Le ministère de la Défense pilote à vue ses programmes d'armement

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C'est aussi surprenant qu'inquiétant de la part du ministère de la Défense. D'autant que les coûts d'un programme d'armement sont en général très lourds sur une période relativement longue (de quinze à vingt ans), notamment pour les très grands projets (avions de combat, porte-avions, frégates, etc.). Selon le dernier rapport du Comité des prix de revient des fabrications d'armement (CPRA), « la réalité des coûts [des programmes, Ndlr] n'est pas toujours établie de façon exhaustive ». En clair, certains des programmes examinés « n'ont pu donner lieu à un bilan complet des coûts directs et indirects des opérations », regrette le CPRA.Le rapport identifie trois grandes raisons à cette défaillance. D'abord, la participation des services de l'État à l'activité de production industrielle. Pour la modernisation des véhicules de l'avant blindé (VAB) confiée à Renault Trucks et à la Direction du matériel de l'armée de terre (DCMAT), les coûts de l'intervention de la DCMAT « ont été estimés a posteriori avec une part d'incertitude car les outils d'évaluation rigoureuse n'existaient pas ». Ainsi, les dépenses réalisées par des moyens étatiques, en l'occurrence 67 millions d'euros pour les VAB sur un total de 439 millions, « n'ont pas été appréhendées comme une charge directe de l'opération ».Une mauvaise structuration interne des marchés « est aussi un obstacle à la bonne connaissance des coûts ». C'est le cas du Sica (Système d'information et de communication des armées), qui « a fait l'objet d'un grand nombre d'actes contractuels partiellement communs avec d'autres opérations, et la part imputable à chacune de celles-ci n'a pas toujours été clairement identifiée ». Au final, note le CPRA, « il apparaît que la dépense supérieure à 200 millions d'euros n'a pas permis d'aboutir à un système répondant à tous les besoins des utilisateurs ». Enfin, certains coûts prévisionnels sont difficiles à estimer « en raison du manque d'indicateurs sûrs et d'outils statistiques adaptés ». De même, les données financières sur la refonte en cours de vie d'un système restent incertaines.Le CPRA reproche aussi au ministère la redondance des moyens au niveau national et au niveau européen avec l'Occar, l'Organisation conjointe de coopération en matière d'armement (A400M) et le « manque de constance dans la définition des besoins ». Pour le Sica, le besoin a été défini « en termes trop généraux ». Enfin, sur l'évolution des prix des programmes, l'étude a montré que, « sous l'angle économique, la connaissance des coûts du secteur de l'armement a besoin d'être améliorée ». Michel Cabirol

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