L'Europe adopte un plan anticrise historique

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Avec l'ampleur prise par la crise, l'Europe ne pouvait pas une nouvelle fois prendre le risque de décevoir les attentes des marchés financiers fortement malmenés depuis plusieurs semaines. Hier, les quinze pays partageant l'euro (Eurogroupe), réunis en urgence à Paris, ont pris la décision historique d'agir de façon coordonnée en se dotant d'un cadre commun afin demettre un terme auxmesures désordonnées appliquées par certains pays ces derniers jours et ainsi restaurer la confiance aujourd'hui disparue entre les banques, clé du financement de l'économie. "Ce soir c'est l'heure de l'Europe qui affiche son unité, demain ce sera l'heure des États membres" qui déclineront d'ici à la fin de la semaine les mesures préconisées en fonction des spécificités de leur système bancaire, a solennellement expliqué hier Nicolas Sarkozy, qui assure la présidence de l'Europe, à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe. Selon les mesures décidées hier, les gouvernements de la zone euro pourront garantir les nouvelles dettes bancaires à moyen terme et ainsi débloquer lemarché des crédits interbancaires. Ils devront également éviter toute faillite d'établissement bancaire d'importance systémique, y compris en recourant à leur recapitalisation, comme c'est déjà le cas pour Dexia, voire leur nationalisation. Les gouvernements pourront aussi échanger des actifs de mauvaise qualité contre des obligations d'État. Ce plan serait valable jusqu'au 31 décembre 2009, mais les garanties sur les prêts interbancaires pourraient courir durant cinq ans. Le dispositif nécessitera de mobiliser des moyens dont l'ampleur pourrait être dévoilée aujourd'hui, a souligné le premier ministre belge, Yves Leterme.De son côté la Banque centrale européenne (BCE) est invitée à fournir des liquidités aux entreprises financières mais aussi non financières tant que la crise se poursuit. Elle est appelée à créer une facilité dédiée auxmarchés de billets de trésorerie. De plus, l'Eurogroupe exhorte la Commission européenne à mettre en oeuvre immédiatement des mesures adoptées par le dernier Conseil desministres européens des Finances enmatière de réglementation comptable. Ainsi, les institutions financières pourraient être autorisées à évaluer leurs actifs sur la base d'hypothèses de risques de défaut plutôt que d'une valeur de marché immédiate afin de mettre fin aux dépréciations d'actifs vertigineuses qui plombent les banques. RENDEZ-VOUS MERCREDI Autant de mesures dont les bases ont été jetées lors de la rencontre du G7 (États-Unis, Japon, Allemagne, France, etc.) à Washington, en marge du forum du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM). Hors de la zone euro, le Royaume- Uni, dont le Premier ministre s'est entretenu hier avec Nicolas Sarkozy peu avant que commence l'Eurogroupe, sera en phase avec la démarche européenne qu'il a d'ailleurs inspirée. A présent, Nicolas Sarkozy compte soumettre au sommet européen de mercredi les résolutions prises par l'Eurogroupe afin que l'ensemble des 27 se mettent d'accord sur l'action concertée qui vient d'être mise au point à 15. "Nous ferons des propositions précises au Conseil européen sur la question du régulateur européen", a affirmé le président français. En outre, les modalités précises du plan seront alors divulguées. Puis il s'agira de convaincre les États- Unis de revoir avec ses partenaires le fonctionnement de la finance mondiale, a prévenu le président français. Plus tôt au cours du week-end, les grands argentiers du monde réunis à Washington ont multiplié les engagements pour tenter de circonvenir la crise. Dès vendredi, les ministres de l'Économie et les banquiers centraux du G7 se sont engagés sur un plan d'action en cinq point. Le G7 finances s'est engagé à ne plus laisser choir une seule institution financière importante. Un virage à 180 degrés pour le Trésor américain qui reconnaît implicitement que la faillite de Lehman Brothers a été une erreur. Elle a renforcé le vent de panique des dernières semaines. Confronté à une contagion rapide de la crise, le Comité monétaire et financier international (CMFI) a repris les engagements du G7. L'organe consultatif du FMI rassemble le G7 et 17 pays émergents ou en développement. De son côté, le FMI a tenté de rassurer les pays émergents en se disant prêt "à fournir aux différents pays qui le désireraient les liquidités dont ils ont besoin", a expliqué son directeur général, Dominique Strauss-Kahn.Ce qu'a décidé le G7 vendredi1) soutenir les institutions financières d'importance systémique et empêcher qu'elles fassent faillite par des mesures décisives;2) débloquer le crédit et les marchés monétaires pour assurer aux banques et institutions financières un accès large aux liquidités et aux capitaux.3) faciliter la levée de capitaux (de sources publiques et privées) à nos banques et autres intermédiaires financiers majeurs ;4) rendre robustes et cohérents les programmes nationaux de garantie des dépôts bancaires.5) relancer le marché secondaire de la dette hypothécaire et d'autres actifs titrisés, de manière prudente afin de protéger le contribuable et d'empêcher des effets dommageables sur d'autres pays.Washington va recapitaliser ses banquesFait sans précédent depuis la Grande Dépression des années 30, les États-Unis vont recapitaliser leurs banques avec de l'argent public. Le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, a annoncé vendredi qu'une partie des 700 milliards de dollars mis à la disposition du Trésor par le Congrès pour racheter des actifs toxiques aux banques serait offerte " rapidement " à " une large palette d'institutions financières ". Le secrétaire au Trésor a précisé que les titres acquis ne porteraient pas de droit de vote, sauf quand il s'agira de " protéger les droits " de l'État actionnaire. Le mécanisme sera conçu pour " encourager la levée de fonds privés en complément des capitaux publics ". La banque d'affaires Morgan Stanley, dont le titre a dévissé de 66 % en une semaine, ou certaines banques régionales comme National City, constituent des cibles. En 1932, le président Herbert Hoover avait créé la Reconstruction Finance Corp. (RFC) qui a injecté en vingt-cinq ans 50 milliards de dollars de l'époque dans 6.000 institutions. Aujourd'hui, les besoins se chiffreraient entre 1.000 et 2.000 milliards de dollars.

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