La menace sur les récoltes fait frissonner le monde des matières premières

L'alerte est venue du sucre. Dans le milieu des matières premières, chacun savait que le dérèglement de la filière en Inde risquait de poser problème cette année. Mais les caprices de la mousson, arrivée très en retard dans les États du nord du sous-continent, ont dramatiquement accentué le problème. Le second producteur mondial pourrait voir sa récolte reculer de 44 %, à 14,7 millions de tonnes. Ce qui devrait conduire tout droit à une nouvelle année de déficit, alors que les stocks de sucre ne couvrent que trois mois de consommation. Bilan : les cours du sucre caracolent vers leurs sommets, avec un gain de 80 % depuis le début de l'année.« Alors que les marchés sont déjà très nerveux sur les matières premières, la peur d'El Niño est de nature à créer un emballement supplémentaire », juge William Adjadj, trader de matières premières tropicales chez Sucden.À année El Niño, récoltes à risque, rappellent certains intervenants. Car l'épisode 1997-1998 avait eu des conséquences sévères sur certaines denrées : récoltes de blé très faibles pour cause de sécheresse en Australie et feux de forêt en Indonésie avaient affecté les cours de la céréale, et surtout de l'huile de palme, qui avait vu ses prix tripler. Détrempés, les plants de café brésilien avaient peu donné, et le sac de café avait vu son prix doubler.Mais El Niño se traduit parfois par « enfant terrible » : ses impacts sont difficiles à prévoir. Ainsi la Deutsche Bank estime que la récolte de blé australienne pourrait reculer de 25 % cette année, si le phénomène se confirme dans sa version « faible ». « Le phénomène est difficile à prévoir avec précision, mais il est certain qu'il y aura des épisodes de sécheresse en Asie, et d'inondations en Amérique latine », assure Jean-Pierre Céron chez Météo France.Faiblesse des stocksQuelques matières premières semblent toutefois plus exposées que d'autres cette année : celles qui étaient déjà sur une tendance haussière en raison de la faiblesse de leurs stocks.À commencer par le couple huile de palme-soja. La récolte de soja a été très décevante début 2009 en Amérique latine, ce qui pose problème aux filières bovines et avicoles. En raison de sa forte teneur en protéines, le soja ne peut être remplacé par d'autres plantes fourragères dans le régime des animaux d'élevage. Les cours du soja ont donc grimpé de près de 6 % depuis le début de l'année. Et la demande d'huile de soja s'est reportée sur l'huile de palme, principalement produite en Indonésie et en Malaisie. « En 2009-2010, on risque d'avoir une concordance de faibles récoltes sur les deux origines d'huiles », s'inquiète un trader. Le soja se récolte en effet en octobre-novembre au Brésil et en Argentine, des mois durant lesquels El Niño risque d'être très prononcé, avec de fortes pluies peu propices aux moissons. Voire des inondations : la Bourse argentine des céréales (Buenos Aires Cereals Exchange) a d'ailleurs prévenu ses membres, début août, du risque d'inondations. Les fortes pluies pourraient raviner sur le sol desséché par la plus forte sécheresse qu'ait connue le pays depuis soixante-dix ans. Parmi les autres produits exposés, le cacao fait figure de candidat idéal à l'effet El Niño, selon Barclays Capital. La saison 2008-2009 s'est déjà soldée par un déficit de fèves de l'ordre de 164.000 tonnes, censé se réduire à 100.000 tonnes pour la campagne 2009-2010. Mais les dérèglements climatiques pourrait aggraver le déséquilibre entre offre et demande. En plus des risques de sécheresse pour les plantations indonésiennes et ivoiriennes, El Niño risque de favoriser le développement de parasites auxquels les cacaoyers sont très sensibles. D'autant que les cacaoyers de Côte d'Ivoire, souvent plantés il y a une trentaine d'années, sont en fin de vie ? et donc plus fragiles. Aline Robert

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