La croissance chute, les déficits dérapent

L'annonce était d'importance et pourtant ils n'étaient qu'une trentaine de sénateurs hier pour l'entendre. Christine Lagardeest venue dire ce dont tout le monde se doutait : les prévisions économiques qui fondaient le budget sont caduques. Le gouvernement table désormais sur une hausse du PIB en 2009 comprise entre 0,2% et 0,5%, au lieu de 1%. Le gouvernement revoit aussi ses prévisions d'inflation (1,5% en 2009 au lieu de 2%) et son hypothèse sur la parité entre l'euro et le dollar. Bien que favorables, ces deux derniers éléments ne sont pas suffisants pour compenser l'impact de la crise. D'où une révision de la prévision de croissance qualifiée de « responsable, exceptionnelle comme la situation l'exige, mais lucide », par la ministre de l'économie. Exceptionnelle, cette révison l'est à deux titres. Jamais un gouvernement en France n'avait retenu une prévision aussi basse et jamais des hypothèses macroéconomiques n'avaient ainsi été réajustées moins de deux mois après la présentation du budget. Cet effort de transparence « était indispensable  » pour Christine Lagarde car nombre de nos partenaires européens s'y sont déjà résolus. Cette nouvelle prévision est-elle lucide ? En cette période de très fortes incertitudes, l'exercice de la prévision est un art encore moins maîtrisable qu'à l'accoutumée. Néanmoins, les prévisions françaises restent plus optimistes que celles de la commission européenne ou du Fonds monétaire international.Le FMI prévoit désormais pour la France une contraction de 0,3% du PIB l'an prochain. Consciente de ces écarts, Christine Lagarde revendique l'exception française. « Il faut bien réfléchir avant de suivre certains instituts de sondages dans leur course effrénée à la révision des hypothèses de croissance, avec des estimations modifiées toutes les semaines et dans de grandes proportions ». Autrement dit, le risque est grand, en surestimant l'impact des évènements actuels, d'ajouter de la crise à la crise. La révision de la prévision de croissance s'accompagne de nouvelles estimations de déficits. Ainsi pour 2008, Eric Woerth a indiqué que le solde public serait de 2,9% du PIB (au lieu de 2,7% attendu). La barre des 3% serait dépassée l'an prochain, à 3,1% du PIB. Il ne s'agit nullement de s'affranchir du pacte de stabilité et de croissance » assure le ministre du Budget. Pour 2010, le déficit devrait revenir 2,7% du PIB avec une croissance de 2%. La France n'honorera donc pas le rendez-vous d'un retour à l'équilibre des finances publiques en 2012 puisque le projet de loi de programmation des finances publiques table sur un déficit de 1,2% du PIB à cet horizon. Avec cette trajectoire, qui ne sort des clous de Maastricht que brièvement en 2009, Paris espère éviter les foudres de Bruxelles et l'ouverture d'une procédure pour déficit excessif.révision du solde publicQuant à la dette, elle représentera à la fin de cette année 66,2% du PIB, grimpera jusqu'à 68,1% en 2010 pour ensuite refluer et atteindre les 65,6% en 2012. Le gouvernement explique que cette programmation intègre « l'impact sur la dette publique de l'activité de la société de prises de participation de l'État dans le cadre du plan de soutien au financement de l'économie ». Cette dégradation du solde public tient aux conséquences de la crise sur les rentrées fiscales et sociales. éric Woerth a indiqué hier qu'en 2008, les recettes de l'état seraient inférieures de 2 milliards d'euros par rapport aux estimations fournies en septembre, soit 7 milliards de moins par rapport au budget initial. Désormais, le gouvernement estime que le déficit budgétaire ressortira cette année à 51,4 milliards d'euros. Le dérapage de deux milliards résultent de moins-values sur les recettes d'impôt sur les sociétés et sur la TVA. Pour 2009, le ministre des comptes publics s'attend à « une révision du solde public d'environ 9 milliards d'euros » et ce malgré l'impact positif du ralentissement de l'inflation sur les intérets de la dette (1,2 milliard) et sur les charges de pensions (150 millions). Pour le seul budget de l'état le déficit prévu se creuse à 57,6 milliards d'euros au lieu de 52,2 milliards. Le déficit du régime général de la sécurité sociale s'amplifiera également (voir ci-contre). Sur le front des dépenses, le gouvernement indique maintenir le cap du « zéro volume ». Les dépenses de l'état ne progresseront donc pas plus vite que l'inflation révisée à 1,5% l'an prochain. A une exception près, les fonds de concours aux collectivités qui augmenteront de 2%. Une bouffée d'oxygène de 275 millions d'euros pour les collectivités locales.La révision de la prévision de croissance est qualifiée de responsable, exceptionnelle comme la situation l'exige, mais lucide.

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