Les fonds tardent à lâcher du leste

Les sociétés sous LBO (rachat par effet de levier) vont mal. Elles souffrent à l'image du reste de l'économie française, officiellement entrée en récession le 12 février. Les exemples de LBO en cours de restructuration, c'est-à-dire entrés en phase de renégociation de leur dette, sont légion. Terreal (détenu par LBO France), Desjonquères (Sagard et Cognetas), Groupe Monier (PAI), Kaufman & Broad (PAI) et Navimo (Duke Street Capital) constituent les plus connus d'entre eux. Le plus souvent, les restructurations sont la conséquence de la mauvaise santé de l'entreprise et non la cause. La mécanique est implacable: dés lors qu'une société sous LBO ne dégage plus de bénéfice, elle devient incapable de faire «remonter» ses dividendes à son holding, où est logée la dette qui a été contractée par le fonds d'investissement pour racheter la société. Résultat, les créanciers, dont les banquiers constituent le gros des troupes, ne sont plus remboursés. D'où la restructuration. «Les négociations se font alors à couteaux tirés», témoigne un avocat spécialisé sur les dossiers de LBO. Chacun essaie en effet de limiter la casse. Autour de la table, les fonds, qui rechignent à injecter du capital dans leur participation et les banques, dont la priorité n'est pas de faire de nouvelles concessions mais plutôt de sauver ce qui peut encore l'être. «Il est maintenant clair dans l'esprit des banquiers que les créances LBO généreront des pertes. Ils vont donc adopter une approche pragmatique: si l'actif en vaut la peine, ils renégocieront, sinon, ils ne s'encombreront pas du dossier», analyse notre avocat. Du côté des fonds d'investissement, ces situations posent la question de leur rôle d'actionnaire: ne devraient-ils pas soutenir leur participation en apportant des liquidités? «Si le fonds a déjà obtenu une grosse partie de sa plus-value sur son investissement, sa motivation pour remettre de l'argent sera dés lors beaucoup plus faible», explique Eric Cartier-Millon, du cabinet Gide Loyrette Nouel. Aux Etats-Unis, selon peHUB et Buyout Research, depuis début janvier, onze sociétés sous LBO se sont placées sous la protection de la loi des faillites américaine, le fameux «Chapter 11», faute de soutien du fonds d'investissement qui les détenait. Dernier cas en date, le 6 février dernier: le fournisseur de pièces automobiles, Fluid Routing Solutions, que possédait depuis 2007 Sun Capital Partners. En France, les grands fonds de LBO ne se hâtent pas non plus pour payer leur écot. LBO France, propriétaire du fabricant de tuiles Terreal, a proposé d'apporter non pas du «cash» mais 70 millions d'euros sous la forme d'une tranche de dette remboursable in fine rémunérée à 15% pour sortir la société de l'impasse. PAI Partners, qui renégocie avec les banques la dette de Financière Gaillon 8, le holding du promoteur immobilier Kaufman & Broad, n'est pour l'heure pas disposé à mettre la main à la poche. Même son de cloche concernant le spécialiste de la toiture Groupe Monier, dont la dette est en cours de restructuration. PAI peut se permettre de faire traîner les choses puisque «même si ces deux sociétés sont valorisées à zéro, le taux de rentabilité accordé aux investisseurs dépassera les 15% », indique une source interne. Alexandre Madde

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