energie : une partie de poker s'engage entre les Vingt-Sept et Moscou

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Les Européens auraient aimé pouvoir chanter aux Russes l'air du « Je te tiens, tu me tiens? ». Ils auraient aimé leur faire admettre qu'ils sont aussi dépendants d'eux pour écouler leur gaz, qu'eux-mêmes sont dépendants des Russes pour faire tourner leurs usines. Et ils le leur feront entendre vendredi à Nice, lors du premier sommet UE-Russie depuis la guerre en Géorgie. La présidence française tentera d'imposer l'idée que la stratégie européenne de sécurité énergétique passe par un partenariat à Vingt-Sept avec la Russie. Mais les Européens savent bien que cette interdépendance objective entre client et fournisseur ne soutient pas ou pas encore un équilibre stable. Leurs relations avec Moscou tiennent moins des jeux des cours de récréation que de la partie de poker. La donne de départ est très simple : les Vingt-Sept importent 33 % de leur pétrole et 42 % de leur gaz de Russie. C'est environ deux fois plus que la Norvège, le deuxième fournisseur de l'Union. Cette part est appelée à croître fortement et, qui plus est, Moscou a fait de ses ressources énergétiques une arme diplomatique au service de la reconquête de sa grandeur perdue.Après le coup de semonce de la guerre d'août en Géorgie, les Européens devront avoir les nerfs solides s'ils veulent améliorer leur jeu. La présentation demain par la Commission européenne d'un programme sur la sécurité d'approvisionnement, qui vise à réduire la dépendance vis-à-vis de la Russie, peut se lire comme un message limpide pour Moscou. La visite, la semaine dernière en Turquie et en Azerbaïdjan, du commissaire européen à l'Énergie, Andris Piebalgs, également. Le commissaire letton est allé négocier les conditions de transit du projet de pipeline Nabucco qui doit relier vers 2015 le Caucase à l'Autriche à travers l'Anatolie et les Balkans orientaux. Il est rentré avec la promesse d'un accord formel en janvier 2009.Nabucco est le seul projet de routes d'approvisionnement qui donnerait accès aux Européens aux ressources de la Caspienne et de l'Asie centrale sans passer par la Russie. Alors que l'Italie, l'Espagne ou la France ont pu diversifier leurs fournitures grâce à l'Afrique, l'Europe centrale est accrochée au robinet russe. South Stream et North Stream, deux projets de pipelines passant sous la mer Noire et sous la Baltique, n'y changeront rien puisqu'ils traversent la Russie.plusieurs options« Il était plus que temps que la Commission prenne l'initiative » d'un tel voyage, estime l'eurodéputé autrichien Hannes Swoboda. Fin août, pour de nombreux observateurs, l'option caucasienne incarnée par Nabucco était considérée comme morte. Les Russes venaient de délimiter « leur domaine d'influence », comme l'expliqua le ministre russe de l'Énergie Viktor Khristenko à l'eurodéputé autrichien en visite à Moscou. Les grandes compagnies pétrolières n'investiraient pas.En réalité, Ilham Aliev, le président azéri, convoité de toutes parts, ménage toutes les options. Et surtout, le gaz azéri est presque secondaire au regard des ressources situées plus à l'est, en Asie centrale, et au sud, vers l'Irak et l'Iran. Nabucco prévoit un tracé alternatif qui contourne le Caucase par le sud. Au Moyen-Orient, les Européens vont toutefois se heurter à un autre « Grand Frère » : les États-Unis qui misent sur les sanctions commerciales pour faire plier Téhéran sur le dossier nucléaire. En attendant d'entrer dans le grand jeu moyen-oriental, les Européens devront résoudre leurs différences d'opinion sur la Russie, lesquelles, écrit Coby van der Linde, directrice du Clingendael International Energy Programme, restent « la pierre d'achoppement de toute politique énergétique commune ».Legende photo

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