Stéphane Martin, énarque ancré au Quai Branly Le chiffre 5 s...

Stéphane Martin, énarque ancré au Quai Branly Le chiffre 5 sied à Stéphane Martin. Voilà près de 5.000 jours que ce quinquagénaire se consacre au plus emblématique des « grands travaux » du cinquième président de la Ve République. Pareille dévotion mérite récompense. Avant la fin de l'année, l'un des guichetiers du musée du Quai Branly remettra à un visiteur le 5 millionième ticket d'entrée de cet établissement inauguré le 20 juin 2006. Et, cinq ans après avoir été nommé président de l'établissement public du musée du Quai Branly par Jacques Chirac, cet énarque né à Neuilly-sur-Seine veut croire que son successeur le reconduira en décembre pour un troisième quinquennat. « Je ne considère pas que tout soit réglé. Beaucoup de gens se demandent encore pourquoi on part dans toutes les directions. Il est important que, dans les cinq premières années, le Quai Branly se crée un territoire aussi vaste que possible et montre qu'il n'est pas prisonnier d'une doctrine ou d'une idéologie », assure Stéphane Martin.Strict costume sombre, discret monogramme sur la chemise et vocabulaire excluant toute forme de pédanterie, ce pur produit de la haute administration cultive la sobriété. L'unique extravagance de son bureau ? un imposant mur végétal ? n'est là que pour rappeler la verdoyante façade dont Jean Nouvel et Patrick Blanc ont paré une partie de cet établissement officiellement « consacré aux arts d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et d'Amérique ». Symboliques plantations. « J'appartiens, dit-il, à cette génération qui a grandi avec le Centre Pompidou, un lieu très important dans la formation de mes réflexes intellectuels et culturels. Ce lieu m'a aidé à réfléchir à la grande question d'après 1968 : c'est quoi être moderne ? La génération qui suit se pose une autre question : comment habiter plus intelligemment la planète ? Ce rapport à la nature explique le grand succès du Quai Branly. » Ceux qui le connaissent le mettent aussi au compte de sa maîtrise exceptionnelle de l'art diplomatique. S'il semble ancré au Quai Branly, Stéphane Martin voyage beaucoup. Le réseau international qu'il a constitué est un modèle du genre.C'est à l'été de 1995 lorsqu'il dirigeait le cabinet de Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Culture, que Stéphane Martin s'est emparé du dossier. À cette époque, il s'agissait seulement de créer au Louvre un département dédié aux arts premiers. Mais, très vite, le projet évolue. La création d'un musée à part entière s'impose. Stéphane Martin étudie toutes les pistes. Obstiné. L'arrivée de Lionel Jospin à Matignon ne met qu'un terme provisoire à sa mission. « Je travaillais à Monaco depuis six mois quand Christine Albanel ? qui était alors à l'Élysée ? m'appelle. Elle m'informe que le président a parlé de ce projet avec Lionel Jospin et que celui-ci estime qu'il s'agit d'un très bon projet. La dimension tiers-mondiste lui plaisait », raconte-t-il.Pour Stéphane Martin, la culture est, « avec les affaires étrangères », le sujet qui divise le moins la droite et la gauche : « La ligne a été fixée par André Malraux et Jack Lang. Elle est restée immuable. » Dans la foulée, il rejette d'un revers de la main les critiques faites à l'encontre d'énarques supposés avoir volé la vedette aux conservateurs. « On nous reproche d'être de vrais businessmen. C'est faux. Je suis un entrepreneur culturel : je travaille comme un directeur de festival ou de chaîne de télévision thématique. Je fais attention au rendement et à la fréquentation mais j'ai une vision stratégique. Les musées ne sont pas des citadelles. Il faut faire du marketing. » Tarzan ? star du moment au Quai Branly ? répond à cette logique. Plus d'un tiers du budget (65 millions d'euros) géré par Stéphane Martin provient des entrées et du mécénat. Pour rester « cinq » ans de plus aux commandes, sans demander un euro de plus à un État impécunieux, il devra continuer à miser sur d'autres rois de la jungle capables d'assurer la promo du Quai Branly. Pierre Kupferman

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