La Fed tentée par les taux zéro

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Le dernier des huit conseils annuels de la Réserve fédérale américaine, qui s'achève ce mardi soir, apparaît exceptionnel à plusieurs égards. D'abord, la situation économique et financière s'est à ce point dégradée depuis la précédente réunion du FOMC, son bras séculier, fin octobre, que la Fed a décidé de tenir cet ultime conseil sur deux jours, au lieu d'un seul initialement prévu, « pour se donner le temps de discussions additionnelles ».Ensuite, la Fed s'engage en territoires inconnus. Le taux cible des fonds fédéraux, son taux directeur, qui est tombé de 5,25?% à 1?% en treize mois, est déjà au plus bas de l'histoire monétaire moderne. Il a renoué avec le niveau sur lequel le prédécesseur de Ben Bernanke, Alan Greenspan, l'avait fait refluer en juin 2003, à l'issue de la séquence d'assouplissement qui avait suivi l'éclatement de la bulle des nouvelles technologies. près du zéro absoluMais, depuis la dernière ouverture du robinet monétaire, la Fed a perdu la main sur le taux des fonds fédéraux effectif, le taux interbancaire au jour le jour, qu'elle est censée piloter sur son objectif. Depuis fin octobre, les « fonds » réels se sont négociés en moyenne autour de 0,3?% au lieu de 1?%, tombant même à intervalles réguliers près du zéro absolu, à 0,15 % lundi.Enfin, la Fed a eu de plus en plus abondamment recours à ce qu'elle qualifiait dans son dernier communiqué de « mesures exceptionnelles de liquidités », c'est-à-dire, pour ne pas se voiler la face, qu'après les multiples injections réalisées depuis l'été 2007 elle a effectivement émis de la monnaie. C'est ce qu'en termes pudiques on appelle des mesures d'assouplissement monétaire quantitatif, procédure adoptée par la Banque du Japon dans les années de plomb de la déflation.Il n'empêche que la totalité des économistes, de même que les opérateurs des marchés à terme supposés représenter le baromètre des anticipations, tablent sur une nouvelle baisse d'au moins un demi-point du taux cible des fonds fédéraux, qui refluerait à 0,5 %. Ils sont même une petite minorité à parier sur une détente de trois quarts de point, certains audacieux avançant l'hypothèse d'une chute du taux directeur de la Fed à zéro, comme le fit encore le Japon de 1999 à 2006, avec une courte interruption en 2001. Dans cette dernière hypothèse, gageons que le dollar, sous pression depuis le milieu de la semaine dernière, continuera à battre de l'aile. En quatre séances, il est retombé de 1,29 à 1,37 pour un euro, au plus bas depuis début octobre, tandis que le yen venait tutoyer le seuil de 90 dollars, pour la première fois depuis treize ans. n

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