administration à la Maison-Blanche ouvre de nouvelles perspectives. « Nous soutenons une forte défense européenne », a affirmé Barack Obama à Strasbourg. Et l'annonce de la réintégration de la France au sein du commandement de l'Otan, début avril, ne peut que « décrisper » encore davantage le dialogue transatlantique, juge un ancien conseiller diplomatique et de sécurité auprès d'Helmut Schmidt, Joachim Bitterlich. Cet expert estime même que « les conditions d'une percée politique au plus haut niveau attendue depuis tant d'années semblent réunies » en matière de défense et de sécurité européennes.Dans le domaine clé de l'industrie de la défense, Paris soutient l'idée d'une coopération européenne, qu'il s'agisse du futur avion de transport A400M, de l'interopérabilité aéronavale ou de la relance d'une politique spatiale et de l'armement. Mais ces bonnes dispositions seront-elles suffisantes ? L'Europe est encore loin d'être en mesure de défendre ses intérêts avec ses seuls armements « made in Europe ». Les « déficiences » du fonctionnement de la défense européenne demeurent nombreuses, estime Camille Grand, directeur de la fondation pour la recherche stratégique. L'Agence européenne de défense (AED), qui devait constituer une véritable agence des capacités et de l'armement, tarde à porter ses fruits. Sur les 2 millions de soldats que comptent les différents corps d'armée européens, à peine 3 % ? environ 60.000 hommes ? sont effectivement engagés dans des opérations. Non seulement le budget consacré à la défense européenne est limité mais il porte encore trop la marque de la Guerre froide et de la priorité accordée à la protection du territoire. L'Europe ne prend pas assez en compte la nécessité d'acquérir des moyens adaptés aux missions de projection de plus en plus nombreuses. En outre les programmes développés en commun sont encore trop souvent le parent pauvre de la défense des Vingt-Sept. La Pesd devrait encore relever bien des défis. Il lui faut définir des objectifs prioritaires sur la base d'une stratégie de sécurité commune, se doter d'un centre permanent de planification de ses opérations militaires, mobiliser des unités communes, mettre en ?uvre une politique de l'armement, industrielle et de la recherche dont les acquis (EADS, Thales, MBDA, Augusta Westland) ne sont que les prémices. nL'Europe est encore loin d'être en mesure de défendre ses intérêts avec ses seuls armements « made in Europe ».adam berry/bloomberg

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