Les investisseurs trouvent refuge sur le marché de la dette souveraine

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Une action qui fait pschitt... Malgré son caractère historique - la dernière remonte à septembre 2001 - et spectaculaire - le taux directeur moyen est passé de 2,95 à 2,55 % dans les pays du G7 -, la baisse des taux concertée par les banques centrales n'a pas inversé le mouvement de fuite vers la qualité. Bien au contraire. Jour après jour celui-ci prend de l'ampleur. Les opérateurs se détournent des actifs risqués pour se réfugier sur le marché de la dette souveraine. En dépit des plans de sauvetage colossaux mis en place de part et d'autre de l'Atlantique et de l'hypothèque que ceux-ci font peser sur les déficits budgétaires, les emprunts d'État, en particulier ceux aux échéances les plus courtes, sont plébiscités par les investisseurs. " Peu sensibles, très liquides et très bien notés, les bons du Trésor à court terme s'arrachent ", constate René Defossez, stratégiste de marché chez Natixis.Les rendements (ils évoluent en sens inverse des prix : quand la demande pour une obligation augmente, son rendement baisse) des bons de Trésor à 3 mois sont ainsi passés sous 1 % aux États-Unis. En France, les adjudications de BTF (les bons du Trésor à taux fixe et à intérêt précompté) ont rarement été aussi courues. Lundi dernier, l'émission hebdomadaire de BTF à 3 mois a attiré une demande quatre fois supérieure au volume de titres finalement alloué. Les titres nouvellement émis n'offraient alors plus qu'un rendement de 2,79 %, contre 3,42 % la semaine précédente et 4,19 % deux semaines avant." Les BTF attirent les trésoriers d'entreprise et les fonds monétaires qui se détournent des certificats de dépôt bancaires, ainsi que les investisseurs américains ou les fonds souverains qui cherchent une rémunération supérieure à celle des T bills ", indique un opérateur de marché. Cet engouement s'explique également par la profondeur du marché français des bons du Trésor. Il revendique un encours global de quelque 100 milliards d'euros, contre environ 40 milliards d'euros pour le marché des Bubills allemands.SCEPTICISME DES OPERATEURSAux États-Unis, la situation est telle qu'hier le Trésor américain a cherché à répondre à la " pénurie " de titres souverains en émettant dans l'urgence 50 milliards de dollars de dette, dont 40 milliards à très court terme et 10 milliards à 10 ans. Résultat : dans l'après-midi, le rendement du T note à 10 ans regagnait plus de 30 points de base.En fait la décision des six banques centrales de baisser leurs taux de façon coordonnée ressemble à un geste désespéré, ce qui explique peut-être le scepticisme des opérateurs de marché. Quelques heures après la baisse de taux de la BCE, le taux interbancaire à 3 mois de la zone euro n'affichait qu'une baisse de 5 points de base (1 point de base = 0,01 %) à 5,30 %.Depuis plus d'un an les banques centrales abreuvent les marchés monétaires de liquidités. Ces derniers jours, les autorités américaines et européennes ont annoncé toute une série de mesures qui se voulaient décisives. Aux États-Unis en particulier, le plan Paulson de 700 milliards de dollars a été voté par la Chambre des représentants le vendredi 3 octobre et la Réserve fédérale a décidé le 7 octobre de créer un nouveau programme afin de limiter les tensions sur le marché des billets de trésorerie et de soutenir le crédit aux entreprises. En vain. La crise ne cesse de s'aggraver et chacun sait qu'il faudra des mois voire des années au système financier pour s'en remettre.Pourtant, à l'unisson, les stratégistes de marché estiment que ces baisses de taux vont donner une bouffée d'oxygène aux banques. " Il s'agit d'une bonne nouvelle car, à moyen terme, les banques vont pouvoir se refaire une santé via leur activité de transformation traditionnelle : elles pourront emprunter à court terme à un faible coût et prêter plus cher à long terme ", explique René Defossez. Un retour aux valeurs sûres...

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