L'État insuffle aux banques une bouffée d'oxygène attendue
La Tribune
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Une affaire rondement menée. Moins de deux mois après avoir dévoilé son plan de soutien aux banques françaises, menacées d'asphyxie par le blocage du marché interbancaire, l'État leur a insufflé hier la bouffée d'oxygène salutaire attendue.Il a souscrit auprès de six d'entre elles pour 10,5 milliards d'euros de titres supersubordonnés à travers la Société de prise de participations de l'État (SPPE), une entité publique créée pour l'occasion. Destinée à relever de 0,5 point le ratio de solvabilité des établissements concernés, afin de leur donner les moyens de continuer à prêter, cette intervention d'urgence a été bouclée malgré la réticence initiale des banquiers, peu enclins à prêter le flanc à la méfiance des marchés, et les objections de Bruxelles, qui craignait des distorsions de concurrence.rendement de 7 % à 9,3 %La France et la commissaire européenne à la Concurrence, Neelie Kroes, sont tombés d'accord lundi dernier sur un schéma permettant de réaliser l'injection de fonds prévue sans avantager les banques françaises, alors que leurs concurrentes ont dû accorder des rendements très élevés (12 % dans le cas de Barclays) pour lever des fonds propres auprès d'investisseurs privés. Renonçant au taux plancher de 10 % qu'elle avait d'abord exigé, la gardienne du temple de la concurrence a finalement consenti à une rémunération qui tient compte du profil de risque de chaque établissement. La formule retenue, qui aboutit à un rendement compris entre 7 % et 9,3 %, avantagera donc les bons élèves. Ainsi BNP Paribas, qui dispose de la signature la plus solide, a-t-elle annoncé hier qu'elle verserait un coupon annuel de 7,75 %.Outre le niveau de rémunération des capitaux mis à disposition par l'État, Bruxelles souhaitait que les banques soient incitées à sortir du mécanisme de financement par l'État le plus tôt possible. Le dispositif prévoit donc un prix croissant pour le rachat des titres par les banques, qui peut intervenir dès la première année si la Commission bancaire y consent. La majoration sera de 1 % dès la deuxième année suivant la souscription, puis s'alourdira de 2 points chaque année, pour culminer au taux très dissuasif de 11 % au-delà du sixième anniversaire.En attendant, une question est désormais posée : l'État va-t-il devoir débloquer une seconde tranche de 10,5 milliards, pour laquelle Bruxelles a d'ores et déjà donné son accord. Nicolas Sarkozy a déclaré lundi avoir demandé à Bercy d'engager sans délais des discussions avec les réseaux. Si les banques restent discrètes sur le sujet, nombre d'analystes estiment qu'elles pourraient bientôt avoir à nouveau besoin de capitaux. D'autant qu'elles continuent au demeurant à prêter : en octobre, les six banques bénéficiaires des fonds publics étaient largement en avance sur leurs engagements, qui prévoient une croissance de 3 % à 4 % de l'encours global, puisqu'elles affichaient un encours combiné en hausse de 9,5 % sur un an. Par ailleurs, l'arrêté des comptes ne manquera pas de donner lieu à de nouvelles dépréciations d'actifs, dont une bonne partie viendra mécaniquement réduire les fonds propres des banques. n
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