Les normes

Les trois grandes banques françaises cotées, qui présenteront leurs résultats à partir de demain, vont bénéficier d'un amortisseur bienvenu pour absorber, au moins en partie, le choc financier de la fin d'année. Elles ont en effet repoussé au dernier trimestre l'utilisation des amendements comptables décidés mi-octobre, mais utilisables au titre du troisième trimestre. Ce « fusil à un coup » a permis aux 18 banques européennes qui ont choisi de l'actionner sans attendre d'éviter 5,45 milliards d'euros de pertes, selon une étude de JP Morgan que dévoile « La Tribune » (voir ci-contre). La man?uvre, qui consiste à changer le classement comptable des instruments de dette décotés pour ne plus les valoriser à leur valeur de marché, permet de limiter les dépréciations à passer sur ces actifs et les pertes associées.signal de faiblessePour les spécialistes, les banques qui ont renoncé à opérer ces reclassements au troisième trimestre ont sans doute fait le bon choix. D'abord, « elles n'auraient eu qu'un délai de quelques jours pour passer ces écritures, ce qui implique un risque opérationnel », note Virginie Chauvin, associée Mazars. En outre, ces décisions ont un impact prudentiel, ce qui complique encore les arbitrages.Ainsi, en prenant le risque de reclasser au troisième trimestre, certaines banques ont envoyé un signal de faiblesse. À l'image de Deutsche Bank, dont les résultats au 30 septembre, pourtant meilleurs que prévu, n'avaient pas convaincu les marchés. Une source de pression que BNP Paribas et Société Générale, attaquées sur leur solvabilité en fin d'année, ont bien fait de s'épargner.De plus, le quatrième trimestre, marqué par une volatilité record sur les marchés, s'annonce particulièrement mauvais. En témoigne la perte de 1,4 milliard d'euros attendue chez BNP. Dans ce contexte, les établissements qui ont conservé ce joker sont mieux armés pour limiter la casse. D'autant qu'une disposition peu connue du nouveau cadre comptable leur permet de bénéficier du même avantage que leurs concurrentes ayant reclassé au 30 septembre, à savoir la possibilité d'« antidater » ces écritures en remontant jusqu'au 1er juillet, ce qui permet des arbitrages très profitables. À condition toutefois d'avoir pris soin de documenter leurs intentions avant le 1er novembre, ce que plusieurs ont bel et bien fait, selon nos informations.Compte tenu de tout cela, « les banques avaient intérêt à prendre le temps de passer en revue chaque ligne d'actifs », glisse un financier. De fait, certains envisageraient de sélectionner la date la plus avantageuse pour chaque type d'actifs, mais ils devront pour cela convaincre les commissaires aux comptes, qui jugent cette pratique problématique. Autre facteur de modération, les reclassements s'accompagnent d'obligations de communication financière spécifiques jusqu'à l'échéance des titres concernés, ce qui peut les rendre très contraignants sur la durée. n

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